Le préfet de la métropole "en terrain ami" chez les patrons

Julien Vinzent
23 novembre 2012 3

"Il y a des journalistes dans la salle". La remarque de Jacques Pfister, président de la chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence (CCIMP), s'adressait aux participants de son assemblée générale, invités à interroger auparavant la guest star du jour Laurent Théry. Mais le préfet délégué à la métropole avait lui aussi bien en tête cette donnée, pour sa première intervention publique depuis son arrivée en septembre. Il l'a lui-même glissé : nombre de ses interlocuteurs du jour participent déjà aux groupes de travail qu'il a mis en place pour bâtir le projet métropolitain. Mais cette fois-ci les échanges se faisaient sous l'oeil de la presse, qui hormis une interview dans La Provence et ce jeudi dans Le Point, n'a pas eu l'occasion de l'interroger sur ce débat qui agite le monde politique local.

Ni oui ni non

Après une intervention d'une vingtaine de minutes, Laurent Théry s'est donc livré avec les élus de la CCIMP à ce qu'un confrère taquin qualifie de "sorte de jeu du ni oui ni non". Exemple : "Quel lien faites-vous entre la vocation euro-méditerranéenne de Marseille et le débat métropolitain ?" Réponse : "Le même que vous je pense". Autre question : "Ne faudrait-il pas une organisation métropolitaine sur le tourisme ?" Réponse : "C'est une proposition que vous faites".

Comme l'a souligné Jacques Pfister, il était pourtant au palais de la Bourse "en terrain ami". Mais le préfet, qui enchaînait sa matinée avec une visite au conseil général face à l'union des maires, sait bien entendu qu'il doit marcher sur des oeufs. Et ne pas donner l'impression que la messe est dite alors que la concertation qu'il a lancée se poursuivra jusqu'à la conférence métropolitaine du 21 décembre, puis au Parlement par le vote de la loi de décentralisation où le statut des métropoles sera traité. "On a conscience de votre souffrance de ne pas pouvoir nous en dire plus", compatissait, un brin ironique, un patron.

Pour qui tendait l'oreille, Laurent Théry a tout de même donné quelques orientations. Tout d'abord, cuisiné par plusieurs questions sur le sujet, il a été ferme sur un point crucial : "La métropole, qui est une intercommunalité, se substituera aux intercommunalités existantes. On n'invente donc pas une couche supplémentaire, on s'organise pour mutualiser au mieux, optimiser les services rendus au territoire".

"Multi-échelle" et "fléchage"

De quelle manière ? C'est moins net. Il a semblé emprunter dans l'esprit des projets à la carte proposés en 2010 par le club patronal Top 20(*) et la logique du pôle métropolitain, en parlant de la nécessite d'une "multi-échelle". Pour lui, "il n'y a pas une seule échelle valide", il faudra la déterminer "selon les thématiques, selon les projets". On pense par exemple à l'eau, actuellement gérée par les intercommunalités mais que l'on imagine mal traitée quasiment au niveau d'un département. Il a aussi indiqué que des coopérations fortes seront nécessaires avec la région, échelon "dont le rôle sera renforcé" par la loi de décentralisation, notamment en matière économique.

Avec ces mots qui contenteront ceux qui comme Jacques Boulesteix regrettent que l'on prennent "la question à l'envers en commençant par les problèmes d'institution, de pouvoir" : "Il faut que ce soit le projet qui fasse la structure" et non l'inverse, l'intitulé de sa délégation rappelle l'intéressé étant d'ailleurs le "projet métropolitain". Les élus locaux étant à la fois prévenus que "la loi passera de toute façon, cela ne dépend pas du niveau local" et invités à participer à la rédaction de la partie du texte concernant Marseille, qui comme Paris et Lyon verra "sa situation spécifique" prise en compte.

L'attente d'une démocratie métropolitaine de Boulesteix ne sera en revanche satisfaite que partiellement par le préfet, qui "ne peut que reprendre ce qu'a dit le président de la République : il y aura un fléchage des élus vers l'intercommunalité, pas une élection au suffrage universel, mais avec la possibilité que cela puisse évoluer vers 2020". Un fléchage, c'est-à-dire que les élus ayant vocation à siéger dans la métropole seraient clairement identifiés sur les listes pour les élections municipales. Reste à savoir s'ils feront du "projet métropolitain" un programme.

(*) dont un des actionnaires de Marsactu, Frédéric Chevalier, est l'ancien président.

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commentaires

Commentaires

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  1. lucas

    quand allons nous avoir la liste et la composition des groupes de travail
    je pense que monsieur boulesteix qui est pour la transparence nous la communiquera sur son blog qui est dailleurs tres interssant

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  2. 13720

    « Un fléchage, c’est-à-dire que les élus ayant vocation à siéger dans la métropole seraient clairement identifiés sur les listes pour les élections municipales. Reste à savoir s’ils feront du « projet métropolitain » un programme. »: 1 élu par commune, pas plus. Pareil pour les intercommunalités, cela évitera la majorité permanente aux communes les plus peuplées.

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  3. MG

    Sachez qu’il était invité le même soir à Port St Louis du Rhône, pour s’expliquer avec les élus et la population !! On ne s’étonnera pas qu’il refuse d’écouter ceux qui s’opposent et qui ont une bonne raison de ne pas vouloir être les laissés-pour-compte de la métropole…

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