Le pôle dirigeable d’Istres a du plomb dans le ballon

Décryptage
Rémi Baldy
29 Jan 2019 2

Grand projet économique des collectivités, le pôle aéronautique Jean Sarrail d’Istres doit être le berceau d'une filière dédiée aux dirigeables du futur. Lancé en 2015, le projet prend du retard et les entreprises censées tirer l’activité sont tentées d'aller voir ailleurs.

Stratobus_copyright Thales Alenia Space- E.Briot

Stratobus_copyright Thales Alenia Space- E.Briot

Les pelleteuses s’activent pour réhabiliter le hangar Mercure. Long de 300 mètres, le monstre de béton et de métal va connaître d’ici la fin de l’année une nouvelle vie au sein du pôle aéronautique Jean-Sarrail. Le site de 33 hectares, soit autant que le zoo de la Barben, situé entre Istres et la plaine de la Crau doit devenir le théâtre du retour en force des dirigeables. Cette filière, mise de côté au milieu du XXe siècle, profite d’une deuxième chance depuis que le gouvernement l’a inscrite en 2013 dans l’un des plans de “La nouvelle France industrielle”.

Le site istréen doit profiter de la dynamique de l’écosystème impulsée par les présences de la base militaire aérienne 125, Dassault Aviation ou encore Safran. Une aubaine pour les collectivités locales qui y voient un “grand projet économique structurant” pour le territoire. Un grand projet censé apporter 3000 emplois d’ici 2030 et pour lequel la métropole Aix-Marseille Provence a déjà investi plus de dix millions d’euros dans l’achat et la réhabilitation du hangar Mercure.

Deux acteurs sont attendus pour porter l’activité : le Stratobus de Thales Alenia Space, une plateforme à mi-chemin entre le drone et le satellite qui évolue dans la stratosphère, et les dirigeables rigides de Flying Whales destinés à transporter des charges lourdes comme le bois.

Des démarches au ralenti

Sauf qu’avant que des aéronefs en forme de ballon se promènent dans le ciel istréen, encore faut-il obtenir les autorisations militaires et environnementales nécessaires. En novembre dernier, lors d’une visite de la présidente de la Métropole Martine Vassal sur le site, François Bernardini, maire d’Istres et président de la société publique locale pôle aéronautique s’était agacé de la situation en mettant la pression sur le sous-préfet d’Istres Jean-Marc Sénateur pour obtenir des dérogations. Sollicité dans le cadre de cette enquête, ni l’un ni l’autre n’ont répondu à Marsactu.

La nouvelle année voit finalement le dossier sortir des placards du ministère de la Défense qui, après avoir repoussé plusieurs fois la réunion avec le pôle, vient tout juste de mettre en place une équipe pour réaliser les études de compatibilité afin de définir les autorisations nécessaires.

Une lenteur “surréaliste”, dixit André Soulage. Si le directeur du plan national industriel dirigeables se satisfait de ce premier pas, le temps presse : “Nous commençons à être pressés d’obtenir ces autorisations, nous ne pouvons pas lancer le permis d’aménagement. Pourtant nous avons démarré les démarches il y a trois ans”. Le tout doit être prêt pour fin 2020.

Le hangar Mercure, situé à proximité de la base d’Istres, est censé accueillir une partie de l’activité du pôle dirigeable. Photo Aix Marseille métropole.

Thales recense d’autres sites

Le délai devrait suffire pour Thales. Un premier Stratobus à échelle réduite pour effectuer des vols captifs, c’est-à-dire attachés, est prévu pour la fin d’année dans le hall Mercure. “Là aussi nous attendons des autorisations, mais cela devrait être plus simple”, indique Jean-Philippe Chessel, directeur de la ligne de production Stratobus. En revanche, pour la fabrication des modèles de 140 mètres de long, “la condition c’est d’être autorisé à fabriquer et voler ici”, ajoute-t-il. Pour faire voler ces Stratobus grandeur nature, les bâtiments doivent être opérationnels début 2022, la durée de l’aménagement étant estimé à deux ans.

“Il y aura peut-être un autre centre européen qui sera un centre secondaire, d’où l’importance d’avoir la confirmation, ou pas, de s’installer car il s’agit de notre centre pilote”, prévient Jean-Philippe Chessel. Le géant de l’électronique prépare des alternatives. “Nous avons entamé des prospects l’année dernière sur un terrain à 3 km de la base, mais la question des autorisations se pose également. Nous sommes en train de recenser des sites plus loin, dans les Bouches-du-Rhône et le Var”, détaille-t-il.

La venue de Flying Whales est plus délicate. Lors des premières annonces autour du pôle aéronautique, la société installée à Suresnes faisait partie intégrante du projet et les déclarations dans la presse du PDG Sébastien Bougon allaient dans ce sens. Aujourd’hui, la donne est différente. “Une décision sur notre lieu d’implantation doit être prise dans le courant du premier semestre”, assure le dirigeant. S’il évoque “un engagement moral à ce qu’Istres soit le plan A”, il attend d’y voir plus clair sur la faisabilité industrielle. En cause, le vent qui peut empêcher les sorties et l’attente des autorisations de vols de l’Armée.

La Nouvelle-Aquitaine au capital de Flying Whales

Ces tergiversations n’échappent pas aux autres régions qui tentent d’attirer le projet, à l’image de la Nouvelle-Aquitaine entrée en novembre 2017 au capital de Flying Whales. Un investissement de 2,6 millions d’euros pour s’assurer que la sous-traitance se fasse sur son territoire, mais aussi pour essayer de récupérer les dirigeables.

“C’est de bonne guerre, réagit André Soulage. Lorsque nous avons lancé le plan de la nouvelle France industrielle en 2013, seule Provence-Alpes-Côte d’Azur nous a soutenu. Maintenant que ces programmes deviennent concrets toutes les autres régions se réveillent”. La région PACA avait également tenté une telle opération en juillet 2017 pour un montant de 2 millions d’euros, l’investissement ne s’est finalement pas concrétisé.

La cybersécurité entre en jeu

Flying Whales a accepté quelques contraintes à cause de la présence dans son capital depuis 2015 de l’entreprise nationale aéronautique chinoise Avic. Cybersécurité oblige, la société française doit ainsi s’installer le plus loin possible de la base aérienne et s’engage à ce qu’aucun personnel chinois ne soit présent en permanence sur le site.

Une demande également faite par Thales. “Rien de rédhibitoire” pour une venue de Flying Whales, jure Sébastien Bougon. De son côté, l’Armée n’a pas souhaité faire de commentaire sur ce sujet.

“Si problème il y a sur un aspect d’un des projets, ça ne remet certainement pas en cause l’ensemble du pôle aéronautique. On peut refuser un projet A parce qu’il compromet l’avènement du projet B que l’on juge plus intéressant”, explique Philippe Maurizot, vice-président (LR) de la commission industrie à la région et élu municipal de Fos-sur-Mer.

Provence Promotion cherche des prospects

Ce dernier assure que “des prospects se manifestent tous les jours. Il y en a actuellement dans les tuyaux” pour venir s’installer au sein du hangar Mercure. Pourtant l’agence de développement économique Provence Promotion vient justement de lancer un appel d’offres pour trouver des entreprises susceptibles de s’implanter. Une consultation similaire avait été organisée en août dernier. “Nous étions allés un peu trop vite, il fallait le temps de se mettre d’accord sur les acteurs et secteurs à cibler. Des travaux étaient nécessaires sur le hangar Mercure pour pouvoir commencer à accueillir des entreprises, ce n’était pas la peine d’être appuyé par un consultant trop tôt”, explique Nicolas Cambazard, chef de projet aéronautique au sein de Provence Promotion.

Le cahier des charges cible en priorité les activités “autour des dirigeables et des drones” ainsi que “de la maintenance aéronautique”, mais prévoit des solutions bis “avec les organisations non gouvernementales et les activités des grands manutentionnaires de fret” ou du stockage d’avions “en dernier recours”. Une piste qui s’éloigne du dirigeable.

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