Le musée d'Histoire offre un regard neuf sur une vieille cité

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Élodie Crézé
30 septembre 2013 5

Balayé, le vieux musée d'histoire aussi sombre et poussiéreux qu'une cave où les pièces s'entassaient négligemment. Désormais, les sous-sols du Centre Bourse mettent en lumière le passé de Marseille en treize séquences, de la période grecque et romaine au Marseille d'aujourd'hui, en passant par la grande peste de 1720 et la destruction du quartier Saint-Jean en 1943.

Les piliers massifs de parking comme les plafonds bas, autrefois défauts majeurs d'un musée construit dans les sous-sols, participent de cette nouvelle scénographie. Il a d'ailleurs été question au départ de les masquer ou du moins de les déguiser, de combler les failles du béton brut. Finalement, ces blocs massifs sont parfaitement intégrés, servant à la reconstitution de l'ambiance portuaire du site. Avec un brin de forfanterie, la Ville parle d'ailleurs du musée comme l'un des plus grands musées d'histoire d'Europe, passant vite sur le fait qu'ils ont inclus le jardin des vestiges dans la superficie du musée.

Galets blancs

Découvert lors de travaux de construction du Centre Bourse en 1967 et mis au jour par des fouilles, le Port antique a révélé des remparts datant de l'époque grecque, un quai, des bassins d'eau douce, une voie dallée d'époque romaine, une terrasse funéraire hellénistique. Cet espace central, dans le jardin du musée qui s'est construit autour n'a pas fini d'être arrangé et mis en valeur. Les travées du nouveau musée, perpendiculaires au site archéologique et dans lesquelles s'incrustent des carcasses de navires rappellent les arsenaux dont la plus grande épave antique, visible, au monde.

Déposées sur des galets blancs épousant la forme des épaves, les charpentes des bateaux antiques ont quitté les sombres bassins de l'ancien musée pour s'étaler à l'air libre sur toute leur longueur. "Nous avons conservé cette structure portuaire et commerciale, ces vestiges situés juste au bord du Vieux-port", détaille Adeline Rispal, la scénographe avec enthousiasme. "Tous les bateaux sont orientés vers le port."

Les mobiliers d'exposition, des blocs modulables blancs rappellent des ballots de riz qui envahissent les quais des ports de commerce. Pour protéger amphores et petites statuettes antiques, il a fallu éviter le fléau numéro un, l'humidité. Mais au-delà de cette exigence de conservation des pièces muséales, "nous avons réfléchi collectivement avec les socleurs, à redonner cet esprit portuaire". Ainsi, "dans certaines vitrines, nous avons fait le choix d'accumuler les amphores pour recréer la disposition observée dans les cales des bateaux."  Cette même accumulation qui a contribué à conserver les navires de commerce au fond de l'eau et à éviter leur délitement. On retrouve ce même souci de la reconstitution dans la disposition des tombes de la nécropole Malaval. Découverte à l'occasion de la réalisation d'un parking dans la rue du même nom, le site chrétien a été reproduit à l'identique, offrant une transition monumentale entre la fin de l'époque romaine et le début de l'ère chrétienne.

Réalité augmentée

A chaque séquence, des écrans projettent la vidéo d'un historien spécialiste de la période concernée. D'autres écrans diffusent des documentaires, des jeux interactifs et tactiles comme la fouille d'une épave sous-marine reconstituée en 3D. Bientôt, des écrans de réalité augmentée jalonneront la visite du musée sur deux étages. Ainsi, il deviendra possible de se projeter dans le temps et d'imaginer la nécropole de Malaval telle qu'elle était autrefois (au 5e siècle après J.-C) avant de subir l'épreuve du temps. 

En attendant, le visiteur a la possibilité de prendre de la hauteur et d'observer d'en haut le choeur de l'église reconstitué. "Il a fallu aller très vite pour réaliser ce musée, qui a été monté à l'envers. D'habitude on monte d'abord les vitrines puis on place les objets. Là il a fallu tout faire pratiquement en même temps. Le bateau a été installé alors que le musée était encore pratiquement ouvert sur l'extérieur" poursuit Adeline Rispal.

Chacune des vitres, largement éclairées, prend toute la (faible) hauteur du musée. Des objets entassés jusqu'à ce jour dans des réserves prennent enfin la lumière. Même ceux qui rappellent les souffrances de la ville, telles les pinces servant à déplacer les corps infectés par la peste. Cette histoire de Marseille, dans ses épisodes douloureux comme glorieux, est désormais contenue dans les vitrines éclairées du musée. Une certitude, les sous-sols de Marseille recèlent bien des trésors qu'il reste à exhumer.

5
commentaires

Commentaires

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  1. marstime13

    J’en viens. C’est génial!!!

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  2. GM

    je l’ai vu de loin mais je vais très vite y consacrer une journée car j’adore ma ville et ça semble passionnant!!

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  3. Fabien

    J’ai beaucoup aimé le lieu, et surtout les vidéos qui permettent d’aller un peu plus loin sur certains points. Il me semble en revanche qu’aucun espace d’exposition temporaire ait été prévu, et c’est dommage car ça permettrait d’aborder ponctuellement des points précis et compliqués de l’histoire de la ville, qui posent question et sont trop complexes pour être traitées dans un musée qui doit résumer 2600 ans en 13 étapes, par exemple : le rôle de la ville pendant les Croisades, Marseille et Louis XIV, Cassaulx, l’arrivée des rapatriés d’Algérie… Bref, un espace pour ces moments moins lisses qui jalonnent l’histoire de Marseille.

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  4. eric

    pour une fois que mars actu trouve quelque chose de positive dans cette ville

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  5. Anonyme

    Je ne vois pas un brin de forfanterie concernant la superficie importance de ce musée. Tout d’abord ce n’est pas un “jardin des vestiges” c’est un site archéologique majeur, inclus avec le musée, donc c’est un musée de site. Comme c’est le cas du musée des docks Romains.

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