Trois mois après le drame de Noailles, la mobilisation dure mais perd de l’ampleur

Reportage
le 2 Fév 2019
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4000 personnes environ, soit trois fois moins qu'en décembre, ont défilé du cours Julien au Vieux-port pour réclamer un logement digne pour tous. Malgré une affluence moindre, le mouvement semble parti pour durer et se transforme progressivement en une contestation globale de la politique municipale.

Ils sont encore près de 4000 à descendre du cours Julien vers le Vieux-Port pour protester contre la politique municipale du logement. Les slogans n’ont pas changé depuis l’effondrement de deux immeubles et la mort de huit personnes le 5 novembre à Noailles : « justice et dignité », « réquisition des logements vides », « nous sommes tous des enfants de Marseille » et l’inévitable « Gaudin démission ». Les forces en présence – délogés eux-mêmes, associations de mal-logement, militants de la Plaine – sont tous là. La minute de silence est toujours respectée au niveau de la rue d’Aubagne.

Après la coupure des vacances de Noël, la mobilisation reste importante remplissant à ras bord la rue de Rome, depuis la rue Grignan jusqu’à la Canebière, de banderoles et de petites pancartes blanches. Mais elle perd des troupes avec trois fois moins de manifestants que lors du dernier rassemblement le 1er décembre.

Le bal des délogés et désormais des destructions d’immeubles en péril sert de moteur principal à la colère de ceux qui marchent. Au micro, les cas se succèdent. Membre de l’association Marseille en colère, Nadira Mezedjri raconte avoir été délogée une première fois, admise à réintégrer son appartement puis contrainte d’évacuer à nouveau « car l’immeuble menaçait de s’effondrer ». Elle dénonce « la complaisance de la mairie avec les propriétaires véreux ». Une autre femme, Sanae, offre son témoignage poignant, elle qui a été délogée du 59, rue des bons-enfants dans le 6e arrondissement. « On a besoin de quelqu’un qui travaille avec un cœur, pas avec un stylo« , réclame-t-elle.

« On voulait juste une vie normale »

Son fils s’accroche à la jambe de sa mère et l’écoute. Elle raconte ce petit qui n’arrive pas à dormir à l’hôtel et sa mère malade qu’elle n’a pu faire venir en France pour une opération faute de pouvoir l’accueillir. Ses mots glacent les autres manifestants. « On voulait juste une vie normale comme des gens normaux. Nous on est chez nous, on n’a rien demandé, on paye nos loyers et à la fin on est des victimes, souffle-t-elle visiblement épuisée. On en a marre, ça fait deux mois qu’on est logés à l’hôtel. On a commencé à acheter des habits, un peu de maquillage pour cacher ce qu’on a dans le cœur. » Quant à retrouver un appartement, elle perd espoir : « rue Beauvau, ils n’ont que des studios à nous proposer, jamais de T3 ou de T4 ». Son intervention s’achève au bord des larmes alors que son fils vient chercher un gros câlin.

Sanae, délogée, s’est exprimée dans le cortège.

« On défend une charte du relogement pour qu’ils aient des droits, aujourd’hui comme demain, rappelle Kévin Vacher, habitant de Noailles et membre en vue du collectif du 5 novembre, un des organisateurs de la manifestation. Parce que chacun ici peut être délogé demain. Chacun ici peut se retrouver à moisir dans un hôtel et sans la solidarité nécessaire, sans des droits, sans des moyens, sans la réquisition des logements vides, on sera tous dans la même merde. »

Les collectifs présents dans la manifestation témoignent que le combat dépasse désormais le centre-ville. Les organisateurs prennent bien soin de donner la parole à ces militants venus de plusieurs quartiers de la ville, d’Air-Bel à Maison-Blanche en passant par le Petit séminaire. Figure de la gauche de la gauche locale, Kévin Vacher se réjouit d’avoir « mis depuis trois mois en procès politique l’État, la métropole et la mairie » et appelle à poursuivre le combat « contre l’habitat indigne ».

« La prise de conscience d’un problème global »

Dans la semaine, l’appel commun de plusieurs collectifs a donné une dimension supplémentaire à ce rassemblement. C’est ce que note Fathi Bouaroua, figure régionale de la lutte contre le mal-logement : « Il y a une prise de conscience d’un problème global, celui de toute la Ville et la politique menée depuis cinquante ans. C’est toute une revendication du droit à la ville qui se développe. Des écoles insalubres dont on veut donner la rénovation au privé, les bibliothèques qu’on ferme, sans parler des piscines, tout est à revoir ! »

Dans les rangs de la manifestation, l’élu communiste Jean-Marc Coppola y voit « le réveil de ceux qui ont souffert en silence pendant des années en croyant qu’il n’y avait pas de solution autre qu’individuelle. Aujourd’hui, tout le monde se rend compte qu’on peut trouver des solutions en se rassemblant. » Cette contestation municipale globale s’invitera devant le conseil municipal ce lundi autour notamment du collectif contre le partenariat public-privé des écoles.

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