Les collectifs citoyens veulent porter « une fédération des colères » contre la mairie

Actualité
Lisa Castelly
30 Jan 2019 5

De nombreux collectifs militants se rassemblent afin de signer un manifeste "pour un Marseille vivant et populaire", dans le sillon de la dynamique née à la suite des effondrements de la rue d'Aubagne. Si les signataires sont nombreux et volontaires, les actions futures de ce rassemblement restent à inventer.

« C’est dans l’air du temps ». Bruno Le Dantec, écrivain, figure de l’Assemblée de la Plaine, répète l’expression plusieurs fois, alors qu’il présente l’initiative de convergence de nombreux collectifs de quartiers venus de toute la ville. Convergence qui prend d’abord la forme d’un manifeste « pour un Marseille vivant et populaire », suivi d’une « grande marche pour le logement et le droit à la ville » samedi. La plupart des 39 premiers signataires étaient représentés lors d’une conférence de presse mardi matin, parmi eux des associations, syndicats et collectifs d’habitants de tout Marseille : assemblée de la Plaine, collectif du 5 novembre, habitants des Bourrelys, de Maison-Blanche, d’Air-bel, du Plan d’Aou, de Picon-Busserine, du Petit séminaire…

Dans l’air du temps parce que, comme d’autres mouvements en vogue, les signataires du manifeste veulent lutter ensemble, mais « sans idéologie ». Pour Bruno Le Dantec, ce rassemblement inédit de militants marseillais ne sera « pas une plateforme, pas une superstructure, plutôt une fédération des colères » avec comme socle « les marches des 1er et 8 décembre, où 20 000 personnes descendent dans la rue pour le droit au logement digne »« Notre point commun, c’est le mépris avec lequel on nous traite, mais aussi une façon de vivre, une culture populaire », ajoutera-t-il.

À la tribune, Alima El Bajnouni, administratrice d’un Centre-ville pour tous, résume le constat partagé d’une « politique municipale qui se fait au détriment de ses habitants » et salue « un rassemblement qu’on attendait depuis des années, quasiment un moment historique ». « Mettons nos egos de côté et travaillons ensemble », appuie Zohra Boukenouche, membre du collectif du 5 novembre, aussi présente à la tribune. À sa droite, la représentante du collectif des écoles de Marseille, évoque un objectif partagé par tous : « faire pression sur la mairie ».

« Garder ce collectif noble et sain, mettre les idéologies de côté »

Mais se rassembler pour quelles actions ? Au delà du manifeste, et des manifestations, les signataires reconnaissent avoir « tout à inventer »« On va faire converger nos colères, renverser la situation, ne pas casser, détruire, mais montrer qu’on est beaucoup plus intelligents », soutient Kamel Guemari, figure de la lutte des salariés du Mcdonald’s de Sainte-Marthe.

Tout est envisageable… sauf une liste pour les municipales assurent en chœur les signataires. « S’il y a des gens qui veulent se présenter, ce sera à titre individuel, on veut rester sur les luttes, et pas sur un projet pour se présenter à la mairie », défend Zohra Boukenouche. « On veut garder ce collectif noble et sain, mettre les idéologies de côté », confirme Kamel Guemari.

À la tête ou parmi les membres de plusieurs collectifs signataires, on remarque des militants ou des proches de la France insoumise, qui devront certainement montrer patte blanche à l’avenir pour instaurer la confiance avec d’autres collectifs moins marqués politiquement. À la question « le collectif sera donc apolitique ? », la salle répond en chœur : « apartisan ! ». « On va pas se voiler la face, on est plutôt de gauche », glisse tout de même Zohra Boukenouche.

« Ne faut pas oublier que des luttes ont déjà été faites »

Impossible de ne pas noter, non plus, l’absence de collectifs gilets jaunes parmi les signataires, alors qu’un groupe « les gilets jaunes de la Plaine » a vu le jour récemment. « Il y a gilets jaunes et gilets jaunes, avec les fascistes j’irai pas ! », tance cette dernière. Son voisin Kamel Guemari, tempère dans l’autre sens : « Je suis gilet jaune, et la démonstration de force qu’ils ont faite, c’est exceptionnel. Ils sont demandeurs pour nous aider dans notre lutte ». La liste de signataires du manifeste reste ouverte, souligne-t-on à la tribune.

Dans l’enthousiasme ambiant de la présentation, une voix moins optimiste vient rappeler que cette initiative de convergence des luttes marseillaises n’est pas la première, et que d’autres, ou même des acteurs présents dans la salle, s’y sont déjà cassés les dents. « Il ne faut pas oublier que des luttes ont déjà été faites, des choses ont été écrites, lance Fatima Mostefaoui, militante du quartier des Flamants, et membre de la coordination Pas sans nous. Pour faire grandir le mouvement, c’est important de ne pas mettre une lutte devant les autres, de tous porter le même combat ».

Une autre signataire, Framboise Robert de l’association Arte chavalo, défend l’idée de voir les luttes passées comme une ressource : « Il faut ressortir tout ces vieux dossiers. Ce n’est pas comme si ce qui se passe aujourd’hui était une surprise, des morts il y en a déjà eu. Il y a un ras le bol. Ça faisait 20 ans qu’on n’en pouvait plus, et en plus, il y a eu la rue d’Aubagne ». Après la marche de samedi, les signataires du manifeste se donnent rendez-vous lundi 4 février, pour une mobilisation aux abords du conseil municipal.

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