Le métro rêve d’extension au Sud alors qu’il patine au Nord

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Julien Vinzent_
14 Déc 2016 12

Jeudi, la métropole relance des études pour prolonger le métro vers Saint-Loup. Mais à l'autre bout de cette même ligne 2, l'inauguration du "modeste" tronçon de Bougainville à Gèze s'éloigne encore un peu plus.

On y aperçoit même une rame de métro. Destinée à remplacer Bougainville comme terminus Nord de la ligne 2, la station Gèze semble déjà prête à accueillir ses premiers voyageurs. Pourtant, la livraison de cet important pôle d’échange – avec gare de bus et parking-relais de 650 places intégrés – initialement prévue en avril 2015, a fait l’objet de multiples reports. Et le test qu’est probablement en train d’effectuer la rame RTM est loin de préparer une ouverture prochaine.

Alors que la métropole s’apprête à voter ce jeudi le lancement d’études pour une autre extension, cette fois-ci au Sud vers Saint-Loup (voir l’encadré ci-dessous), son agenda de la mobilité métropolitaine entérine un nouveau dérapage des délais. Ce tronçon de 800 mètres, hautement symbolique dans un 15e arrondissement qui doit pour l’instant se contenter de très grands bus, y est maintenant annoncé pour… mi-2018.

Les grandes phases de l'agenda de la mobilité.
Les grandes phases de l’agenda de la mobilité.

Interrogé le 2 décembre lors de la présentation de cet agenda à la presse, le vice-président délégué aux transports Jean-Pierre Serrus éludait la question, sous prétexte qu’il y aurait “déjà répondu cet été”. Sauf que l’ouverture était alors promise pour “courant 2017”. Quand à la réponse, elle n’est pas beaucoup plus précise que le calendrier. “Il y a eu un problème de maîtrise d’ouvrage, de définition du programme de travaux au démarrage”, expliquait à nouveau Jean-Pierre Serrus, lors du déjeuner de préparation du conseil métropolitain.

Derrière ce terme technique de maîtrise d’ouvrage, se cachent les services de l’ancienne communauté urbaine de Marseille, qui ont lancé les appels d’offres en 2010, c’est-à-dire sous la mandature du socialiste Eugène Caselli. “C’est l’archétype du dossier qui a été mal construit et mal monté”, accusait déjà en mai 2016, toujours dans La Provence, Lionel Royer-Perreaut, ancien président (LR) de la commission d’appel d’offres de MPM, sous l’ère Teissier.

Signalisation et tunnels empilés

Selon un connaisseur du dossier, les faits seraient un peu plus complexes que les critiques de la droite sur la gauche pourraient le laisser penser. Dans tout projet de ce type, il y a un maître d’ouvrage qui commande et un maître d’œuvre qui réalise. “Sauf qu’un maître d’œuvre, il faut le tenir d’une main et distribuer des claques de l’autre”, illustre notre source. À voir la station et le pôle d’échanges en béton tout neuf, ce n’est pas de ce côté-là qu’il fallait sortir la boîte à gifles.

Le groupement emmené par le cabinet Artelia a connu des problèmes sur la partie signalisation, celle qui est en lien avec le pilotage du métro et pose donc des questions de sécurité. Or, avec la transition entre la présidence d’Eugène Caselli et celle de Guy Teissier après les municipales de mars 2014, puis la mise en route cahoteuse de la métropole, la machine politico-administrative aurait mis du temps a reprendre le dossier en main.

Ce chantier à 108 millions d’euros a aussi dû s’adapter à deux autres grands projets, l’extension d’Euroméditerranée et la rocade L2. En effet, le métro doit poursuivre sa course environ 150 mètres après la station Gèze, afin que les rames fassent demi-tour mais aussi pour permettre une éventuelle extension. Pour cela, un tunnel doit donc plonger sous la place de la Cabucelle. Sauf que sous cette même place doit aussi passer une trémie routière appelée à alléger en surface le trafic des poids-lourds en provenance de la L2 et à destination du port. Du coup, il faut creuser plus profond afin de laisser la hauteur nécessaire à ce tunnel routier qui sera posé sur celui du métro.

Lundi dernier, à quelques jours du lancement d’un plan transports sans précédent dont le pilotage s’annonce ardu, le président de la métropole Jean-Claude Gaudin semblait avoir bien en tête ces limites. “Entre le moment où l’on prend une décision dans mon bureau et le moment où l’on coupe le ruban, il se passe parfois un temps considérable”, concédait-il. Du coup, il s’est refusé à risquer une date pour le tronçon de tramway vers la place du 4-septembre (7e), de nouveau à l’ordre du jour. “Quand on annonce des choses comme cela, on n’arrive jamais à les tenir.”

5 ou 6 stations au Sud

800 mètres et une station supplémentaire d’un côté, 4,1 kilomètre et cinq stations de l’autre. À elle seule, cette juxtaposition annonce l’ampleur du chantier qu’ouvrira ce jeudi la métropole avec le prolongement du métro vers Saint-Loup.

Après les études de faisabilité commandées début 2014 par la communauté urbaine de Marseille (lire notre article), une sixième station et 550 mètres pourraient même s’y rajouter. “Des difficultés circulatoires sont apparues dans l’élaboration des scénarios de restructuration du réseau de bus, liées à l’emplacement de la station terminus à Saint-Loup Pagnol”, explique  doctement la délibération.

Le site de l’ancienne usine de pâtes Rivoire et Carret, propriété de la métropole, pourrait donc accueillir ce pôle d’échanges qui comprendra lui aussi un parking relais (500 places). Le coût est estimé à 600 à 700 millions d’euros pour une livraison qui n’interviendra pas avant 2025.

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