Le projet de la piscine d’Euroméditerranée prend l’eau

Enquête
Adrien Simorre
19 Nov 2018 20

Lancés conjointement en 2016 par la Ville de Marseille, les projets de piscines sur le périmètre d'Euroméditerranée et à Luminy attendent encore la désignation d'un opérateur commun. Une question de risque d'inondation en lien avec le ruisseau des Aygalades, côté Euromed, pourrait fragiliser le projet.

Il fait partie des arguments avancés par la ville de Marseille, lorsque les critiques concernant le manque de piscines municipales se font trop vives. Le projet de construction de “centres aquatiques” au pied de la tour CMA-CGM ainsi qu’à Luminy avait fait l’objet d’un appel d’offres commun en 2016. La ville annonçait à l’époque que le lauréat des deux projets serait connu à l’été 2017. Un an plus tard, malgré quatre candidatures déposées, l’annonce se fait toujours attendre.

Du côté de la municipalité, l’adjoint aux sports Richard Miron évoque des “demandes d’éléments complémentaires faites aux candidats”, comme il y a près d’un an dans La Provence. Mais un autre facteur pourrait être en cause. Le projet de plan de prévention des risques inondation (PPRI) du ruisseau des Aygalades, rendu public en janvier, place une partie du site pressenti pour la piscine d’Euroméditerranée en zone inondable. Ce qui pourrait expliquer en partie le retard de la procédure et le silence radio de la mairie. L’adjointe à l’urbanisme Laure-Agnès Caradec n’a elle pas souhaité répondre à nos questions, invoquant le “secret” de la “procédure d’appel à candidature en cours”.

Le document, qui doit prochainement être soumis à enquête publique en vue d’une entrée en vigueur courant 2019, comprend une carte réglementaire, avec plusieurs couleurs, en fonction du risque d’inondation. Il s’agit d’interdire ou d’encadrer la construction de bâtiments qui pourraient faire obstacle à l’écoulement de l’eau.

Site de la consultation pour un projet mixte comprenant un centre nautique sur le périmètre Euroméditerranée et aléa inondation indiqué au projet de PPRI. En violet, la zone de risque limité, en bleu la zone de risque modéré. Cartographie : Marsactu / Source : Département des Bouches-du-Rhône

Le terrain envisagé pour la construction de la piscine d’Euroméditerranée, situé à quelques mètres du ruisseau des Aygalades, est colorié en partie en “bleu foncé”. Dans cette zone, où la probabilité d’une très forte crue est jugée “modérée”, l’implantation de grands équipements recevant du public, tel qu’un centre nautique, est interdite.

Le reste de la parcelle, en zone “violette“, associée à un risque limité, oblige tout de même le futur bâtiment à être situé 20 centimètres au dessus du niveau du terrain naturel. Deux critères qui n’étaient pas actés lors de l’appel à candidature lancé par la Ville en 2016.

Deux piscines liées

Si la piscine d’Euromediteranée coulait, elle entraînerait avec elle celle de Luminy. Annoncé plus rentable avec notamment la possibilité de compléter la piscine par un programme immobiler, la première devait permettre de compenser le déficit de la seconde. De quoi donner du fil à retordre aux opérateurs candidats, qui devaient déjà plancher sur un équilibre financier plus qu’hypothétique pour ces deux équipements (voir notre article).

La Ville à la repêche

À la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), en charge du PPRI, l’adjoint au service urbanisme du pôle risques naturels confirme qu’Euroméditerranée et la Ville n’ont été intégrés officiellement aux discussions autour du PPRI qu’en novembre 2017. Soit plus d’un an après le lancement de l’appel d’offres pour les deux piscines. En mai, une note de l’agence d’urbanisme Agam, missionnée par la Ville, a déjà permis de repêcher le terrain. À l’origine, il était classé en “autre zones urbanisées”, où les conditions sont encore plus drastiques. Autant dire que la Ville aurait pu dire adieu à sa piscine. L’argumentaire de l’Agam a permis d’obtenir le reclassement en “centre urbain”, rendant plus flexible le futur règlement associé.

Même reclassé, le terrain reste-t-il viable pour un centre aquatique? Le rapport du cabinet IPK, qui avait assisté la Ville dans la préparation de l’appel d’offre, montre la sensibilité de la question. Citant des opérateurs approchés avant le lancement de la consultation, il jugeait qu’il n’était possible d’atteindre un équilibre budgétaire que par une réduction des coûts de construction liées aux spécificités des équipements. Le classement du site en zone inondable pourrait donc remettre en cause cet équilibre précaire, notamment en imposant des contraintes (comme une surélévation par exemple) qui augmenteraient le coût de construction de la piscine, déjà évalué entre 25 et 30 millions d’euros.

Pour l’heure, le terrain concerné englobe un grand terrain vague servant d’aire de stockage aux chantiers voisins, et un des petits immeubles désaffectés murés par Euroméditerranée. L’établissement public d’aménagement avait acquis le site en 2012 en vue d’y construire des bureaux. Mais la Ville, après avoir un temps évoqué la Porte d’Aix puis le Dock des Suds, y avait vu un emplacement idéal pour son complexe nautique. Cette fois, retour à l’envoyeur : Euroméditerranée a indiqué à Marsactu qu’il s’agit d’un “dossier suivi par la Ville de Marseille” sur lequel il n’avait “aucune information à donner”. Peut-être une manière de lui faire porter la responsabilité dans les retards à venir sur l’îlot.

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