Le conflit des poubelles monte en pression

Actualité
Julien Vinzent_
17 Oct 2017 10

Depuis bientôt une semaine, Marseille fait face à une grève des poubelles localisée chez un prestataire mais aux conséquences générales. Tandis que la métropole tente d'obtenir du préfet ou de la justice un déblocage rapide, l'entreprise Derichebourg fustige des "dérives" et sort l'arme du fini-parti. Les grévistes se sont quant à eux tournés vers l'inspection du travail.

Ils auront tenu près d'une semaine. Depuis mercredi dernier, la grève des salariés de la société Derichebourg en charge du ramassage des ordures dans les 2e, 15e et 16e arrondissements avait des conséquences non seulement sur le périmètre de leur contrat, mais aussi sur le reste de Marseille, où plusieurs milliers de tonnes de déchets s'amoncellent autour des conteneurs.Anciens salariés de Veolia et Nicollin, anciens titulaires des marchés, les grévistes dénoncent les conditions de reprise offerte par Derichebourg. Ils bloquaient donc les centres de transfert des Aygalades et de la Capelette, d'où les déchets marseillais sont acheminés par train vers l'incinérateur de Fos. Ce blocage, aux conséquences très visibles, a été levé ce mardi après une nouvelle réunion infructueuse avec la direction, en guise de preuve "de bonne volonté" envers la métropole et la population. Mais la grève se poursuit.Au septième jour, la perspective d'un déblocage par une intervention policière devenait palpable. Mercredi matin, le tribunal de grande instance devait examiner la demande déposée par la métropole, dans le cadre d'une procédure d'urgence. Dimanche, son président Jean-Claude Gaudin s'impatientait déjà dans un communiqué. "La métropole a déjà saisi la justice mais les procédures sont bien trop lentes pour prendre en compte l’urgence de la situation. C’est pourquoi je demande immédiatement aux services de l’État de faire libérer l’accès des centres de transfert pour permettre une reprise du travail des agents dans les plus bref délais, a-t-il tonné. Le préfet doit intervenir : il en va de la salubrité de nos rues et de la santé publique de nos concitoyens."Un discours réitéré ce lundi, en marge du conseil municipal de Marseille, par la vice-présidente du conseil de territoire en charge des déchets, Monique Cordier : "Pour nous cela relève de la salubrité mais aussi de la sécurité. Les gens profitent des dépôts de déchets pour jeter n'importe quoi. On peut trouver des bouteilles de gaz. Et il y a déjà eu des incendies, cela m'inquiète", s'alarme-t-elle.

Un "référendum" avorté

À côté de ces arguments, Jean-Claude Gaudin s'attaque aussi à la légitimité du mouvement, estimant qu'il relève d'"une minorité de salariés", de "quelques irréductibles". "Ils ne sont qu'une douzaine, les autres sont prêts à reprendre le travail", assène Monique Cordier. "Ils cherchent à nous discréditer, c'est classique", répond Tahar Ghali, qui revendique un taux de 100 % de grévistes à la collecte. Même si le blocage opéré empêche, de fait, toute rotation de tournées.Dans un communiqué publié ce lundi, le groupe Derichebourg a lui aussi tenté d'enfoncer ce coin. "Les délégués syndicaux ont empêché la tenue de deux référendums sur la reprise du travail, organisés à la demande des salariés et sous contrôle de deux huissiers de justice", affirme l'employeur. "C'est la DRH qui nous a envoyé le SMS ! Le premier jour, personne n'y a été. Alors ils ont retenté... Vous pensez vraiment qu'on a les moyens de payer un huissier ?", rigole Tahar Ghali.Mais dans son communiqué, Derichebourg dégaine une arme bien plus explosive : le fini-parti. Depuis mercredi, le groupe s'était contenté d'assurer, par la voix du directeur général de sa filiale Poly-Environnement Emmanuel Brun, qu'il avait "démontré aux salariés que leur appréciation était fausse et que leur pouvoir d’achat allait en fait augmenter". Dans un tout autre style, le communiqué met cette fois-ci en avant les "exigences et dérives" auxquelles les négociations serait confrontées :
Depuis la reprise des contrats par le Groupe Derichebourg, la Direction a constaté que le temps de travail des personnels transférés des sociétés précédemment délégataires des contrats, dépasse rarement 4 heures par jour pour un salaire moyen mensuel de 2250€ bruts pour un équipier de collecte à 2530€ bruts pour un chauffeur.
"Ils sont gonflés ! Oui on est en fini-parti, mais le travail est fait", réagit Tahar Ghali, syndicaliste FO qui ajoute : "Moi sur ma tournée je fais 5 h 30, mais d'autres vont plus vite." Derichebourg, qui était précédemment titulaire des marchés du 3e et du 16e arrondissement, ne pouvait l'ignorer : si c'est du côté des agents publics que le fini-parti a le plus fait débat -il a d'ailleurs été plus fortement encadré depuis 2014- il n'en est pas l'apanage.

L'inspection du travail en arbitre ?

Avec les trois nouveaux marchés de collecte et de propreté, démarrés en juin et septembre, la métropole espérait obtenir une amélioration sensible, via une logique d'obligation de résultats (lire notre article sur la "bataille du centre-ville"). Si l'hyper-centre semblait connaître un "coup de propre" comme le formulait La Provence, ces nouveaux marchés ont aussi donné lieu à trois grèves, à l'impact important sur l'image de la propreté. En août 2016, lors de la publication des appels d'offres, c'étaient les conditions de reprise du personnel - déjà - qui inquiétaient. Trois mois plus tard, un conflit éclatait du côté du nettoiement, plus particulièrement des missions d'appoint, avec une quarantaine d'intérimaires s'estimant "laissés pour compte" avec la fin du marché de Veolia."On sait que cela fait partie de la légende marseillaise. À chaque renouvellement de marché, il y a des grèves mais cela ne peut plus durer, insiste Monique Cordier. Je suis pour le dialogue de par mes anciennes fonctions, mais c'est désormais une question de salubrité, de sécurité." Du côté des grévistes, on espère que ce dialogue pourra être mené sous l'égide de l'inspection du travail, qui a été sollicité et aurait accepté. Et comme Derichebourg assure que "le dialogue constructif reste ouvert", tout espoir n'est pas perdu.Article actualisé mardi 17 octobre après l'annonce de la levée du blocage des centres de transfert.

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