Le chemin semé d’embûches d’un accord entre Les Républicains et En Marche pour Marseille

Actualité
le 26 Juin 2019
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Après que Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin ont appelé à un grand rassemblement allant de leur parti, Les Républicains, à La République en marche, les soutiens tardent à venir. Et les membres du parti présidentiel étudient bien d'autres options.

Martine Vassal le 24 juin à Marseille. (Image JML)

Martine Vassal le 24 juin à Marseille. (Image JML)

Martine Vassal, candidate plus que probable à la mairie de Marseille et Yves Moraine, le maire de des 6e et 8e arrondissements, se sont répartis les rôles au Yachting club de la Pointe-Rouge, pour cette soirée politique dans le 6/8. À la cheffe, les discours de rassemblement, au lieutenant, les avertissements. Ainsi, quand il s’agit de parler des municipales après la main tendue de Martine Vassal, c’est Yves Moraine qui serre les vis : « Nous avons tendu la main (à LREM) mais il ne faut pas la tendre trop longtemps au risque d’une crampe. (…) On ne la tend pas par faiblesse mais par esprit d’ouverture. (…) Si elle n’est pas saisie, nous irons à la bataille. » Au soir de la venue d’Emmanuel Macron, la phrase sonne comme une légère déception quant à une visite qui n’a, a priori, pas scellé l’accord espéré.

À mesure, la main de la droite pourrait même se refermer sur une poignée de personnalités macronistes. À écouter attentivement Yves Moraine, il s’agit de réduire l’ouverture aux « marcheurs qui ne sont pas de gauche » et même à « cette société civile qui a donné de l’élan à Macron ». Pour les autres, les attaques se font dures notamment contre le référent départemental Bertrand Mas-Fraissinet, qualifié d’« ancien directeur de campagne de Patrick Mennucci », quand il n’en était qu’un conseiller ou un colistier.

« C’est le terrain qui fait la différence »

Reste que les législatives et la défaite de Dominique Tian sur les terres historiques de la droite puis les européennes sont passées par là : 8,30 %, en quatrième position. Les craintes naissent même si l’ancrage du parti et diverses études d’opinion leur permettent de rester confiants. « L’élection par secteur est complètement différente. C’est le travail qui a été fait sur le terrain au quotidien qui fait la différence », veut croire Martine Vassal qui doit encore composer avec la candidature de Bruno Gilles, très implanté notamment dans son secteur des 4e et 5e arrondissements.

Cette absence d’ancrage local est évidemment le point faible des marcheurs qui n’ont réussi à recruter qu’un seul conseiller municipal, Stéphane Mari, transfuge du parti socialiste. « Le souci, c’est qu’il y a des électeurs mais pas de militants, c’est un vrai problème », constate une figure locale macroniste qui pense « qu’il faut s’unir pour Marseille ». L’idée est aussi celle du doyen de la fac de droit Jean-Philippe Agresti qui voit aussi une planche de salut dans un large rassemblement pour Marseille. Côté parlementaires, seule Claire Pitollat a manifesté son soutien à ce scénario d’une liste d’union avec la droite locale.

Saïd Ahamada : « La campagne c’est nous qui la ferons, pas Paris »

Mais d’autres ne l’entendent pas de cette oreille, à commencer par ceux issus des rangs de la gauche. Candidat à l’investiture, le député des quartiers Nord Saïd Ahamada, est le plus clair. « Si l’idée, c’est une alliance avec la droite, ce sera sans moi, explique-t-il depuis des semaines. Tous les élus et responsables disent la même chose. Je ne vois pas comment ils feraient autre chose. La campagne, c’est nous qui la ferons, c’est pas Paris. »

Certains militants explorent d’autres options, autonomes mais avec des profils plus société civile. La volonté d’y aller du président bientôt retraité d’Aix-Marseille université Yvon Berland est réelle. Un de ses soutiens, bien en place dans l’exécutif local de LREM, y voit « un homme de droite capable de grappiller des voix à Vassal ou à Gilles ». Car l’objectif, outre de « se compter » localement pour la première fois, pourrait alors être de passer devant la droite locale et de fixer ses conditions au second tour. Pour Yves Moraine, c’est aussi un moyen d’éviter un « accord de 3ème tour » et un « conseil municipal balkanisé » sans majorité pour gouverner.

Muselier encore dans la course ?

Chaque semaine, les parieurs du tiercé municipal donnent gagnante une nouvelle stratégie. S’appuyer sur le président Les Républicains de la région Renaud Muselier, figure de droite que pourrait compenser la sénatrice PS Samia Ghali, ne semble pas un scénario complètement écarté. Celui-ci, qui a pour lui d’avoir rompu avec Jean-Claude Gaudin, reste très prudent sur ses intentions mais lâche : « Le président a vu deux politiques et personne de son camp. Jean-Claude Gaudin au début de la réception et moi, à la fin. Et il a pris une heure et demi de retard. »

La visite d’Emmanuel Macron, qui a fortement marqué son intérêt pour la ville qu’il juge essentielle à « la réussite de la France » a plutôt renforcé les partisans d’une liste autonome. Plusieurs soutiens du président de la République jurent que l’heure serait plutôt à la constitution d’un projet municipal ouvert autour de La République en marche et sans alliance de partis. Le dîner dimanche soir, non inscrit à l’agenda et déjà relevé par La Provence, d’Emmanuel Macron a marqué les esprits. Au Péron, restaurant de la Corniche, les convives représentaient la société civile avec les huiles culturelles (les directeurs du Merlan, de la Criée et de la Friche, Francesca Poloniato, Macha Makeieff et Alain Arnaudet, par exemple) mais aussi des personnalités du monde sportif dont Mamadou Niang, ancien capitaine de l’OM aujourd’hui investi à l’Athlético Marseille ou des représentants des entrepreneurs.

Parmi eux, la présence du patron de l’UPE 13, Johan Bencivenga est particulièrement soulignée depuis lors. Assis face au président ce dimanche, le représentant local du Medef pourrait-il se lancer dans la bataille ? Pour l’heure, celui qui est membre des comités d’experts de Martine Vassal dit « travailler sur un projet et ce projet, je le donne à tout le monde, en dehors des extrêmes. » Pourrait-il incarner cette société civile ? Il est à ses yeux bien trop tôt pour sauter le pas : « L’important, c’est le projet pour réduire la fracture de cette ville », balaie-t-il.

Hasard du calendrier, l’UPE 13 accueillera ce mercredi soir la députée Marie Lebec, membre de la commission d’investiture de La République en marche. C’est à cette instance que revient, du moins officiellement, la décision finale. Ses responsables assurent que la décision n’est pas prise. Un cadre résume la position : « La situation à Marseille n’est pas stabilisée. Pour faire une alliance, il faut des éléments de proximité entre eux et nous. On les cherche. »

avec Benoît Gilles et Clara Martot 

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Après « Mennucci, candidat socialiste du gouvernement » en 2014, voici « Mas-Fraissinet, ancien directeur de campagne de Mennucci » en 2019… Quelle riche imagination de notre droite locale dans l’attaque politicienne !

    On n’est pas trop surpris d’y voir la marque de fabrique d’un Moraine, qui ne sait faire que des phrases et des procès d’intention, et qu’on n’a jamais vu animer un débat d’idées. Il fait partie de ces petits marquis aussi arrogants que creux qui devront impérativement être écartés s’il y a un jour accord entre LREM et (une partie de) la droite LR locale. Quand je pense que certains le voient premier adjoint d’un maire LREM : que la Bonne-Mère nous en préserve !

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  2. Opiniatre Opiniatre

    Voir LREM « promesse du nouveau monde » recycler l’équipe Gaudin serait risible si ce n’était tragique.

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      +1 !
      Pour l’instant et malgré la travail de sape catastrophique des « purs et durs » de gauche qui ont tout fait pour que ça arrive, on n’en est pas encore là !
      Mais les prophéties auto-réalisatrices finissent parfois par se réaliser, surtout quand elles sont tragiques, alors il faut arrêter d’en faire.

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  3. leravidemilo leravidemilo

    Et c’est ainsi , Félix, que si la droite ultra libérale des marcheurs et la droite ultra libérale des enkystés au creux du fauteuil, venaient à sceller une alliance, avec l’onction et la bénédiction de veolia/Vinci/Eiffage/Bouygues… et la participation active du Medef tendance canebière, ce n’est pas du fait qu’ils ont les mêmes donneurs d’ordres et les mêmes projets politiques, mais bien du fait et de la faute de ces incorrigibles et indécrottables « purs et durs » de la gauche. Et Hop! Bien chaud bien defferriste, faut il vous l’envelopper? (chassez le naturel, il revient au galop).
    C’est d’ailleurs moins une prophétie qu’un prévision, surtout dans la ville de Defferre; Mais allez savoir si ça se passera au 1er, ou au 2ème, ou et à défaut au 3ème, il semble que même parmi eux, les avis soient partagés. That’s the (only) question.

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    • Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

      + 20

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    • julijo julijo

      Oui, les « purs et durs » de gauche sont, seront et ont été responsables….certes !!
      mais là c’est quand même consternant de voir que les « troubles et mous » de la droite (non identifiée précisément) locale sont en pleine négociation et la discussion est assez explosive.
      Ce qui serait marrant, si ce n’était si triste pour la ville et son futur.
      Les ultras libéraux en marche ou en fauteuil sont en train de se bouffer le nez….. mais ils ne sont pas responsables ? non, non, c’est les purs et durs…and so on….

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      à 1’30 : « …et vous ne voterez pas non plus pour Gaston Defferre ! »
      Vous n’avez pas pris une ride les gars !
      Puisque je cite le funeste Duclos, et qu’on est dans l’histoire, je vous rappelle qu’avec le même raisonnement « pur et dur », il a aussi livré les militants du POUM et de la FAI aux franquistes à la frontière franco-espagnole en 1936.

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      Soyons sérieux et arrêtons de nous emplâtrer (ex post : je regrette de vous avoir mis les morts de 36 sous le nez, mes excuses si j’ai blessé quelqu’un).
      Nous vivons dans la ville la plus polluée, la plus embouteillée, celle où il y a l’arrondissement le plus pauvre, où les jeunes font le moins d’études supérieures… de France ! Et j’en passe sur les écoles et les immeubles qui tombent sur la tête des occupants. Vous voulez garder les mêmes ? Ou vous voulez qu’on avance vers des solutions ? Sur ces problèmes là, il faut passer des alliances pour gagner les élections et se débarrasser des ces nuisibles.
      Je ne discute pas de la nécessité d’abolir le salariat ou de donner le pouvoir aux conseils ouvriers !
      Je vous parle d’arrêter de s’empoisonner en respirant !

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  4. leravidemilo leravidemilo

    ça tombe bien, puisque personne ne causait, en l’occurrence, des conseils ouvriers ou de l’abolition du salariat, mais bien plutôt de la possibilité (en fait l’impossibilité) de mener une politique opposée à celle que Gaudin et sa fine équipe nous ont fait subir si longtemps, avec les en marche (vers le mur). L’ardeur de votre plaidoyer n’a que très peu de chance de convaincre grand monde, à la simple vue de ce que LREM, en marche forcée ces derniers temps, fait subir au pays.
    Outre les exemples que j’ai eu l’occasion de déjà citer, concernant la transparence de gestion (« les marchés publics ne le sont plus ») et la protection des sites protégés (l’article de Marsactu et celui du canard enchaînéé « sites classés laisse béton »), il faut considérer le nombre conséquent et mortifère de privatisations importantes engagées/réalisées ou tentées , en quelques mois, par nos marcheurs qui forcent le pas. Et ceci, toujours au détriment des services aux publics et des grands réseaux indispensables à une société développée (là où on se fait forcément du fric) et toujours au profit des même donneurs d’ordre pour le compte desquels Gaudin a consciencieusement besogné quelques décennies durant.
    En 3 ou 4 mois y sont passés, entre autres, aéroports, barrages hydro électriques, EDF, et autres routes nationales… Pas moins! Pour faire court (en tous cas pas trop long) je renvois celles et ceux qui auraient négligé ou zappé les informations correspondantes a une feuille gauchiste : Le service public (pour quelque temps encore) et la chaine France Culture. Prenez par exemple les podcasts de « les nouvelles de l’éco »; c’est facile, avec des informations précises et affinées, et ça ne dure que 7 à 8 minutes.
    Je soumet à votre sagacité celles du :
    – » Accord commercial, le CETA contre attaque » du 25/06. Macron y appelle le parlement à « ratifier au plus vite » le CETA déjà appliqué sans vote, mais pas pour les cours arbitrales permettant aux multinationales d’attaquer les états…
    – « EDF, nationaliser les pertes pour privatiser les profits » du 24/06.
    –  » Vers la privatisations des routes nationales » du 18/06 (vous voyez, c’est du dense!). Cela est fait par le biais d’un amendement subrepticement glissé dans la loi pour la mobilité, et voté par les marcheurs.
    –  » Prix de l’électricité: le coût de la concurrence » du 20/05. Le prix est désormais fixé non par les couts mais par les marchés boursiers.
    –  » Les barrages français cèdent face aux intérêts privés » du 26/03. C’est encore mon préféré! Vous verrez, on y parle de nous, se serre ponçon, de l’approvisionnement en eau des villes, des agriculteurs face aux géants mondiaux, tout ça tout ça, et même du refroidissement des centrales nucléaires.
    Bon, dans tout ça, la bruxelloise commission est abondamment citée, étant à l’origine et à la manœuvre dans toutes ces mauvaises manières qui mettent en coupe réglée l’ensemble du pays et de nos vies à venir.Mais je vous propose une dernière sucrerie
    – « La capture de l »u ».E par les banques. » du 27/02.
    Juste, tout ça pour saisir à quel point, avec les marcheurs à la mairie, nous auront plus que notre lot des PPP, des PPP encore, des marchés publics à trente ans, et autres joyeusetés qui augmentent encore la dette des futurs petits marseillais, rend encore plus ingérable la groooossseuuu métropole, et explique l’abandon de nos écoles, immeubles effondrés, transports en commun et autres piscines… Bonne lecture!

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    • julijo julijo

      Tout à fait d’accord. il ne s’agit pas d’une querelle du genre, je suis plus libéral que toi, et moins à gauche que l’autre…
      simplement les solutions pour marseille, qui ne sont pas évidentes facilement…il y a un sacré boulot pour redresser la situation actuelle… ne peuvent pas tranquillement se trouver dans des alliances dont le seul but serait de virer les nuls d’aujourd’hui. même si c’est une priorité, ça ne suffira pas.
      il s’agit d’élaborer un programme, des objectifs, des priorités, avec des gens qui réfléchissent de façon moderne. et ça ne peut pas être n’importe comment. et encore moins avec n’importe qui.

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  5. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Ce n’est pas de la bouillabaisse mais de la tambouille ….25 ans de gaudinisme, ça suffit

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Ce petit jeu de Monopoly politique est fatiguant et de savoir qui couche avec qui aussi
    Pour le moment nous n en sommes comme toujours au stade des personnes et donc des ego
    Aucun programme, aucune position
    Exemple qu elle est la position de tout ce beau monde face a FO et la congestion à la mairie
    Que disent les gens du monde nouveau et les amnésiques de la gaudinie?

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    • julijo julijo

      « congestion » ou co-gestion…… les deux, mon capitaine !!

      et oui, que disent les gens du monde nouveau ? qui est une réplique étonnante de l’ancien…

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    • jacques jacques

      C’est quoi la différence entre LR et associés et LREM ?

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    • Malaguena/Jeannine Malaguena/Jeannine

      je réponds à Jacques qui se pose la question : différence entre LR et associés et LREM ?

      mais y en a pas!!!

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  7. David David

    Bonnet blanc, blanc bonnet, les seuls perdants dans l’histoire, déjà on les connaît : ce seront les marseillais.

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  8. Malaguena/Jeannine Malaguena/Jeannine

    c’est mal « barré » à Marseille pour un renouveau sans clientélisme. Certains marseillais ont dû mal à s’en défaire

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