L’avenir suspendu de SOS voyageurs, lieu d’accueil solidaire de la gare Saint-Charles

Actualité
Ana Rougier
9 Juil 2019 1

Du 15 juillet au 30 septembre, le service d'accueil SOS Voyageurs de la gare Saint-Charles ferme ses portes. Plusieurs motifs sont à l'origine de cette décision. Une clôture officiellement temporaire qui présage une désolidarisation progressive entre la gare et les associations de solidarité.

« Je viens ici quand je n’ai pas le choix ». Moussa, café à la main, passe souvent au point SOS Voyageurs de la gare Saint-Charles. L’air soucieux, il se demande vers quelle structure se diriger après la fermeture du local, situé à proximité de la sortie de métro. Comme lui, chaque matin en semaine, une trentaine de personnes gravitent autour de la permanence matinale mise en place par le samu social, service municipal d’aide aux sans-logis. Plus pour longtemps. La SNCF prévoit la fermeture du local pour l’été, à partir du 15 juillet. L’objectif officiel est définir à nouveau les missions de chacun et rénover le lieu.

Au local, tout le monde se croise : SDF, migrants, demandeurs d’asiles, retraités, jeunes en décrochage scolaire et prostituées. Le samu social reçoit toutes les personnes et assure une permanence de 7h à 8h. L’association SOS Voyageurs prend le relais à partir de 9h et offre volontiers un café. Au fil des ans, le point SOS Voyageurs est devenu un lieu de la solidarité dans le centre-ville et bien au-delà.

Relation de proximité

Une longue silhouette apparaît à travers la vitre du local SOS. Un jeune homme vient chercher un café, s’assoit quelques minutes, puis repart. Dominique Ben Mhadi, bénévole de l’association SOS Voyageurs a dû réduire la distribution des cafés : « on pouvait en servir 200 dans la journée. C’était trop. » Depuis 2017, le point SOS Voyageurs reçoit de plus en plus de demandeurs d’asiles et de migrants. « C’est un point de croisement de toute la misère du monde », allègue la présidente.

Malgré l’absence de convention depuis deux ans entre le samu social et la SNCF, les permanences continuent de façon informelle. Le samu social a pu établir une relation de confiance avec les personnes fréquentant le lieu. « À force de se voir tous les matins, cette permanence devient un lieu de réconfort, confie un agent du Samu, sous couvert d’anonymat. Cela permet de désamorcer les conflits occasionnels entre migrants et SDF ». Une fois les clés rendues, le travailleur social s’attend à rencontrer du mécontentement chez les habitués. D’autant que la date de réouverture reste inconnue.

Pour Nathalie Dorier, directrice de la gare Saint-Charles, les raisons de la fermeture du point SOS Voyageurs n’ont pas à susciter de polémique. « C’est un non sujet. Le local a besoin d’être rénové. » Nathalie Dorier glisse tout de même un commentaire à la fin de notre échange : « le point SOS Voyageurs est un lieu d’accueil pour les voyageurs », sous-entendant qu’aujourd’hui le lieu n’accueille pas que des usagers du train.

Quant à la rénovation du local, la directrice de la gare garantit l’achèvement des travaux pour fin septembre. Ivan Bellais, responsable des relations extérieures pour la SNCF Côte d’Azur parle pourtant d’une rénovation qui peut durer « trois mois comme trois ans ». 

Un flou qui ne doit rien au hasard. Suivant le compte-rendu d’une réunion de concertation menée le 28 mai à ce sujet et que Marsactu a pu consulté, la fermeture temporaire du 15 juillet au 30 septembre peut se transformer en fermeture définitive. Plusieurs pistes de relocalisation sont envisagées, et l’association doit pour cela présenter un projet précis. Le lieu d’accueil pourrait être à l’intérieur de la gare pour réguler l’affluence ou complètement à l’écart.

Si le nouveau local est installé à l’écart, il devra être géré par plus de bénévoles, avec des compétences dans l’accueil et l’orientation des personnes. L’occupation du même lieu rénové mais avec une limitation des personnes « poussées par l’habitude » est aussi une autre piste. Peut importe les orientations choisies, toutes imposent la suppression du café.

Autrefois installé sur le quai A, le local est aujourd’hui relégué Boulevard Maurice-Bourdet. Ce transfert s’expliquerait en partie par la sur-occupation du quai A par des personnes identifiées comme n’étant pas des « voyageurs ». Autrement dit, des demandeurs d’asile en attente, des migrants ou des SDF. L’association, conventionnée jusqu’à fin septembre, s’interroge sur ses propres perspectives. L’équipe de bénévoles constituée d’une petite dizaine de personnes est débordée. « Nous n’avons pas toujours les compétences nécessaires pour aider les demandeurs d’asile », déplore Dominique.

Qui pour prendre en charge la précarité autour de la gare?

Pour différents acteurs de la solidarité à Marseille, cette possible fermeture est inquiétante. Fathi Bouaroua, coprésident d’Emmaüs Pointe-Rouge évoque la réduction et la dé-centralisation des actions de solidarité dans Marseille. D’après lui, cette méthode vise à faire disparaître les points de fixation des actions de solidarité. « C’est une politique qui chasse les sans-abris et les gens les plus modestes. On les cache. La ville est trop pauvre pour ceux qui la dirigent. »

La SNCF souhaite pourtant mettre en place des actions de solidarité. Après un diagnostic mené entre la Fédération des acteurs de la solidarité et la gare en 2018, des conventions ont été passés avec trois associations, l’Addap 13 pour la prévention, le bus 31/32 pour la réduction des risques, l’accueil de jour Marceau pour les sans-logis. La SNCF espère ainsi répartir la prise en charge des précaires. Cependant, les associations conventionnées n’ont pas toutes les compétences nécessaires pour prendre en charge la diversité des publics et ne sont pas toujours près de la gare. Dans le cadre ou un accord est trouvé entre la gare SNCF et le point SOS Voyageurs, le local serait maintenu.

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