L’association d’insertion Aix multiservices environnement rejetée du technopôle de l’Arbois

Actualité
le 30 Juil 2018
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L'association Aix multiservices environnement, qui fait de la réinsertion professionnelle via l'entretien d'espaces verts, prévoyait depuis trois ans de s'installer sur le technopôle de l'Arbois. La métropole leur a finalement refusé ce projet le 6 juillet dernier, lui laissant moins d'un an pour se retourner.

L'équipe encadrante d'AMS et des salariés en voie de réinsertion.

L'équipe encadrante d'AMS et des salariés en voie de réinsertion.

« Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a le cancer », lance Abdel Bouzriba, trésorier d’Aix multiservices environnement (AMS). L’association qui lie réinsertion professionnelle et environnement s’inquiète de se retrouver à la rue d’ici à l’été prochain et l’a fait savoir lors d’une conférence de presse jeudi dernier. Comme l’a déjà rapporté La Marseillaise, tandis qu’elle projetait depuis 2015 de s’installer sur le technopôle de l’Arbois, la métropole a finalement décidé d’annuler ce projet le 6 juillet dernier. « On y avait toute notre place, sur le plan humain et environnemental », regrette Abdel Bouzriba. Surtout, AMS y avait déjà investi 17 000 euros pour le projet architectural adapté au terrain de 1150 m2. Les locaux devaient accueillir l’équipe de 70 personnes.

Selon la métropole, interrogée par Marsactu, « d’importantes difficultés juridiques et financières remettent en question la faisabilité du projet » estimé à 625 000 euros. AMS proposait de participer en fonds propres à hauteur de 25 000 euros, puis de réaliser un emprunt pour finaliser le financement. Or, la part des subventions publiques dans ce budget était limitée par la législation européenne, a souligné la métropole. Car malgré son statut d’association, AMS intervient dans un secteur concurrentiel, celui de l’entretien des espaces verts, et ne peut donc bénéficier de plus de200 000 euros d’aides. « Pour l’instant, nous n’avons pas les garanties suffisantes pour approuver ce projet », complète la métropole.

Moins d’un an pour trouver où s’implanter

Mais le blocage ne semble pas être uniquement financier. Des techniciens ont été engagés par la métropole de janvier à juillet afin de vérifier les conditions de faisabilité. Ils ont alors relevé des problèmes techniques. « Des explications bancales », selon Joël Sennavoine, le directeur d’AMS. Entre autres soucis soulignés, le fait que le terrain ne soit pas relié à l’électricité. « On nous avait pourtant donné les plans du réseau afin de s’y connecter », se défend Joël Sennavoine pour prouver la faisabilité du projet.

Pour l’association et ses partenaires, il y aurait d’autres explications au rejet de la métropole. « On n’est pas assez «branchouille» pour le technopôle », lance Elise Huguenot, déléguée régionale du réseau Chantier école PACA, partenaire d’AMS. « Ça semble un peu sorti du chapeau. Nous avons besoin de réponses franches », complète Abdel Bouzriba. Si de son côté la métropole, se veut rassurante en affirmant « qu’il y aura une solution à temps », les salariés ne sont pas du même avis. « Nous ne pourrons pas refaire de projet architectural. Nous avons donc moins d’un an pour trouver de nouveaux locaux, signale le directeur d’AMS. Aujourd’hui le péril serait de ne même pas trouver de lieu d’accueil ». Les services de la métropole affirment malgré cela que « le fonctionnement de cette association n’est aucunement menacé dans son activité ».

« Maintenant qu’il n’y a qu’une grande métropole, qu’est-ce qu’on va devenir ? »

Le projet architectural déjà bien avancé des locaux d’AMS sur le technopôle de l’Arbois.

L’association est installée sur un terrain à la Pauliane, dans le sud d’Aix-en-Provence, prêté gracieusement par le rectorat jusqu’en juin 2019. C’est pourquoi elle avait prévu de déménager dans le premier technopôle de France dédié à l’environnement. Un choix qui semblait évident pour cette association qui passe par l’entretien d’espaces verts pour aider à la réinsertion. Actuellement 55 salariés sont en voie de réinsertion, accompagnées par 15 salariés permanents et 10 bénévoles. Pour que cette équipe puisse s’implanter davantage dans le territoire, autrement dit à l’Arbois, un accord de principe a été signé avec la métropole en octobre 2017. Puis le permis de construire du projet déposé en février 2018.

L’incompréhension d’AMS est également liée au changement de gestion du lieu et donc d’interlocuteurs. Jusqu’alors tenu par l’agglo du pays d’Aix, le technopôle de l’Arbois a été intégré à la métropole Aix-Marseille-Provence en 2017. « Aix reconnaît notre travail, mais maintenant qu’il n’y a qu’une grande métropole, qu’est-ce qu’on va devenir ? », s’inquiète Vincent Bourgarel, président d’AMS. « Après presque un quart de siècle d’existence, nous voulions pérenniser notre projet et cela devenait réalisable », s’attriste le président. Tout en précisant que cette idée semblait pourtant un peu « folle » il y a quelques temps.

8 ans de redressement judiciaire

En cause : un contexte de baisse de subventions. « En janvier 2018, nous avons reçu une lettre du conseil régional nous disant qu’ils ne voulaient plus nous donner aucune subvention, zéro ! », relate le président. Finalement, après un nouveau dossier déposé, le conseil régional a fini par accepter de subventionner AMS. En passant tout de même d’un soutien de 83 000 euros à 45 000 euros. « Avec le conseil régional, le dialogue est rompu », argue Alexandra Coppolani, chargée de mission formation et emploi pour la fédération des acteurs de la solidarité, présente lors de la conférence de presse.

Le président, le trésorier et le secrétaire d’AMS lors d’une conférence de presse jeudi 26 juillet.

En septembre 2016, l’association d’insertion professionnelle a pourtant su se relever d’un redressement judiciaire ayant duré 8 ans. Pour son directeur, cela démontre de leur importance en tant qu’acteur du social. « Nous avions réussi à sauver la structure, nous avions été capable de reconstruire notre projet malgré tout ! », se félicite-t-il.

Les salariés, notamment ceux en voie de réinsertion professionnelle, attestent de leur soutien. « Avoir un salaire m’a aussi permis de retrouver un toit. Après nous, d’autres auront besoin de l’AMS », s’exclame un salarié, embauché en juin 2017. À ses côtés, d’autres relatent leur expérience de retour au travail. « Je n’avais plus aucun papier, même plus de sécurité sociale ou de passeport. Tous les après-midi, les encadrants sont là pour nous aider à refaire nos papiers », rapporte Mehdou, salarié depuis décembre 2017. C’est ainsi leur avenir qui est aujourd’hui en sursis. La métropole affirme de son côté étudier différents scénarios d’implantation dans le pays d’Aix, qu’elle devrait proposer à AMS d’ici quelques mois.

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Commentaires

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  1. Manipulite Manipulite

    « Nous ne sommes pas assez branchouille pour le Technopole » tout est dit. Le modèle de développement prôné par nos dirigeants politico administratifs est marqué par le strass et les paillettes bling bling, avec si possible des termes en anglais pour faire branché. Aucune prise en compte de la réalité socio économique locale. Le bonheur de quelques cadres expatriés sous notre soleil ne vaut pas l’exclusion de tous les autres habitants. Le réveil va être difficile mais nos dirigeants d’aujourd’hui ne seront plus là et n’auront pas de comptes à rendre.

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  2. Vitamines Vitamines

    Un détail par rapport à l’article : le technopole de l’Arbois était géré par un syndicat mixte (composé du CD, du CR et de l’ex-CPA).
    En 2017, le syndicat a été dissous et les équipes intégrées à la métropole Aix-Marseille-Provence comme direction du territoire du Pays d’Aix (cf. organigramme des CT de la métropole, voté en mars 2018).

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