L’assignation d’occupants illégaux de Kallisté reportée, l’évacuation se profile

Actualité
Violette Artaud
9 Fév 2018 0

“L’audience est reportée à la semaine prochaine. J’ai envoyé une lettre recommandée au préfet pour lui signifier qu’il est de sa responsabilité de vous proposer une solution d’hébergement avant d’entamer l’expulsion. On attend donc sa réponse”, annonce l’avocate Chantal Bourglan. Ce jeudi après-midi sur le parvis du palais de justice, elle a devant elle, une petite poignée de jeunes migrants qui écoutent avec attention ses propos. Tous ont reçu au début du mois et par voie d’huissier une assignation de Marseille Habitat, bailleur municipal du bâtiment H de Kallisté, où ils sont installés depuis plusieurs semaines.

La conclusion de ce document d’une cinquantaine de pages les enjoint à se rendre au tribunal d’instance pour “venir s’entendre déclarer occupant sans titre ni droit du Parc Kallisté” et “venir s’entendre dire et juger qu'[ils] devr[ont] vider et évacuer les lieux” sans quoi ils pourront en être expulsés “par le concours de la force”. Enfin, l’assignation de l’huissier de justice mentionne la possibilité de “venir s’entendre condamner à une amende de 500 euros”.

“L’occasion de réclamer leur droit”

En passant par cette démarche juridique, la Ville entend pousser l’État à procéder par la force publique à l’évacuation de ces occupants illégaux. Une évacuation rendue possible par un arrêté de péril concernant les parties communes daté de janvier. Sauf que si les occupants légaux sont désormais partis, relogés ailleurs, l’État n’a pas encore pris la décision de procéder à une expulsion par la force.

Les associations qui les accompagnent ont décidé, au contraire, de faire de cette procédure un moyen d’aider les migrants, dont la plupart sont demandeurs d’asile, en attirant l’attention sur leur situation. “C’est la procédure normale. Si les gens s’en emparent, ils pourront réclamer leur droit. L’État se doit de les héberger. S’ils restent invisibles, ils n’ont aucune chance et vont inéluctablement se retrouver dans des squats où leur sécurité est en danger”, constate Margot Bonis, membre du Réseau hospitalité. Mais si l’huissier de justice a dressé une liste de 78 personnes, ils ne sont qu’une petite dizaine ce jour devant le palais de justice.

“Les autres ont eu peur”, estime Festus, jeune Nigérian qui raconte vivre depuis deux semaines avec sa femme enceinte dans le bâtiment H. “Oui c’est dangereux là-bas, mais ça le sera encore plus dehors. Pour l’instant, nous n’avons pas d’autre solution. Nous ne sommes pas des animaux, on ne va quand même pas nous jeter comme ça dans le froid, ajoute-t-il dans un anglais approximatif. Alors je reviendrai la semaine prochaine, ils peuvent me demander ce qu’ils veulent, je n’ai rien fait de mal.” 

Il y a deux semaines, lors de son arrivée, le jeune homme s’est inscrit auprès de la plateforme asile, gérée par l’association Forum réfugiés, qui s’occupe de suivre les demandes d’asile. Depuis, rien ne lui a été proposé en matière d’hébergement. Selon ce jeune homme, ils seraient pratiquement 200 à vivre aujourd’hui dans le bâtiment. Du côté des services de la préfecture, on confirme que l’évacuation avec le concours de la force publique n’est “plus qu’une question de jours”. Même son de cloche du côté de la Ville, qui attend cette étape pour pouvoir boucler le bâtiment et rendre son accès impossible. Un gymnase devrait alors être mis à disposition pour héberger en urgence ces migrants pour quelques jours. Et l’histoire risque ensuite de se répéter. “Avoir un toit est la première des choses. Sans ça on ne peut pas faire nos démarches, chercher du travail et s’intégrer. Si on nous propose rien, on n’a pas d’autres choix”, conclut l’un des réfugiés présents ce lundi devant le palais de justice.

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