La réquisition appartient à ceux qui se lèvent tôt

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le 12 Nov 2012
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La réquisition appartient à ceux qui se lèvent tôt
La réquisition appartient à ceux qui se lèvent tôt

La réquisition appartient à ceux qui se lèvent tôt

Le père Paul multiplie les aller-retours devant son église de la Belle de Mai, passant de militant en militant pour expliquer l’action du jour. L’information a déjà bondi de téléphone en téléphone durant le week-end : une réquisition de bâtiments vides doit bénéficier aux Roms jusqu’à présent logés par la paroisse. Une centaine de personnes, majoritairement des têtes connues du milieu associatif ou politique (Coppola, Barles), a répondu à l’appel dès 6 heures du matin pour accompagner le déplacement vers Plombières d’une première famille dans un premier temps.

Les familles ont entassé poussettes et bagages dans un étroit couloir donnant sur une porte latérale de l’église et attendent le feu vert. Framboise, une militante qui parle “un mélange de roumain et de romani” partage leur impatience : “il faut y aller avant que les flics arrivent”. “On attend Myriam”, justifie Caroline Godard de Rencontres tsiganes pour expliquer un léger retard au démarrage. Problème : on a indiqué un rendez-vous à 7 h à la journaliste de La Marseillaise. Si Myriam Guillaume est si attendue, c’est que la réussite de l’opération implique un large écho médiatique pour mettre suffisamment de pression sur la ministre du Logement, Cécile Duflot, qui s’est déclarée favorable à des réquisitions en cas d’urgence.

Un bâtiment inoccupé depuis 2007

L’imposant cortège quitte la place Caffo pour le 91 boulevard Plombières, à dix petites minutes de marche. Impatiente, la famille s’installe en tête. Une ouverture déjà existante dans le grillage permet d’accéder à une ancienne caserne de la gendarmerie inoccupée depuis 2007. Un petit passage a été ouvert par la cave et permet de grimper aux premier, deuxième et troisième étage à la lumière des bougies et des portables. La famille s’installe au plus haut dans un appartement aux murs et plafonds qui s’effritent, un logement sans toilettes ni douche où les seules traces d’une cuisine résident en une tapisserie à fleurs défraîchie.

Leurs accompagnateurs poursuivent la visite en agents immobiliers : “Les volumes sont intéressants”, glisse l’une. “Faut faire des travaux avant d’acheter”, répond un autre. L’euphorie des coups bien menés s’installent. De son côté, Nadia, la maman poursuit la visite en ponctuant ses pas de “biné, biné”, tandis que son fils, Avaresco sautille de pièce en pièce. Ici, les familles devraient être à l’abri et chacun y retrouver un peu d’intimité à défaut d’y connaître des conditions sanitaires acceptables sur le long terme. La menace d’expulsion est écartée par les militants : “Nous occupons le lieu depuis lundi 5”, clament-ils, preuves à l’appui, pour signifier que le délai pour être éconduit sans décision de justice a expiré.

“Il y a une disqueuse ici”, crie un compagnon d’Emmaüs. Retour à l’urgence. Il faut donner de la lumière à ce bâtiment quitte à employer les grands moyens pour briser les barres de fer qui ceinturent les volets. L’ouverture de la première fenêtre se fait sous les vivats des militants. Les enfants se précipitent sur le petit balcon, saluent leurs bienfaiteurs restés en bas, plongent dans le vert des arbres qui les entourent, surveillent l’autoroute qui surplombe Plombières et déverse des milliers d’automobilistes travailleurs.

Le coup de main des pompiers

Le ballet des petites mains se poursuit apportant son lot de matelas et de vivres déchargés des camions Emmaüs. Un plombier ami arrive pour faciliter l’accès à l’eau et on joue de la masse pour permettre à des camions-bennes de pénétrer la cour obstruée par des rangées de parpaings. Même les marins-pompiers venus en voisins y vont de leur coup de main. Malgré leur circonspection face à cette action, ils participent de bonne grâce en remplissant une imposante citerne livrée en expresse et en chariot élévateur. Nouvelle ovation. “On est là pour ça”, répondent les intéressés devant des associatifs enthousiastes quoi qu’étonnés.

Les polices nationale puis municipale ont finalement été prévenues. Un gradé constate “les dégradations”. “Cette porte il y a cinq minutes était obstruée par une plaque de tôle, elle ne l’est plus. Or, le propriétaire ne l’a pas demandé“. Un proprio qui ne tarde pas à débarquer : celui-ci est un peu spécial. La caserne appartient pour peu de temps encore – une cession à la mairie est en cours – à l’État et à son organisme de gestion du patrimoine France domaine. Les fonctionnaires parlent aux fonctionnaires, constatent l’avancée de l’occupation. “Bien sûr”, une plainte pour occupation illicite sera déposée.

Cette perspective d’une action en justice aurait au moins le mérite de laisser un peu de temps aux occupants pour faire pression politiquement sur l’État. En attendant, il faudra gérer l’exaspération des riverains, déjà échaudés par les tensions autour de l’espace solidaire d’hébergement, qui sont venus avec plus ou moins de diplomatie rappeler qu’il serait bon de ne pas ajouter de la misère à la misère et, serait-on tenté d’ajouter, surtout pas celle-là. Magnéto Esther.

 

 

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Commentaires

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  1. Moi Moi

    Et oui le collectif etc …. on envahit la caserne de Plombière … bravo mais de quel quartier viennent-ils ? de quelle commune ? C’est facile de mettre la misère dans le quartier le plus pauvre de France quand on y habite pas et que l’on rentre le soir dans un environnement serein.

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