La région met un coup de frein au projet de gare à Plan-de-Campagne

Info Marsactu
le 12 Juin 2019
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Le budget est calé, le projet est dessiné, mais la création d’une halte ferroviaire à Plan-de-Campagne pourrait bien être retardée, voire annulée. En cause, la région, financeur de plus d'un tiers, qui veut des garanties de la métropole sur une connexion avec les bus. Le directeur de la zone se dit prêt à lancer une mobilisation pour défendre le projet.

La zone de commerciale de Plan-de-Campagne.

La zone de commerciale de Plan-de-Campagne.

Se rendre à Plan-de-Campagne sans sa voiture découragerait les plus optimistes. Le seul transport en commun disponible est la ligne de car 51 entre Aix et Marseille. Une fois déposé au Leclerc Drive, il ne reste plus qu’à arpenter les 200 000 mètres carré de bitume sur lesquels se répartissent les enseignes. Située à la croisée des chemins entre Aix, Marseille et l’Ouest du département, la zone commerciale, qui se revendique comme « la plus grande d’Europe », est un incontournable du shopping. Mais faute d’accès en transport, le succès de « Plan » se mesure à la longueur des bouchons qui débordent sur l’autoroute et les routes départementales voisines.

Pour y remédier, un pôle d’échange multimodal doit sortir de terre en 2021 pour une mise en service l’année suivante. Il se situe à proximité du chemin de la Charbonnière, au niveau de l’ancien parc aquatique Speedwater. Il prévoit de réunir sur un même pôle le bus à haut niveau de service (BHNS) Zénibus qui relie Marignane et les Pennes-Mirabeau – mais qui s’arrête aujourd’hui à 2,5 kilomètres de Plan-de-Campagne – les cars métropolitains, un système de navette pour se déplacer dans la zone et les TER avec une gare créée pour l’occasion. Si celle-ci voit le jour…

Le schéma de desserte de Plan-de-Campagne porté par la métropole, le département et la SNCF.

Les 3 millions de la région en balance

« Un recul soudain » de la région pourrait tout faire capoter assure dans un communiqué Mohamed Laqhila, député LREM, alerté par des chefs d’entreprises. En effet, en début d’année, lors d’une réunion du comité technique avec la métropole Aix-Marseille Provence, « la région a annoncé sa décision de ne pas financer la halte ferroviaire », selon le compte-rendu que Marsactu a pu consulter. Pourtant un « quartier gare » est même prévu avec 12,3 hectares de logement et 7,7 ha de locaux d’activités.

À lire aussi : Coup d’arrêt pour le projet d’extension de la zone commerciale de Plan-de-Campagne

« Nous ne l’avons vraiment pas vu venir, nous étions passés à autre chose car le projet était terminé », réagit, aussi surpris qu’agacé, Robert Abella, directeur de la zone commerciale. Il faut dire que l’idée d’une halte est étudiée depuis plus de dix ans et la concertation est close depuis 2014. Le projet est même inclus dans les travaux de la ligne TER Marseille-Gardanne-Aix, vaste chantier lancé à l’été 2018 (lire notre article). Cela permet également d’inclure son financement dans l’enveloppe des 130 millions d’euros du contrat de plan État-région 2015-2020.

Dans le détail, le pôle multimodal est chiffré à 37 millions d’euros dont 7 qui concernent la halte. La région, en tant que responsable du service TER,  y contribue à hauteur de 2,75 millions d’euros, tout comme l’État, contre 1,5 million pour la métropole. En revanche, en tant qu’autorité régulatrice des transports, cette dernière finance en grande partie le pôle d’échanges multimodal comme le montrent ces graphiques :

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Favorables mais sous conditions

« Nous sommes favorables à ce projet de halte », assure paradoxalement Philippe Tabarot, vice-président du conseil régional délégué aux transports. Mais à certaines conditions. « Cette halte à un intérêt si elle est reliée au BHNS et qu’elle dispose d’un parking. Or, la métropole a pris du retard et cela est ridicule d’investir sept millions pour avoir une halte sans intermodalité », explique-t-il avec, en ligne de mire, le décalage de l’extension du Zénibus à l’été 2023. Dans les couloirs de la métropole, on regrette ce délai qui risque de mettre à mal le principe multimodal de transfert d’un moyen de transport à l’autre. Visiblement, la métropole peine à convaincre la région que le transport ferroviaire a de l’intérêt même dans la proximité.

« Le retard du Zénibus n’est que de six mois, ce n’est rien à l’échelle du projet », peste pour sa part Robert Abella. Cela fait des années que nous travaillons là-dessus avec tous les acteurs, c’est inimaginable que la région annonce cela deux ans avant la livraison. C’est une catastrophe pour les acteurs économiques ».

Au-delà de l’aspect commercial, il voit dans la création du pôle multimodal et de la halte ferroviaire une belle opportunité pour désengorger les routes du secteur :

Nous avons 60 000 véhicules qui viennent chaque jour, plus 20 000 qui sont seulement en transit et ne s’arrêtent pas. Les routes sont totalement saturées. Cela empêche les clients de venir, mais aussi les gens d’aller travailler. Et puis la zone est en pleine mutation avec le développement du loisir qui peut attirer des jeunes n’ayant pas forcément le permis de conduire. Nous avons aussi été contactés par l’État pour mettre des parkings à disposition lors des pics de pollution à Marseille pour que les gens s’y rendent en bus et l’on supprimerait un tel projet ? Cela n’a aucun sens.

Malgré nos différentes sollicitations auprès des services concernés, aucune étude de l’impact sur le trafic routier de ce pôle n’est disponible. Le seul chiffre communiqué est celui des 250 usagers par jour attendus à la halte.

« Sans bus, ni parking, cette halte aurait comme seule conséquence d’allonger le trajet entre Marseille et Aix », insiste Philippe Tabarot qui rappelle également la proximité d’un arrêt à Septèmes-les-Vallons, situé 2,5 kilomètres plus au sud. « C’est l’éternel arbitrage entre la rapidité du trajet et le nombre d’arrêts, d’autant que dans ce cas, on peut imaginer que les voyageurs seront chargés et qu’il faut donc un arrêt assez long, c’est-à-dire de trois minutes », commente Jacques Frossard, directeur SNCF Réseau Paca, le gestionnaire de la future halte. « D’un point de vue technique, la proximité des deux gares n’est pas un problème, nous savons déjà comment procéder », ajoute-t-il.

Le temps presse

« Une délibération en commission permanente sur le sujet doit être présentée le 26 juin, nous confirmerons que nous sommes favorable au projet mais nous voulons une réponse administrative de la métropole comme quoi elle mettra en œuvre tous les moyens nécessaires pour le pôle multimodal », explique Philippe Tabarot. Dans le compte-rendu du comité technique déjà cité, la métropole indique qu’une « enveloppe de 400 000 euros pour le pôle d’échanges multimodal » est « pourtant » inscrite au budget 2019. 

« Il faut une décision très rapide, prévient Jacques Frossard. Sinon, nous ne pourrons pas inclure ce chantier dans celui de la MGA2 [ligne Aix-Marseille], ce qui représenterait à l’avenir des difficultés plus importantes pour le trafic, et un coût plus élevé ». De son côté, Robert Abella craint « un arrêt total du projet ». Mais il ne compte pas en rester là. « Si cela se confirme nous mettrons en place une grosse action, promet-il. Je ne veux pas en dire plus, mais nous nous sommes battus pour ouvrir le dimanche, nous sommes prêts à recommencer ». Les embouteillages à Plan-de-Campagne, c’est aussi le dimanche.

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