La Plaine s’invite au tribunal : “Pourquoi enlever un arbre pour en remettre un autre ?”

Actualité
Lisa Castelly
26 Sep 2018 9

Le tribunal administratif examinait mardi trois affaires en référé concernant le projet de rénovation de la place Jean Jaurès. Une première portait sur l'abattage d'arbres, deux autres sur l'entièreté du projet, alors que le chantier doit démarrer en octobre.

Vue du projet de rénovation de la place Jean Jaurès. (Image Soleam-Agence APS)

Vue du projet de rénovation de la place Jean Jaurès. (Image Soleam-Agence APS)

Après les pétitions, les journées de mobilisation, les manifestations, la contestation aux travaux de rénovation de la place Jean-Jaurès a passé mardi la porte des tribunaux. Trois recours en référé attaquant la Ville de Marseille et son aménageur, la Soleam, étaient examinés ce mardi par la justice administrative. Connu depuis 2016, le projet retenu prévoit de nombreux bouleversements tant esthétiques, qu’urbanistiques [Lire notre article]. Alors que les travaux doivent démarrer rapidement, la procédure a des airs de dernière chance pour les opposants.

Première déconvenue, là où les militants, principalement rattachés au collectif de l’Assemblée de la Plaine (représentée ici par l’association La Plaine sans frontières) comptaient défendre 87 arbres prévus pour l’abattage, il ne sera finalement question que de 32. En effet, alors que la mairie compte arracher plus de 80 arbres sur 170 et après que toutes les parties se sont rassemblées autour d’une carte, il est admis que la décision municipale attaquée ne porte que sur le périmètre du square Yves-Montand, situé au milieu de la place et entouré de grilles. Le projet prévoit en effet le “remplacement” d’un certain nombre d’arbres actuellement présents sur la totalité de la place – des tilleuls principalement – par d’autres variétés plus diverses, et de tailles différentes.

“Il y a un certain nombre d’erreurs sur des essences présentes, dont un certain nombre qui sont remarquables, en pleine santé, avec un âge assez avancé autour de 30 ans. Les arbres actuels sont sous-valorisés”, démarre Me Candon, pour La Plaine sans frontières. “Quel est l’intérêt d’enlever un arbre pour en remettre un autre à la place ? Ils ne gênent aucun usage actuel ou futur de la place”.

“Ce ne sont pas les peintures rupestres de Lascaux”

Le débat se déporte rapidement sur la question de ce que permet l’AVAP, l’aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine qui prévoit ce qu’il est possible de modifier dans le centre-ville marseillais. Me Candon pointe ainsi que “l’AVAP estime que les compositions actuelles sur la place Jean-Jaurès méritent d’être protégées”. Argument rejeté par la Ville et la Soleam par la voix de leurs avocats qui rappellent que l’AVAP n’est entrée en vigueur qu’en 2018, après que le projet de rénovation a été validé. “La raison d’être de l’AVAP ici c’est de protéger un espace vert mais ça ne vaut que si on ne le remplace pas, ajoute Me Grillet pour la Soleam. Ces tilleuls, ce ne sont pas non plus les peintures rupestres de Lascaux”. L’avocat explique par ailleurs que “le remplacement des végétaux est envisagé de façon globale sur la place” et qu’il y aura “4 arbres de plus que ce qu’il y a aujourd’hui, à la fin des travaux”.

De son côté, l’avocate de la Ville demande à ce que le recours en référé ne donne pas lieu à une suspension de l’abattage, “en raison de deux intérêts publics : d’abord l’intérêt social, le projet a vocation à piétonniser, modifier le sens de circulation, réduire la pollution, c’est un projet participatif. Et l’intérêt économique : si on suspend, les sous-traitants devront être indemnisés”. Ce à quoi le président de séance Olivier Massin rebondit : “Si je ne suspends pas, les arbres peuvent être abattus la semaine prochaine, c’est ça ?”. Et la Ville de confirmer.

“Ce projet n’a aucune originalité”

En deuxième partie d’audience, deux autres recours portant sur la déclaration préalable aux travaux de rénovation dans leur ensemble a fait l’objet des débats. Une association de commerçants, l’ADCARP et la Plaine sans frontières en sont à l’origine. Pour les commerçants, Adnan Bhatti, restaurateur, accompagné d’un membre de l’Assemblée de la Plaine rappellent les principales oppositions au projet. “Nous ne sommes pas contre un projet sur la Plaine mais ce qu’on conteste, ce sont les axes qui ont été choisis ici”, déroulent-ils, en pointant notamment l’impact négatif que pourraient avoir selon eux les changements de voirie et de circulation pour les commerçants.

Me Candon enchaîne, toujours au nom de La Plaine sans frontières, en balayant tour à tour la question de la voie de circulation créée au centre de la place et jugée dangereuse ; la réduction de la place du marché, l’absence étude d’impact, validée par l’État, et s’interroge sur la présence ou non de pistes cyclables, une problématique qu’il connaît bien pour avoir fait condamner plusieurs fois la métropole à ce sujet. Raté pour cette fois, les parties adverses assurent qu’un marquage au sol sera présent et que, de surcroît, les espaces piéton de la place seront accessibles aux cycles. Dans le public, le paysagiste Jean-Louis Knidel, porteur du projet retenu, tente de cacher son agacement face à ce feu de critiques. “Ce projet n’a aucune originalité”, finit par lancer Me Candon.

La Ville laisse l’avocat de la Soleam désamorcer les critiques formulées contre le projet. “L’objectif, c’est de pouvoir venir passer un bon moment à la Plaine”, plaide-t-il, dénonçant l’idée que la rénovation puisse nuire au commerce. Au sujet du marché, dont le sort futur est toujours en discussion entre la Ville, la Soleam et les forains, il avance que si 170 emplacements seront prévus après les travaux – contre 280 aujourd’hui – il n’est pas exclu que certains emplacements puissent être divisés en deux. Et de critiquer “une fronde subjective et mal orientée” contre la rénovation.

Les débats s’étirent, et chacun y va de son anecdote : le président est un habitué du marché, l’avocat de la Soleam en revanche n’a “pas envie” de s’y rendre, Me Candon s’est rendu de nuit sur le square et y a constaté l’omniprésence de rats. L’audience se termine finalement au bout de trois heures, comme elle avait commencé : tous les avocats, et même le paysagiste penchés autour de la carte de la place Jean-Jaurès posée sur le bureau du président afin de tenter de se mettre d’accord sur le périmètre de tel ou tel aménagement discuté. Chacun tentant de glisser le dernier argument qui fera mouche. Pour les trois référés, la décision devrait être connue d’ici jeudi.

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