La marina fantôme cachée derrière le hangar J1

Info Marsactu
Benoît Gilles
16 Jan 2019 16

Dans un des films de promotion du projet porté par Vinci et la Caisse des dépôts autour du hangar J1 figure une vaste marina, implantée sur la digue du large. Une hypothèse portée par Vinci au départ du projet et rejetée par le Grand port maritime.

Capture d'écran du film du groupement amené par Vinci.

Capture d'écran du film du groupement amené par Vinci.

Derrière le projet du hangar J1, il y a un loup voire, vu le contexte marin, un requin. La métaphore animale est de rigueur car le prédateur en question a davantage un caractère symbolique -le grand méchant- qu’opérationnel. Pour être plus précis, il s’agit d’une méchante marina, cachée derrière le projet vainqueur de l’appel à projets du grand port maritime pour le hangar J1, cet immense bâtiment en recherche d’une vocation depuis des années.

Présenté ce vendredi (lire notre article), le lauréat de cet appel à projets est un groupement mené par Vinci Construction et la Caisse des dépôts. Pour présenter le projet « passerelle » dessiné par le cabinet d’architectes Bernard Reichen et Philippe Robert, le Grand port maritime de Marseille (GPMM) diffuse un film en partie composé d’images de synthèse. On y découvre quelques yachts amarrés le long de l’ancien hangar maritime.

Le mirage d’une marina

Mais ce ne sont pas ces yachts là qui ont fait tiquer Bernard Genet, ancien cadre du port mais ceux que l’on peut voir sur un autre film. Celui-ci a été diffusé par plusieurs médias dont les Nouvelles publications ou encore La Provence lors de son émission quotidienne le 18:18. Dans ce film à la minute 0:22, la marina fantôme apparaît, rattachée à la digue du large. Elle réapparaît à plusieurs autres reprises, notamment à la toute fin du film. Ce n’est donc pas une erreur.

« L’appel à projets du GPMM était limité dans son périmètre, explique Bernard Genet. Il prévoyait effectivement une possibilité d’accès à la digue du large pour les Marseillais. Un peu dans l’esprit de ce qui s’était fait lors de Marseille Provence 2013, pour l’exposition de sculptures. cela s’arrêtait là ». Pas question d’une quelconque occupation de la digue du Large pour d’autres activités que celles liées au port. Et encore moins une quelconque marina.

« Les nantis de la haute plaisance »

Le sujet est sensible. En 2003, la Ville de Marseille avait imaginé accueillir la coupe de l’America en transformant le J4 en véritable marina, faisant fi du musée qui s’y est implanté depuis. Cette question de la présence de navire de plaisance et en particulier des navires dits de hautes plaisance est revenue à la faveur de l’appel d’offres du J1, juste après l’année capitale culturelle. En 2014, le promoteur immobilier Éric Foillard a présenté une offre commune avec le spécialiste de la gestion des ports Marinov lors du premier appel à projets. Il a réitéré cette offre lors du lancement du second appel à projets mais sa candidature a été sèchement rejetée par le Grand port.

Lors de la conférence de presse de présentation du lauréat, le président du conseil de surveillance, Jean-Marc Forneri a redit son hostilité à un tel projet : « Nous avons voulu faire un lieu le plus accessible possible aux Marseillais, à tous les Marseillais, pauvres ou riches. Pas un projet uniquement réservé aux nantis de la haute plaisance ». 

Capture d’écran du film de Vinci sur le hangar J1. À droite de l’image, des yachts.

Une idée de Vinci

Il n’empêche. La présence des « nantis » était bien envisagée par le groupement lauréat, au point de leur concocter une vaste marina, sur la baie, à quelques mètres de la passe Sud des bassins Est. « C’était effectivement une proposition de Vinci. Cela correspondait à une hypothèse future qui était rattachée à la possibilité d’accéder à la digue, explique Richard Curnier, directeur régional de la Caisse des dépôts. Elle a été présentée lors de l’audience intermédiaire [de choix des quatre finalistes] mais immédiatement rejetée par le port au moment du dialogue compétitif. Cela n’a pas tenu deux secondes ».

Du côté de Vinci, l’affaire fait un peu tousser. « Il s’agit d’un film non définitif qui a été conçu au moment de la présentation de notre projet au Grand port », explique-t-on. Cette marina n’était qu’une hypothèse qui ne figure en aucun cas dans le projet lauréat validé par le directoire du port ». La communication de la délégation Sud-Est de la multinationale explique qu’aucun des deux films rendus publics n’est le bon. « Nous sommes en train d’en préparer un troisième, plus neutre », explique-t-on. Pour parvenir à cette qualité de neutralité, Vinci efface en fait les logos des partenaires. L’hôtel à « l’offre premium » qui fait bien partie du projet ne sera peut-être pas un hôtel Marriott comme les deux films l’indiquent.

Quid de la piscine ?

En l’occurrence, les porteurs actuels ne seront pas forcément les locataires futurs. « C’est un projet qui se construit en avançant, formule-t-on chez Vinci. Mais est-ce le cas de la future piscine présentée sur les mêmes images, ou bien disparaîtra-t-elle d’ici 2021, date des futurs travaux ? « C’est une intention architecturale, un projet immobilier, une vision qui a été choisie », reprend encore Vinci, sans s’étendre sur la piscine.

« Ah non. La piscine fait bien partie du projet, se défend Richard Curnier. Nous en avons discuté longuement mais elle fait pleinement partie de ce qu’on appelle Marseille-les-bains. Maintenant à savoir si ça sera de l’eau de mer, s’il y a des question de sécurité. Ce sont encore des points à régler ». De quoi alimenter les discussions avec le propriétaire portuaire d’ici la signature du contrat d’occupation temporaire dans les mois à venir.

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