Appelé à planter 850 arbres autour de la rocade L2, Bouygues en prévoit 67

Info Marsactu
Benoît Gilles
9 Jan 2019 7

Le contrat de partenariat entre l'État et la société de réalisation de la rocade L2 prévoit que cette dernière réalise les aménagements de surface permettant la plantation d'environ 850 arbres autour de la partie Nord. Dans un courrier que Marsactu a pu consulter, la société en charge du PPP ne s'engage à en planter que 67.

Un des sites à planter qui fait litige au-dessus du tunnel Queillau.

Un des sites à planter qui fait litige au-dessus du tunnel Queillau.

Cela ressemble à un mauvais calcul d’arithmétique soumis à des élèves d’une classe élémentaire. Ou plus encore à un mauvais réveil après la livraison de la rocade L2. La société chargée de la construction prévoit de planter 67 arbres, un peu de gazon et… rien d’autre. Le contrat de partenariat passé entre l’État et la société de réalisation SRL2, filiale notamment de Bouygues, prévoit lui un certain nombre d’aménagements autour de cette autoroute urbaine qui permet depuis novembre de contourner le centre-ville de Marseille en passant du Nord à l’Est et vice-versa.

La qualité – et parfois l’existence même – de ces réalisations est une des inconnues d’avant la livraison qui persiste après (lire notre article). Or, ces réalisations ont leur importance puisqu’elles doivent contribuer à ce que le jargon urbanistique appelle « l’insertion paysagère ». Pour être clair, la L2 peut être une rocade qui permet de traverser la ville le plus vite possible comme une autoroute à travers un champ de patates. Elle peut être aussi l’opportunité de rendre ces quartiers plus agréables en lien avec les projets de rénovation urbaine en cours. Or, pour l’heure, cette promesse tient plutôt de la fable. Poussant l’État à hausser le ton.

Nouveau patron, nouveau ton

Un des sujets débattus concerne les arbres de la L2, qui fait l’objet d’un intense débat depuis plusieurs années. Plus récemment, il est au centre d’un échange de courriers que nous avons pu consulter entre l’adjointe au maire de Marseille en charge des espaces verts, Monique Cordier, et le nouveau patron de la SRL2, Jean-Michel Martinez. Représentant de la société Meridiam, actionnaire de la SRL2, celui-ci assure l’intérim d’Inouk Moncorgé, parti sans tambour, ni trompette malgré ses promesses.

En novembre, l’élue s’enquiert auprès du patron de la SRL2 des suites proposées à une étude paysagère commandée par la Ville et portant sur l’ensemble de la section Nord (Frais Vallon – Arnavaux). Cela concerne les terrains situés au-dessus des tunnels, les ronds-points mais aussi les « espaces délaissés », terrains vagues, talus et bords de route.

« Sur l’ensemble du linéaire, écrit l’élue, sont positionnés 1182 arbres et 42 257 m2 de surfaces enherbées arrosées ». Ces plantations envisagées sont parfois de simples compensations d’espaces détruits, à savoir « 111 arbres et 17 132 m2 » de gazons. Ceux-là sont censés être à la charge du titulaire du contrat de partenariat, le fameux PPP de la L2. Monique Cordier veut donc savoir ce qu’il est possible de faire, à quelle date et, surtout en quelle quantité.

67 arbres sur les 850 prévus

En date du 3 décembre, la réponse de la société de réalisation de la L2 vaut son pesant de bois technocratique. Pour le nouveau patron de la SRL2, les engagements du titulaire sont « au nombre de deux » : compenser les destructions de végétaux et d’abattages d’arbres mais aussi « concevoir des aménagements de surface (…) qui seront conduits en concertation avec les collectivités territoriales [et qui] permettront la création d’environ 20 000 m2 d’espaces verts et la plantation d’environ 850 arbres ».

Dans la suite du courrier, la SRL2 fait ses comptes au titre de la compensation, « nous devons 67 arbres et 11 617 m2 ». Il précise ensuite une liste de lieux en bordure de l’autoroute des Arnavaux au Nord à Frais-Vallon à l’Est où « nous réaliserons uniquement les plantations (arbres, arbustes et engazonnements) ». Certains des secteurs visés seront « restitués aux collectivités et équipés d’un réseau d’arrosage ». « Notre engagement est respecté », ajoute-t-il en gras. Aucun nombre d’arbres n’est inscrit en face de cet engagement.

« Notre engagement est respecté »

Le titulaire du PPP réutilise la même formule juste après le paragraphe suivant : « Nous prenons bonne note que le projet tel que nous l’avons conjointement conçu, permet aux collectivités territoriales de positionner et planter 1182 arbres et 42 257 m2 d’espaces verts ».

Par cette formule, le patron de la SRL2 renvoie la charge de la plantation aux seules collectivités, Ville et métropole. En conclusion, Jean-Michel Martinez demande à Monique Cordier de « tenir compte de [sa] position quantitative » : or, le seul chiffre avancé à sa charge est de 67 arbres, toutes feuilles comprises.

Si la SRL2 peut s’asseoir ainsi sur une disposition du contrat, c’est que celui-ci est suffisamment flou pour être interprété ainsi. Au chapitre « Le milieu naturel, le paysage et l’insertion paysagère« , il range bien dans la case des « engagements du titulaire » la réalisation des « aménagement de surface » conduits en concertation avec les collectivités locales et qui permettront la création des « 20 000 m2 d’espaces verts et la plantation d’environ 850 arbres ». Mais permettre la création ne veut pas dire planter…

Contactée, Monique Cordier refuse de commenter ce différend. « C’est trop tôt », dit-elle. Quant à la SRL2, elle se borne d’indiquer que ce dossier est suivi « depuis deux ans » et que les discussions sont toujours en cours.

L’État brandit la menace d’une pénalité

Pour sa part, l’État considère que « la mise en service de la L2 ne suffit pas à considérer que l’ouvrage est satisfaisant ». Une feuille de route a été mise en place en 2019 par les services de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) pour suivre la qualité des aménagements de surface, « point majeur de vigilance ».

Pour cela, indique-t-on, à la Préfecture, la SRL2 doit aboutir à un accord avec les collectivités et tenir le planning prévu. Et si cette réserve n’est pas levée « l’État appliquera une pénalité journalière le temps nécessaire à ce qu’elle le soit ». Quand l’argent coule, les arbres poussent…

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