En confiant le hangar J1 à Vinci, le port met un pied dans l’ère du jeu

Actualité
Benoît Gilles
12 Jan 2019 20

Le grand port présentait le projet lauréat pour l'aménagement de l'ancien hangar J1 à la Joliette. Porté par Vinci, le nouveau destin du lieu portuaire se veut plus ludique que maritime. Même s'il offre enfin un accès à la mer depuis la Joliette.

Une vue d'architecte du cabinet Reichen & Robert du projet porté par Adim, Vinci, la caisse des dépôts et

Une vue d'architecte du cabinet Reichen & Robert du projet porté par Adim, Vinci, la caisse des dépôts et

Christine Cabau-Woehrel fait non de la tête. La présidente du directoire du Grand port maritime de Marseille présente son bilan 2018 et la nouvelle vocation du J1, ancien hangar maritime dont le destin doit passer d’ici quelques mois et pour 70 ans entre les mains d’un groupement mené par Vinci. Celui-ci devrait ouvrir en 2023 au prix d’un investissement de 100 millions d’euros.

Quant à sa vocation nouvelle, non, le hangar industriel au passé ouvrier ne sera pas un lieu ludique. Elle fait non mais ne dira pas un mot. Dans un jeu de duettiste habituel entre la patronne du port et le président du conseil de surveillance, Jean-Marc Forneri, c’est ce dernier qui a le micro en main, distribue la parole et les bons mots.

« Ludique ? Oui et non, dit-il. Nous avons voulu faire un lieu le plus accessible possible aux Marseillais, à tous les Marseillais, pauvres ou riches. Pas un projet uniquement réservé aux nantis de la haute plaisance. Et puis la game life agora, permettra d’accueillir des formations à la 3D par exemple ». L’honneur est donc sauf. Il n’y aura donc pas que du « fun, arty » clinquant. Le lieu prévoit ainsi un « lab » du port dédié aux activités tertiaires pour une surface globale de 10 800 dont « 2000 en espace de travail partagé », complète Renaud Paubelle, directeur de l’aménagement du port. En grattant bien, on trouve également une conciergerie maritime « dédiée propriétaires du nautisme et à la grande plaisance ». Mais la dimension maritime s’arrête là.

Vecteur d’attractivité

Le reste est plus raccord au « nouveau vecteur d’attractivité » que le Grand port met en avant. Il y aura donc au chapitre « fun et arty » un espace évènementiel dédié à accueillir « débats, spectacles numériques, des compétitions de jeux vidéos… » « Mais attention, cela sera du très haut niveau », prévient Forneri. Le petit film de présentation concocté par Vinci laisse apercevoir des murs d’escalade, une piscine à fleur de bassin, alimentée à l’eau de mer « retraitée », souffle l’aménageur Renaud Paubelle.

Il y aura également un espace curieusement dénommé « Marseille-les-Bains » qui combine espace de remise en forme, spa, « aquaplayground », « espace de loisir aquatique indoor pour les petits et les grands (…) « un parcours ninja » (sic)… « Ils ont également mis des escales culinaires, note Jean-Michel Forneri. Alors quand ce ne sont pas des anglicismes, c’est la novlangue. Ce sont des restaurants avec la plus belle vue sur Marseille, les bassins et la baie ». Un hôtel Marriott « offre premium » est également prévu dans ce projet. Le tout est accompagné d’une vaste zone de promenade qui permet à la fois de longer les quais et de traverser le bâtiment « jusqu’au pignon ».

« Parti-pris architectural simple »

« Nous avons choisi le projet Passerelle parce qu’il propose un parti-pris architectural simple qui respecte les espaces et permet un accès le plus large possible tout en offrant des transparence à la fois sur le bâtiment et les perspectives paysagères, formule Jean-Marc Forneri. Il offre un programme pluriel et équilibré« . Point de geste architectural qui fera signature. Le cabinet Reichen et Robert qui a signé la Halle de la Villette à Paris ou les allées provençales à Aix, est resté sagement dans le volume du hangar construit avec la maison Eiffel voici près d’un siècle. Les membres du directoire ne diront rien des trois projets recalés ni des quatre qui n’ont pas passé le barrage de la sélection.

Parmi les quatre critères du jury consultatif composé de représentants des collectivités locales la vocation maritime ne figure pas. Jean-Marc Forneri en fait la liste : « la création de valeur, la validité technique et financière, la qualité du projet, son équilibre en terme de programmation, de rayonnement, d’ambition ». Plus tard, il souligne que l’ordre des critères est hiérarchisé : « la création de valeur était donc un critère décisif », insiste-t-il.

Le terme sibyllin définit plus clairement le loyer qui sera versé par le groupement tout au long des 70 ans du contrat d’occupation temporaire (COT). Le président du conseil de surveillance ne veut rien en dire tant que le fameux « COT » n’est pas signé. Même s’il promet « la transparence » que doit un établissement public, pas sûr que la presse ait le montant dudit loyer, fin mars une fois le contrat signé. Le centre commercial des Terrasses du port qui s’est installé avec le même type de montage il y a quelques années paie également une redevance dont le montant n’a jamais été dévoilé.

Le projet Carta repêché

Jean-Marc Forneri n’explique pas plus ce qui a présidé au choix du jury, suivi ensuite par le directoire portuaire. « Les deux séances, dont la dernière a duré six heures, se sont très bien passées », assure Gérard Gazay qui y représentait le département. Deux séances en décembre dont il explique difficilement le bégaiement. « Il y avait trois candidats dans la première et quatre dans la seconde », note-t-il sans s’appesantir. D’autres membres du jury se font plus diserts.

Selon un proche de Renaud Muselier, lui-même membre du jury, un dossier aurait été miraculeusement repêché. Celui du groupe lyonnais DCB, qui comportait notamment un aquarium dessiné par Jacques Rougerie, aidé au compas et à l’équerre par le très marseillais Roland Carta. Un architecte qui a la réputation bien établie de bénéficier d’un soutien constant de la Ville de Marseille.

Le président de région, Renaud Muselier, qui a suivi de très près tout le processus y est allé carrément face à la presse ce vendredi. « J’ai assisté à toutes les réunions de préparation. Et heureusement que je l’ai fait car au moins on a parfaitement respecté les règles et on n’a pas eu la tentation de faire rentrer un certain nombre de candidats qui n’avaient plus leur place ».

La représentante de la mairie, Dominique Vlasto n’a que des mots d’amour pour le projet. Pourtant, le devenir de cet équipement, ouvert sur la ville depuis la capitale culturelle en 2013, est un sujet de discorde entre la mairie et le port depuis cette date. Clairement, la municipalité n’a pas réussi à y faire valoir ses vues qui ont varié du casino à l’aquarium géant. Mais en ce jour de présentation qui coïncide avec la fin du mandat de Christine Cabau-Woehrel, cette dernière ne veut pas entendre parler d’affrontement « frontal ». « Pourquoi vous me parlez toujours de frontal ? Je n’ai de relation frontale avec personne », martèle-t-elle.

La lune de fiel avec Euromed

Même pas avec Euroméditerranée dont la présidente LR, Laure-Agnès Caradec regrettait de ne pas avoir été informé du projet d’immeubles de bureaux initié par le port à Arenc. « Euroméditerranée était informé de ce projet », tacle la présidente du port. Elle promet d’ailleurs pour bientôt la présentation de l’étude conjointe mené avec l’établissement public et portant sur « la grande Joliette ».

« Il est normal qu’en ayant fini le J1 vous nous posiez la question de la suite, explique-t-elle. Effectivement, cette étude portera sur ce qu’on fait de l’espace situé entre le J1 et le J4 et comment on y permet de nouveaux usages ». Un avenir – forcément radieux – s’ouvre donc sur ces espaces où la charte Ville/port promettait de la « porosité » permettant aux Marseillais de baguenauder sur les quais. Un journaliste acide note tout de même l’absence de représentants d’Euroméditerranée « alors qu’ils étaient là au lancement de l’appel à projets ». « Vous pouvez le noter », conclut la présidente.

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