La halte ferroviaire d’Arenc, cinq ans et puis s’en va

Info Marsactu
le 19 Mar 2019
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La halte ferroviaire d’Arenc va être déplacée, confirme la ministre des Transports, et ce, quelques années seulement après sa construction qui a coûté 3,2 millions d'euros. La nouvelle gare sera englobée dans le projet de ligne nouvelle Provence Côte d’Azur pour désengorger la gare Saint-Charles.

Au pied de la tour La Marseillaise, un panneau estampillé SNCF et une machine pour éditer des billets signalent la présence d’une voie unique accompagnée d’un quai en contrebas. La gare d’Arenc présente déjà des airs de gare fantôme. Elle devrait bientôt devenir une halte abandonnée. C’est en tout cas le sens de la décision ministérielle signée le 4 mars par Élisabeth Borne dans le cadre de la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur (LNCPA). 

La ministre des Transports demande à SNCF réseau, propriétaire et gestionnaire des voies ainsi que de certaines gares dont Arenc, de « poursuivre les études dites de recalage du programme. » Ce programme comprenant entre autres le « déplacement de la gare d’Arenc, le remisage pour le TER et le doublement des voies du port« .  Une fois les études menées, puis la concertation et l’enquête publique, les travaux doivent commencer au plus tôt en 2023.

La halte a pourtant été inaugurée en 2014 et coûté 3,2 millions d’euros, dont plus de deux millions d’euros investis par la région. Censée desservir le quartier d’affaires Euroméditerranée, la halte affiche en 2017 une fréquentation de 19 774 voyageurs, selon les chiffres de la SNCF. Soit moins de 80 personnes par jour si l’on ne prend pas en compte les week-end, moins propices à la fréquentation dans un quartier d’affaires.

On est loin de l’objectif affiché en 2014. Celui-ci était de 3000 voyageurs par jour et 10 000 à terme. La performance n’est pas partie pour s’améliorer puisque le nombre de TER par jour vient d’être réduit de 17 à 13 et que la ligne directe va jusqu’à Miramas. Pour rejoindre Avignon, comme les 14 gares qui précèdent cette ville, il faut effectuer une correspondance (lire notre article). 

Le problème de la deuxième voie

La halte d’Arenc rentre dans les travaux de la LNPCA, qui relie Marseille à Nice, car elle doit désengorger la gare Saint-Charles. Le centre de remisage doit permettre de « garer » les TER et le doublement de voie d’augmenter la cadence entre Arenc et l’Estaque. « Par principe, une halte est un endroit où les trains s’arrêtent et cela engendre une congestion sur la voie unique. Si nous doublons la voie, nous pouvons avoir d’un côté les trains arrêtés et de l’autre ceux qui passent », détaille Jacques Frossard, directeur SNCF Réseau Paca. Des aménagements difficiles à réaliser au sein de la halte existante.

Sur certains tronçons, dont celui jusqu’à la gare Saint-Charles, une deuxième voie avait d’ores et déjà été prévue. Sur d’autres parties, cela se révèle plus délicat. Pour la gare d’Arenc, le souci devrait entraîner son déplacement. Pourtant, l’éventualité d’une deuxième voie avait été évoquée lors de la consultation publique de 2011. Dans ce document, RFF, ancêtre de SNCF Réseau, indique que « le projet tel qu’il est conçu aujourd’hui n’empêche pas la création d’une telle voie si elle s’avérait nécessaire »

Mais les travaux ont été plus compliqués que prévu. « À l’époque, nous avions fait le minimum, mais cela avait fini par coûter cher parce qu’il y a très peu de place et qu’il a fallu faire d’énormes travaux à cause de la présence d’eau en bas des collines marseillaises », détaille Jacques Frossard. La consultation de 2011 annonçait un projet à 2,9 millions d’euros, le surcoût de 300 000 euros a été payé par Marseille Provence métropole, absente du premier montage financier.

Quid d’une future implantation

Le déplacement de la halte met à mal les réponses de la consultation sur la création d’une deuxième voie. « Techniquement, il est possible de conserver la gare avec une double voie, mais cela représenterait un surcoût important parce qu’il faudrait détruire une partie de la halte », précise Jacques Frossard. D’où l’idée d’un déplacement. « Il faut faire la balance entre ce surcoût et le nombre des potentiels voyageurs tout en prenant aussi en compte les dispositifs d’intermodalité », ajoute le directeur territorial de SNCF Réseau.

Les discussions sur l’avenir de la halte vont débuter dans les prochains jours avec la métropole, notamment pour aborder la question d’une future implantation. La région, qui n’a accepté de nous répondre que par mail, évoque un déplacement de « quelques dizaine de mètres ».

Jacques Frossard indique de son côté un site « entre la halte actuelle et Saint-Charles, si possible le plus loin possible de la gare ». Le tracé des rails, qui passe au nord du collège Versailles et par le quartier Saint-Mauront, laisse déjà la place à un doublement de voie. Ce qui ne garantit toutefois rien. « Une gare toute seule ça ne sert à rien, il faut des places de parking, des bus, du tram… », souligne Jacques Frossard.

De son côté Euroméditerranée a eu l’écho d’une piste plus précise qui placerait la future halte derrière les actuels locaux de Sogaris, un peu plus au Nord dans le même secteur. Un lieu où il existe l’espace nécessaire pour créer une gare plutôt qu’une simple halte.

Euromed et la métropole ne sont pas convaincus

Mais en tant qu’aménageur, Euroméditerranée ne voit pas ce projet d’un bon œil. « Ce n’est pas là qu’est le bassin de vie. Il y a eu des réunions techniques, notre position est de garder la gare où elle se trouve parce qu’elle est connectée aux transports en commun avec le tramway par exemple », prévient Laure-Agnès Caradec, présidente de l’établissement public.

« Ce seront des discussions avec principalement la métropole dont l’évolution du PDU [ndlr : Plan de déplacements urbains] aura un impact sur la future localisation », assure Jacques Frossard. Le tracé actuel du projet de tramway vers les quartiers nord passe aujourd’hui sur la rue de Lyon et non le long des rails.

La métropole dit rester « vigilante » sur l’avenir de la halte d’Arenc et « tout particulièrement au regard de son intérêt pour la desserte du quartier d’affaires Euroméditerranée et du futur parc habité ». Des réunions doivent « prochainement » avoir lieu avec la SNCF et la région. « Je ne suis pas vraiment convaincu par ce projet », prévient Yannick Tondut, directeur général adjoint mobilité de la métropole, qui évoque un « sujet très compliqué« . Voilà qui annonce un débat plus animé que la gare d’Arenc.

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Commentaires

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  1. Pascal L Pascal L

    « Le tracé actuel du projet de tramway vers les quartiers nord passe aujourd’hui sur la rue de Lyon et non le long des rails. »
    Effectivement, il suit le métro !

    Il y a une super emprise pour une double voie de tramway entre St Charles et L’Estaque avec des haltes à Belle de mai, Saint Mauron, Arenc, Marché au puce, Bernabo, Consolat (en bas du lycée St Exupéry), St André et St Henri.

    La ligne pourrait aussi s’arrêter à Arenc avec une correspondance sur le tram actuel qui ne serait donc pas prolongé ou, au contraire prolongé sur le tracé ci dessus jusqu’à l’Estaque en utilisant l’emprise des voies ferrées actuelles.

    Mais comme on se sert du tram pour pouvoir plus facilement détruire de vieux immeubles et qu’on souhaite « valoriser » la rue de Lyon (comme on a valorisé la rue de la République), il suivra donc le métro.

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    • N SV N SV

      Le métro s’arrête à Capitaine Gèze (bientôt, un jour, peut-être…), alors pour la rue de Lyon ce n’est sûrement pas pour demain…

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    • Pascal L Pascal L

      A partir du quartier des Crottes, la rue Salengro change de nom et devient la rue de Lyon. A ce moment là, la ligne de tramway prévue est très proche (200 m sur toute la longueur) de la ligne de métro entre Bougainville et Gèze.

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  2. Claudia Claudia

    Pour information. Ce n’est pas de l’eau des collines qu’il s’agit. La gare se situe sur un îlot gagné sur la mer. Pour le reste, je travaille dans le quartier et mes collègues qui habitent hors Marseille trouvent cela très dommage. Il faut développer le transport inter urbain et urbain par train, surtout dans les quartiers nord où tout est pour le moins insuffisant.

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il existe sur le territoire marseillais une infrastructure ferroviaire sous-utilisée (voire non utilisée). Y a-t-il eu des réflexions communes entre la SNCF, la métropole et la RTM pour évaluer ce qui pourrait en être fait ?

    Les réseaux de métro et de tramway sont ridiculement insuffisants ici. Mais plutôt que de promettre l’extension des lignes existantes (à un horizon plus ou moins lointain), voire la création de lignes nouvelles (à un horizon totalement indéterminé), peut-on envisager d’utiliser ce qui existe déjà ? A Lyon, à Mulhouse, à Nantes, des « tram-trains » circulent, comme leur nom l’indique, tantôt sur des voies de tramway, tantôt sur des voies ferrées SNCF.

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    • bernie73 bernie73

      Tout à fait, ce qui bloque le développement du train, c’est le manque de métros et de trams. A Paris, le métro va partout, à Marseille, on a quelques radiales.

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  4. Regard Neutre Regard Neutre

    La ville, la région,la métropole,euroméditerranéen , l’état et la Sncf,voilà les acteurs qui mènent les études sur mobilité des quartiers de Marseille.En première intention, on abandonne les directives de l’ancienne planification et on réfléchit à nouveau.Y a t’il un pilote dans ce train de responsable?
    Pendant ce temps,le chômage accélère,
    la pauvreté s’installe et Marseille reste en gare.

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  5. Sylotte Sylotte

    La Région dit que c’est une intox. La Gare d’Arenc ne serait pas abandonnée. A suivre.

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