Les errements de la Villa Méditerranée disséqués par la chambre régionale des comptes

Actualité
Benoît Gilles
21 Oct 2017 6

En 85 pages, la chambre régionale des comptes dresse un tableau sans concession de la courte vie de la Villa Méditerranée. Budget de construction plus que doublé, irrégularités dans la passation des marchés et infiltrations sans solution émaillent une parenthèse aujourd'hui en voie d'être refermée.

Longtemps, les concepteurs de la Villa Méditerranée comparaient le bâtiment en porte-à-faux à un C à la partie basse immergée. Il fallait plutôt y voir une parenthèse que la région dirigée par la droite s’apprête à refermer en transformant le lieu en musée dédié à la grotte Cosquer. Son président, Renaud Muselier, a d’ailleurs annoncé avoir un “opérateur sérieux”. “En attendant qu’est-ce qu’on en fait ? a-t-il demandé en réponse à son opposition. Si on la ferme, tout le monde va nous tomber dessus. Donc nous allons continuer à l’ouvrir pour des manifestations d’importance en attendant que le projet de réplique de la grotte avance.

Dans l’attente de cette nouvelle vie, la Chambre régionale des comptes a contrôlé le contenu de la parenthèse Vauzelle et rendu un rapport de 85 pages que la région examinait vendredi dernier en séance plénière.

Lieu de recherche et d’expression pour les chercheurs, espace de manifestations festives et culturelles pour le grand public, accueil d’évènements économiques puis symbole de la coopération méditerranéenne…  La Villa Méditerranée n’a jamais su de quoi elle était le nom.

Dans sa réponse à la chambre, l’ancien président socialiste Michel Vauzelle défend son idée d’un bâtiment destiné à porter la voix de la France dans l’Europe de demain, “la part latine de son éthique et de son esthétique et la part méditerranéenne de sa culture”. Et il fustige en passant “les autorités locales marseillaises”. Ces “longs combats” afin de lui trouver un emplacement ont fini par “la confiner dans un minuscule espace contigu au Mucem, telle une annexe. Dans ces conditions la Villa a été, comme le souhaitaient les autorités locales, incomprise, critiquée ou ignorée par les médias locaux ou parisiens”.

Mais au-delà de ses écueils de fonction, la CRC souligne les nombreuses errances financières qui ont émaillé sa courte première vie. “Rien de malhonnête”, reconnaît le président (LR) Renaud Muselier  lors du débat en séance plénière, mais “une gabegie d’argent public”.

2,5 fois le coût initialement prévu

Le premier de ces dérapages concerne la réalisation du bâtiment elle-même. L’enveloppe financière prévisionnelle comprenait un coût de 25,9 millions, sa réalisation effective a coûté 2,5 fois plus avec une facture finale à 62,4 millions d’euros. Une “inflation généralisée” qui débute dès l’achat du terrain d’assiette. Sise sur l’esplanade de l’ancien J4 au cœur de la cité de la Méditerranée inscrite dans le périmètre d’Euromediterranée, la Villa occupe 8 762 m2 que la région a payé 187 euro le m2. Juste à côté, le Mucem a bénéficié d’une ristourne avec 47 euros le m2, “cette opération ayant bénéficié de l’appui du ministre de la Culture qui sollicitait même la gratuité de l’acquisition“, souligne toutefois la CRC.

Quant au père de la Villa, Michel Vauzelle, il semble découvrir ce prix d’achat puisque dans sa réponse à la chambre, il commente l’écart de prix d’un laconique “j’en prends note”. Sa qualité d’administrateur d’Euroméditerranée ne lui a pas permis d’obtenir un prix soldé.

Quant à Renaud Muselier, lors du débat en séance plénière, il a repris un instant sa casquette de président d’Euroméditerranée d’alors pour justifier cet écart de prix. “Dans le premier cas, il y avait un projet avec un outil utile, un contenant et un contenu. Nous avons décidé avec le maire de Marseille et l’État d’un prix, explique-t-il. Dans le second cas, c’est la villa Vauzellia et la région qui discute d’un prix. C’est une négociation, et Euroméditerranée, vend son foncier au meilleur prix, il n’y a rien de malhonnête.” 

Un maître d’ouvrage gourmand

Mais cette culture du surcoût ne concerne pas le seul terrain. Cela se poursuit dans la relation que la région entretient avec l’AREA, la société d’économie mixte qui assure la maîtrise d’ouvrage déléguée, notamment pour mener en son nom des études préalables et la sélection des maîtres d’œuvre Stefano Boeri et Eric Di Pol pour un total de 596 757 euros.

Las, la CRC note que la convention de leur mandat est signée le 30 mai 2003 et le choix des trois équipes attributaires le 6 juin. Une semaine pour réaliser des études, cela fait court. La CRC juge donc “l’existence de cette phase d’études préalables complémentaires (…) incompréhensible”. Perfide, elle ajoute que ce mandat aurait pu être mis à profit pour lever les imprécisions sur “les conditions de gestion et le fonctionnalités de la Villa”.

En parallèle l’AREA a touché un forfait de 187 000 euros hors taxe pour “une étude comparative des scenarii de gestion et de fonctionnement de la Villa” ainsi que les études liées à l’élaboration du cahier des charges. Or, ces études n’ont pas été réalisées. Dans le premier cas, un prestataire extérieur était chargé de la même mission. Dans le second, l’AREA était déjà en charge de la même tâche en qualité de mandataire. Elle n’a donc rien fait et a été payée en retour.

Oscillations et infiltrations

Au-delà des surcoûts importants liés à la construction, la chambre donne corps à quelques rumeurs qui courent sur le bâtiment depuis 2013. Il en est ainsi des “mouvements d’oscillation du porte-à-faux” qui limitent de fait la fréquentation du lieu à “800 personnes maximum” et restreignent les expositions du fait des “effets de pentes”. Les contraintes de sécurité liées à l’accès – un seul escalier – durcissent encore cette jauge à 250. “300”, tempérait Yvan Di Pol, l’un des architectes auprès Marsactu en 2015.

Même chose pour les infiltrations d’eau dont les rumeurs de quai faisaient souvent état. Elles existent bel et bien. Mandaté dès 2014, l’expert en assurances a estimé qu’il s’agissait d’un “désordre extérieur” qui ne mettait pas en jeu la garantie décennale des constructeurs. Mais l’origine de ces infiltrations n’est toujours pas déterminée. En 2015, le conseil régional a déposé une enquête administratif afin d’obtenir un rapport d’expertise, alors que “celles-ci continuaient de s’étendre rendant les espaces tels que la salle d’exposition totalement inutilisables par temps de pluie”. À cela s’ajoute un problème de hublot qui doit permettre d’éclairer la salle de conférence à travers le bassin où se reflète le porte-à-faux. Celui-ci présente des malfaçons et le coût de sa dépose, avec vidange du bassin est estimé à 400 000 euros. À la fin du contrôle de la chambre, le tribunal administratif n’avait toujours transmis lesdits rapports.

Cher le café

Les mêmes errements financiers apparaissent dans l’exploitation du Café des Méditerranées, situé au rez-de-chaussée de la Villa. Le coût prévisionnel de l’aménagement du café était évalué à 327 287 euros hors taxes. Il en aura finalement coûté 837 920, comprenant la vaisselle et son renouvellement ainsi que l’aménagement de la terrasse. Mais le prestataire associatif en charge de ce restaurant a rapidement “rencontré des difficultés financières” et n’a versé que partiellement les redevances dues. Cela n’a pas empêché l’association d’obtenir une indemnisation de plus de 31 000 euros au titre du préjudice économique subi du fait de ses difficultés financières.

La chambre estime que le transfert de gestion de la Villa à l’agence des villes et territoires méditerranéens durables (GIP Avitem) a permis de lui redonner un cadre en la dotant d’un opérateur en lien direct avec ses ambitions remaniées. Mais cette nouvelle et courte période n’a pas permis d’alléger la facture pour la région. La charge financière annuelle est toujours de 4,5 millions auquel s’ajoute la dotation pour amortissements de 1,59 million. Le total culmine donc à 6,1 millions d’euros par an, pour un lieu qui n’ouvrira plus que par intermittence.

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