La chambre régionale des comptes nègue la Ville dans ses piscines

Actualité
Benoît Gilles
9 Fév 2018 18

Le conseil municipal examine ce lundi un rapport de la chambre régionale des comptes sur l'état des piscines à Marseille. Fracture Nord/Sud, promesses non-tenues et personnels pléthoriques, le tableau est sans appel.

Intérieur de la piscine Vallier. Photo : mairie des 4e et 5e arrondissements.

L'adjoint aux sports le dit et le répète : il aime nager. Richard Miron est même un usager hebdomadaire des bassins marseillais et use de manière aléatoire des plages horaires ouvertes au public, du Nord au Sud, pour mieux vérifier leur fonctionnement. Richard Miron ne précise pas s'il est plutôt nage indienne, crawl ou brasse coulée. On ne saurait lui conseiller de travailler son apnée : le dernier rapport de la chambre régionale des comptes que le conseil municipal doit examiner ce lundi équivaut à une franche poussée sur la tête. En marseillais, on dit néguer.Richard Miron a l'habitude. C'est loin d'être le premier avis accablant sur l'état des bassins marseillais. Il a même eu droit à un reportage dans le New York Times qui constatait la carence marseillaise en matière d'accès à l'eau chlorée. En langage de contrôleurs de la chambre régionale des comptes, cela donne quelques sérieuses critiques sur la gestion des piscines et les errements du fameux schéma directeur des piscines échafaudé par la Ville en 2008. La première étape de ce schéma directeur est de lancer une étude.

Le naufrage du plan piscine

"Cette étude livrée en septembre 2010 prévoyait à l'horizon 2015, 18 piscines opérationnelles, 36 bassins, un maillage territorial de l'offre aquatique plus conséquent avec 12 arrondissements servis sur 16 contre 9 à l'époque et, notamment, une couverture plus importante des quartiers nord de la ville, écrit la chambre. Le montant total des investissements nécessaires était estimé à 199,4 millions d'euros".Selon le contrôle de la chambre, fin 2017, il ne reste à Marseille que "quinze piscines opérationnelles dont quatorze fonctionnant toute l'année". L'âge moyen des bassins marseillais est de 42 ans, "38% d'entre elles ayant plus de 40 ans". Un état des lieux que n'importe quel usager des piscines peut aisément vérifier.La carte des piscines actives (ou pas) à MarseillePour enfoncer un peu plus le nageur, la chambre consacre un chapitre aux réalisations du fameux plan piscine sobrement intitulé "l'absence quasi-totale de réalisation du schéma directeur".La chambre évalue à 5 % la part des objectifs fixés en 2008 et atteint en 2015. Le pourcentage grimpe jusqu'à 8,6 % en prenant en compte les réalisations annoncées pour 2016 et 2017. Cruels, les contrôleurs concluent "à ce rythme, il faudrait à la ville une cinquantaine d'années pour achever de remettre à niveau son offre « piscines » municipale".

Un schéma idéal et des contraintes budgétaires

Face à cette charge, Richard Miron fait le dos rond. "Pour faire ce schéma directeur, on a demandé une étude. Celle-ci nous a permis de dresser un schéma idéal, nos souhaits pour un montant de 200 millions d'euros. Ensuite, il y a la réalité budgétaire qui forcément nous rattrape. Il y a des choix qui on été faits".Si la chambre prend au mot les délibérations votées c'est aussi que celles-ci ont longtemps servi de base à la communication municipale avant que celle-ci passe à autre chose. Mais la chambre a également anticipé sur cet argument des choix budgétaires en ramenant la Ville à ses choix politiques sur la même période.
Toutefois, si la ville se prévaut des contraintes budgétaires et si le maire, dans sa réponse au rapport d'observations provisoires, a insisté sur la baisse de la DGF et l'augmentation des charges liées à la mise en place de la réforme du temps scolaire, la chambre observe que la collectivité a tout de même investi 163 millions en moyenne par an sur la période 2010-2015, dont seulement 2 % ont été consacrés aux piscines.
La chambre a plongé dans les archives de ses récents contrôles pour trouver des exemples : la construction du palais omnisport ou la restructuration du stade Vélodrome.

La fracture Nord/Sud des bassins

D'autre part, les magistrats soulignent pour la première fois de manière objective un réel écart de l'offre de bassins entre le Nord et le Sud de la ville. À cela, le maire répond souvent que les piscines elles-mêmes sont plus nombreuses au Nord qu'au centre ou au sud. Or, la chambre fait un calcul inverse en rapportant le nombre de mètres carrés baignables à la population résidant dans l'arrondissement. Là, le constat est sans appel.
"L'offre nautique s'établissait [en 2015,ndlr] à environ 4,50 m2 pour 1 000 habitants, avec de fortes disparités géographiques : 4,3 m2 pour les quartiers Nord, 7,5 m2 pour les quartiers Sud et plus de 8 m2 pour les quartiers Centre et Est. En période estivale, cinq piscines seulement (dont quatre gérées en régie), restent ouvertes au public. A titre de comparaison, l'offre nautique s'établit à 8 m2 pour 1000 habitants à Paris, 17 m2 à Lyon et 11 m2 à Nice."
Interrogé, Richard Miron ne reprend pas la longue litanie des bassins par zone géographique, il dégaine un argument plus culturel. "La Castellane, à l'année, représente 4,9 % de la fréquentation globale de la ville, détaille Richard Miron. La Martine, c'est 2,18 %... Ce qu'il faut admettre c'est que dans certains endroits de la ville, les gens n'ont pas envie de se baigner. C'est culturel, c'est comme ça. Il y a des endroits où on joue plus au tennis, d'autres où on joue plus au football. Regardez dans les 15e et 16e arrondissements, il n'y a que deux terrains de tennis".

La poule (d'eau) et l'œuf

Un argument qui a le défaut bien évident de se retourner aisément rejouant de la poule (d'eau) et de son œuf : si les gens ont pris l'habitude de ne pas avoir d'accès à des piscines convenables, ils cessent de vouloir y aller. Or, une politique sportive municipale est censée inciter les gens à une pratique, en partant du principe que celle-ci contribue à améliorer le bien-être global.De ce travail fouillé de 60 pages, retenons un dernier élément qui résonne fortement avec l'actualité. Quiconque s'est déjà rendu dans une piscine municipale à une heure de fréquentation publique a pu constater le grand nombre d'agents dévolus à la fonction d'accueil. Un samedi après-midi, à la piscine Vallier, durant les deux heures d'ouverture au public, ils sont ainsi cinq alors qu'un seul encaisse réellement des entrées. La chambre tique tout autant. Elle estime à 61 les agents d'accueil sur les 123 que compte le service."C'est normal, justifie Richard Miron. Les agents d'accueil assurent aussi le nettoyage. Ils ne peuvent pas le faire pendant les heures d'ouverture au public. Ils sont donc à l'entrée". En conclusion d'un savant calcul sans élément chiffré concernant cette dernière activité, la chambre estime à 37 le nombre d'agents nécessaires à cette fonction d'accueil.

Problèmes de personnel

Dans sa réponse écrite à la chambre, le maire développe un autre argument que celui de son adjoint au sport, précisant que le calcul de la chambre ne "correspond pas à la réalité des caractéristiques bio-psycho-sociales et démographiques du personnel (age, contre-indications médicales, contraintes liées au travail isolé...) qui se traduit par un absentéisme élevé (de 27 % à 50 % selon les mois)". Il ne serait donc que 37 à 40 sur le terrain.Sur ce même thème, la chambre poursuit ses calculs et s'interroge sur la gestion des personnels sur l'année, les piscines étant fermées "en moyenne cinq mois par an". À cette question la Ville répond que "50% des agents municipaux sont en congés" durant cette période estivale qui concentre l'essentiel des fermetures de piscines. Elle embauche donc des vacataires pour pallier cette absence. Une réponse qui ne satisfait pas la chambre. Cinq piscines étant ouvertes alternativement en juillet et août, elle estime en nombre suffisant les 61 agents présents pour gérer cinq piscines. "La ville n'a donc aucunement besoin de recourir à l'embauche de vacataires", conclut la CRC.Habitué des critiques sur sa politique, Richard Miron accueille ce nouveau rapport avec un soupir blasé. "Des critiques, j'en entends tous les jours, sourit-il. Elles viennent souvent de gens qui ne fréquentent pas les piscines. Il n'y a pas de verre à moitié plein ou vide. Il y a un verre qui se remplit. On a rouvert des piscines, créé de nouvelles et ouvert le dimanche... On progresse." Quand on a touché le fond, on remonte...

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