Kiosques à journaux, un commerce en crise

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22 Fév 2012 2

Coincé entre une revue porno et le dernier numéro d'auto-moto, il se tient sur son tabouret, en attendant le client. Bonnet péruvien vissé sur le crâne, veste épaisse sur les épaules, il paraît insensible au froid qu'il affronte. Et s'il continue son activité, c'est parce que ce kiosquier proche du Vieux-Port à Marseille aime avant tout le contact avec les passants.

Vendre des bibelots pour gagner sa vie

Mais la profession est rude, le métier souffre de la démocratisation du web et de la multiplication des supports multimédias. Pour les kiosquiers, ceux qui prennent les gratuits ou lisent les journaux en ligne (désolés !) tuent leur commerce. Une vision qui n'est pas partagée par tous. En effet, une grande partie du lectorat des 20 minutes et autres Métro ne lisaient jamais la presse avant l'apparition des gratuits, selon une analyse du Figaro et du Parisien relatée dans un rapport du Sénat sur l'état de la presse quotidienne.

Un de ses confrères évoque ses difficultés. "Le travail est pénible, le salaire est bas, surtout pour moi qui ne peux pas vendre de souvenirs là où je suis placé", confie l'homme. Le commerçant se dit également asphyxié par les charges selon lui élevées qu'il doit payer à la communauté urbaine. Car bien qu'il soit propriétaire de son commerce, il affirme s'acquitter d'un loyer de 1700 euros par an pour son placement à l'angle de La Canebière et du boulevard Dugommier.

Une activité qui n'attire plus

Nombreux sont les kiosquiers qui peinent à revendre leur commerce après un départ en retraite. Mis en vente à des prix très variables (65 000 € par exemple dans le 6e arrondissement), ces petites structures n'intéressent plus grand monde. L'un d'entre eux dit ne pas être étonné de voir ces commerces fermer. "Il y a aussi un problème de placement, si vous regardez bien, il y a quatre autres kiosques à une centaine de mètres du mien, c'est normal qu'on ai du mal à gagner notre vie puisque la clientèle est dissoute" affirme t-il.

A en croire les kiosquiers, l'activité n'attire plus les jeunes. Il faut se lever tôt le matin pour réceptionner les liasses de journaux et fermer tard, sans réelle pause dans la journée. Et il n'y a évidemment pas de toilettes dans cet espace exigu d'une dizaine de mètres carrés. Il faut avoir "ses contacts" pour se faire remplacer.

La comptabilité est complexe, et les revenus mensuels, même s'ils alternent selon l'emplacement, sont proches du Smic pour une majorité de ces commerçants. "Je suis obligé de vendre des souvenirs, des bibelots pour me faire un petit complément, car les journaux papier se vendent mal" avoue un kiosquier du Vieux-Port. Un salaire qui dépend également des décisions du gouvernement. (n'oubliez pas de lire la suite en cliquant à droite…)

0,63 € de marge sur un exemplaire du Point

La loi limite effectivement les commissions sur les ventes des titres de presse. Un complexe système de rémunérations régi par la loi Bichet. Pour les kiosquiers exerçant à Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux : 14% du prix de vente pour les quotidiens et 18% pour les autres parutions. A titre d'exemple, cela représente environ 0,63 € sur un exemplaire du Point vendu 3,50 €.

Une loi assez injuste estiment la plupart de ces commerçants, qui avaient d'ailleurs manifesté en 2004 à Paris pour réclamer le rehaussement à 25% de ces commissions. Une réclamation légitime à leurs yeux, alors que les kiosques concessionnaires placés dans les gares et aéroports, tels que les fameux Relay, ont l'autorisation d'en récupérer 30%. Des commissions qui ont été finalement augmentées à 19,5% sous conditions, ce qui reste éloigné des revendications initiales d'après un membre du syndicat des distributeurs de presse.

Victimes des grandes surfaces

Au même titre que le boulanger ou le primeur, le kiosquier est aussi fortement concurrencé par les supermarchés. Lorsqu'il achète son canard à Monoprix ou Carrefour, le client ne se doute pas de la bombe qu'il lâche sur le commerce de proximité.

A Paris, une politique favorable de la mairie à permis de soulager l'activité des kiosquiers, avec un baisse de la redevance qu'elle perçoit. En janvier 2011, une aide de 200 000 euros avait également été versée par la collectivité dans le but de soutenir ces commerçants alors frappés par une grève. Au nombre de 252 en 2005, on comptait 340 guérites en 2011. 

Dans la cité phocéenne, aucune décision politique ne semble avoir été prise en faveur de ces commerces de proximité. Symbole de la périclitation de cet écosystème, une des plus célèbres maisons de la presse, quai des Belges, pourrait bien tirer définitivement le rideau. Partant à la retraite, son propriétaire n'a toujours pas trouvé de repreneur.

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