Jean Castex lâche la maille en grand sur Marseille

Actualité
le 15 Déc 2021
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En conclusion d'une visite de deux jours, le Premier ministre a officiellement lancé les versants écoles et transports du plan Marseille en grand. Les premières bénéficient d'une rallonge de 150 millions de dernière minute. En revanche, le projet de transports métropolitains ne désenclavera les quartiers Nord qu'à la marge.

Jean Castex et Benoît Payan lors la signature du protocole de préfiguration du plan écoles. Photo : B.G.

Jean Castex et Benoît Payan lors la signature du protocole de préfiguration du plan écoles. Photo : B.G.

“Il n’y a que Benoît, je signe quand même ou j’ajoute Payan ?”, s’inquiète le maire. “Ajoute. L’essentiel est que tu ne fasses pas les choses à moitié”, sourit Jean Castex, sous son masque. Dans un ancien bâtiment militaire, des chaises d’enfants et des tapis de sol servent de décor insolite à une signature protocolaire, sous l’œil du Premier ministre. Depuis l’école Ahmed-Litim, le maire (PS) de Marseille et le préfet de région signent la convention permettant l’aide exceptionnelle de l’État pour “l’ensemble des écoles de Marseille” et plus particulièrement 174 d’entre elles, appelées à être rénovées en profondeur.

Quatre mois après la visite d’Emmanuel Macron, Jean Castex vient donc conclure le premier cycle de ce plan Marseille en grand qui rythme depuis septembre la vie politique locale. Affable comme un élu qui n’a pas oublié le local d’où il est issu, le Premier ministre a un mot gentil pour tout le monde. Même si, reconnaît-il, il a évité de féliciter la directrice de l’école primaire pour la qualité de son établissement.

400 millions dont 150 millions supplémentaires

L’ancienne école Bugeaud, rebaptisée du nom d’un combattant algérien tombé sur les flancs de la colline Notre-Dame, est provisoire depuis six ans. “Il y fait trop chaud l’été, trop froid l’hiver et quand il pleut, le bruit est assourdissant”, condamne le maire. Le lieu n’est pas choisi au hasard. Il doit témoigner de l’urgence à agir et justifier le caractère dérogatoire de l’aide de l’État alors qu’il s’agit d’une compétence normalement exclusive des communes. “Depuis la IIIe république au moins, n’est-ce pas monsieur le ministre de l’Éducation nationale ?”, interroge faussement Jean Castex à l’intention de Jean-Michel Blanquer.

Le montant de l’aide directe du gouvernement pour les écoles a augmenté de 150 à la dernière minute.

Mais “l’État est là”, se réjouit le premier ministre. Avec même un peu de rab à la cantine : l’enveloppe a grossi de 150 millions depuis la première annonce de 254 millions inscrite au projet de loi de finances 2022. Désormais, sur 1,2 milliard investi dans le plan écoles, 400 millions prennent la forme d’une aide directe de l’État. À cela s’ajoutent 650 millions de garanties d’emprunt, également inscrites au projet de loi de finances.

En revanche, Jean Castex ne veut pas s’étendre “sur les différents canaux qui permettent d’arriver jusqu’à 400 millions”. Le maire confirme avoir “poussé les feux” pour obtenir cette enveloppe supplémentaire dans les dernières heures avant la visite. Quant aux canaux financiers, ils pourraient passer par des lignes budgétaires touchant à la rénovation urbaine, à la politique de la ville, voire au développement durable.

L’aiguillon de l’innovation pédagogique

Mais malgré son ton patelin et sa hotte pleine de présents, Jean Castex sait glisser un peu de fiel dans le miel des câlins. Il rappelle à dessein les 58 écoles où des formes d’innovation pédagogique doivent être expérimentées. “Nous allons mener à bien ce projet même si je sais qu’il fait débat, ajoute-t-il à l’intention du maire, qui s’y est dit personnellement opposé lors du dernier conseil municipal. Seul ne rien faire ne fait pas débat”. Le premier ministre attend un soutien du maire sur ce point, “car le temps périscolaire est la donnée clef”.

En fin de visite, Benoît Payan balaie la question. “Si c’est pour savoir si nous allons faire un PEDT [projet éducatif de territoire, qui pose les grands principes de l’encadrement périscolaire, ndlr], je vous réponds oui. Pour le reste, la question du recrutement des professeurs par les directeurs étant définitivement écartée, il n’y a rien dans ce projet que je conteste.” Pas question donc de s’attarder sur cette pilule amère un jour de réjouissance.

Côté transports, Martine Vassal veut bien aller à la Belle-de-Mai

La seconde séquence de la matinée de service après-vente se déroule tout au bout du boulevard National, là où le quartier de Saint-Mauront, parmi les plus pauvres de France, se transforme en celui des affaires. Dans la tour tricolore de La Marseillaise, Martine Vassal, la présidente LR, s’apprête à signer la convention qui doit donner vie au groupement d’intérêt public entre la métropole et l’État dédié aux transports.

Nous avons obtenu que cette priorité faite au désenclavement du Nord de la Ville soit inscrite dans le texte.

Audrey Gatian, adjointe (PS) aux transports

Au premier rang, Benoît Payan est attentif. Depuis plusieurs semaines, il plaide dans les différents cénacles locaux ou nationaux pour que la priorité soit donnée au désenclavement des quartiers Nord, en contrepartie du second chèque. Martine Vassal ne s’y méprend pas, glissant le terme, dès le début de son discours pour qualifier le symbole que constitue le siège de la métropole, à “l’articulation des quartiers Nord et du centre de la ville centre”.

“Nous avons obtenu que cette priorité faite au désenclavement du Nord de la Ville soit inscrite dans le texte qui est signé ce matin“, insiste Audrey Gatian, l’adjointe aux transports de la Ville. Martine Vassal ne confirme pas cet ajout de dernière minute. Le protocole du versant transport mentionne bien ce passage :

L’État confirme son intention de conditionner le versement de ses subventions à l’engagement ferme de la métropole de réaliser la desserte des quartiers nord (projets de tram Saint-Charles/Belle-de-Mai et de la phase 2 de la prolongation du tramway T3 vers le nord), pour lesquelles l’État peut faire bénéficier d’un taux bonifié de subvention.

Auparavant présenté par Martine Vassal comme “hors du milliard” de l’État, le projet de la Belle-de-Mai s’y trouve ainsi pleinement intégré, avec promesse d’un taux de subvention plus élevé.

Vers un tramway au Merlan ?

Le conseil métropolitain doit voter ce jeudi une enveloppe de sept millions d’euros pour de nouvelles “études préliminaires sur l’ensemble du tracé” du tramway Saint-Charles-Belle-de-Mai, indique la présidente. Elles devront notamment évaluer la façon dont ce futur tramway se raccordera au réseau et parviendra à passer sous le tunnel National. À la demande de la Ville, la piste d’une prolongation ultérieure vers le Merlan (14e) a été ajoutée, afin qu’elle soit étudiée dès à présent. Sur cette enveloppe globale, seuls 150 000 euros seront dépensés en 2022.

Pour le reste, tous les projets sont connus. Ils consistent à pousser le tramway vers la Gaye au Sud et La Castellane au Nord. “Nous avions deux tracés pour aller vers le Nord, un par la rue de Lyon, l’autre par le littoral, insiste encore Martine Vassal. La Ville m’a fait savoir qu’elle souhaitait voir réaliser ce second tracé, j’en ai pris acte et c’est inscrit au PDU. Cela nous permettra de gagner un peu de temps”. La bifurcation interviendrait peu après le lycée Saint-Exupéry. Plutôt que d’aller au plus direct vers la Castellane en longeant l’autoroute A55 via Grand Littoral, le tramway ferait un crochet par la cité Consolat puis la zone d’activité de Saint-André.

Pas de bougé sur le calendrier

Sans qu’elle soit contredite par Jean Castex au moment de sa prise de parole, Martine Vassal évoque 15 projets structurants qui bénéficieront d’une aide de l’État d’un milliard d’euros, dont 256 millions de subventions directes : les tramways du Nord au Sud et de la Belle-de-Mai, le tramway du Quatre-Septembre et le Val’tram qui doit permettre de relier Aubagne au reste du Pays de l’Étoile. “Ces quatre lignes de transports lourds sont complétées par cinq lignes de bus à haut niveau de service pour l’ensemble du territoire métropolitain”, complète Domnin Rauscher, le directeur général des services. Seule la ligne de bus reliant la station Gèze à la Fourragère concernera Marseille. Les autres BHNS relieront Plan-de-Campagne à Marignane, Port-de-Bouc à Martigues, Gémenos à Aubagne ou Aix au Val Saint-André.

Pour Martine Vassal, tout ceci constitue un “coup d’accélérateur”. Et, après des orientations budgétaires de novembre sous le sceau du coup de frein, le budget qui sera présenté aux conseillers métropolitains jeudi est marqué par un doublement de l’investissement dédié aux transports. Mais à y regarder de plus près, cet effort ne permet que d’assurer l’absence de retard supplémentaire des grands projets, à commencer par la phase 1 du tramway Nord/Sud et le Val tram d’Aubagne.

Au final, dans le document qui résume les 15 projets bénéficiaires de subventions, les dates de mise en service n’ont pas bougé : le tramway du Quatre-Septembre est prévu en 2026, avant la seconde phase du tramway Nord/Sud attendue pour 2027/2028… Quant à la Belle-de-Mai, dans le plan de mobilité soumis au vote des conseillers métropolitain, elle y figure encore : 2030. “Je ne m’engage pas sur des dates, prévient Martine Vassal. Des fois qu’on tomberait sur le sarcophage de Marie-Antoinette…” Du temps de Gaudin, c’était le tibia de Jules César qui bloquait les chantiers…

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Commentaires

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  1. RML RML

    ” le sarcophage de Marie Antoinette”? Quelle cynisme mal placé ! C’est bien la peine de verrouiller presque toutes les actions éducatives du département sur l Histoire et la Citoyenneté !

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  2. Patafanari Patafanari

    Ne soyons pas pressés. Jean Castex mâche la graille en lent.

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