Incendie à Saint-Chamas : la pollution aux particules fines persiste

Actualité
le 5 Jan 2022
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Une semaine après l'incendie qui a ravagé un entrepôt rempli de déchets industriels à Saint-Chamas, les premières analyses de l'air indiquent une pollution aux particules fines dépassant largement le seuil d'alerte.

Plus d’une semaine après le départ de l’incendie d’un entrepôt de la société Recyclage concept 13, le feu couve toujours à Saint-Chamas. Pour limiter la pollution des nappes phréatiques, les pompiers mobilisés depuis le 26 décembre laissent se consumer les tas de déchets brûlés, plutôt que de les arroser abondamment. Dans la nuit du jeudi 30 au vendredi 31 décembre, un bassin de rétention de 4000 mètres cubes a même été construit sur le site afin de collecter l’eau polluée qui sert à éteindre le feu.

Entre fumées toxiques et eaux souillées, l’impact sur l’environnement est inévitable. Et les questions des habitants sur leur santé sont légitimes. Alors que le préfet a récemment émis des recommandations sanitaires pour les Saint-Chamasséens, les premiers résultats des mesures de la qualité de l’air indiquent une forte augmentation de certains polluants atmosphériques.

10 fois le seuil d’alerte

Pour mesurer le taux de particules fines, une sonde a été installée par Atmosud, l’association de surveillance de la qualité de l’air agréée par l’État. Elle se situe sur le site de la savonnerie de Saint-Chamas, à 300 mètres du site incendié. Les relevés, disponibles en accès libre, s’affichent en rouge dès qu’ils dépassent le seuil d’alerte. “Le premier soir, on a eu 800 microgrammes par mètres cubes de [particules fines dites] PM10“, précise Dominique Robin, son directeur. Cela représente 10 fois le seuil d’alerte de 80 microgrammes par mètre cube (µg/m3), “niveau au-delà duquel une exposition de courte durée présente un risque pour la santé de l’ensemble de la population ou de dégradation de l’environnement“, selon le code de l’environnement.

Hors incident de ce type, ces particules solides mais invisibles à l’œil nu proviennent du trafic routier, de la combustion incomplète des feux de bois ou des usines industrielles mais aussi des émissions de poussières lors de travaux. En pénétrant dans les poumons, elles aggravent les maladies cardiaques ou pulmonaires.

La préfecture, dans une communication envoyée lundi 3 janvier, recommande toujours “d’éviter les activités de plein air“, à proximité de l’incendie mais indique que “les valeurs relevées sont redescendues en dessous du seuil d’information“. Élément rassurant rapidement contredit par la persistance de l’incendie. Pour ce même lundi, la moyenne est au final remontée à 144 µg/m3 et Atmosud précise ce mardi que des pics importants sont observés : “Les niveaux horaires ont atteint 985 µg/m3 le 3 janvier à 23 h et le 4 janvier à 4h du matin.

Du plastique brûlé

De quoi sont composées ces particules fines ? Pour le savoir, Atmosud a également réalisé des prélèvements de l’air à cinq points autour de la zone de l’incendie. “Ce qui brûle c’est un mélange assez complexe. Certaines molécules dépassent les valeurs de références mais elles ne sont pas trop dangereuses“, indique Dominique Robin. 

Ces molécules, dites hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont toutes caractérisées par un risque cancérogène. Toutefois, elles n’ont pas forcément d’effet toxique immédiat. Une autre nuance sur leurs impacts sur la santé est apportée par Philippe Chamaret, directeur de l’institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, une association basée à Fos : c’est un évènement restreint dans le temps. “Il y a eu un effet de pic qui ne peut pas être comparé à une exposition qui dure dans le temps, reconnait-il. C’est plus dangereux d’être exposé à un taux de 10 pendant 365 jours que 2000 pendant quatre jours. C’est comme la cigarette !” Il faut différencier l’exposition “aiguë” de l’exposition “chronique”.

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Mais ça n’empêche pas le directeur de l’institut de se montrer inquiet. Selon lui, la composition chimique d’une molécule viendra s’ajouter en facteur aggravant ou pas, mais les impacts sont déjà là. “Finalement peu importe la composition chimique des particules, si vous êtes exposés aux particules fines il y a un effet physique sur l’organisme“. Il compte bien suivre cette pollution, notamment ses conséquences sur la biodiversité. “Les pompiers ont retenu beaucoup d’eau, mais il faudrait en savoir un peu plus sur l’état des sols à ce niveau-là”, poursuit-il. Si le vent dissipe les fumées et permet de “diluer” la pollution, les conséquences sur les cultures à proximité et sur les cours d’eau ne sont pas encore quantifiables du fait de la poursuite de l’incendie.

Le maire en colère

Didier Khelfa, le maire de Saint-Chamas, fulmine. Il avait interpellé le sous-préfet d’Istres, Régis Passerieux, sur les nuisances causées par les activités de Recyclage concept 13. “Il n’y a pas besoin d’autorisation de la commune, tout le monde est autorisé à gérer ce type de site pour 1000 mètres cubes de déchets. Or les pompiers ont évalué un volume entre 20 et 30 000 mètres cubes !, s’indigne-t-il. Il faut donner à la Dreal [le service de l’État chargé de surveiller ces installations, ndlr] des moyens de contrôle et de sanctions immédiates“.

Recyclage concept 13 faisait déjà l’objet d’une surveillance de part de la préfecture et avait jusqu’au 31 décembre 2021 pour maintenir son stock de déchets en dessous de 1000 mètres cube. Mais pour l’heure, l’origine de l’incendie n’est pas connue.

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Commentaires

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  1. jemamo13 jemamo13

    Article pas trop fouillé… Pourtant il y’a de quoi se poser de nombreuses questions autour de cet incendie. Le Maire de St Chamas dit avoir alerté en Avril 2021 la préfecture sur la dérive de cette décharge. Qu’a fait le préfet, ou est la DREAL??? Rien avant le 14 décembre. Bizarrement tout prends feu quelques jours après la mise en demeure de mettre en conformité le site. D’où sort cette société ? Pourquoi (hors St Chamas) la population est ‘elle sous informé sur les conséquences de cet incendie? Atmosud parle d’une pollution comparable a Pékin quant il y’a seuil d’alerte. Aucune infos sur Istres par exemple pour tant sous le nuage les jours de vent d’Est. Ce matin ça fume toujours !

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  2. Patafanari Patafanari

    L’article est factuel et précis. Patience, dans dix ans l’on saura combien de cancers auront été détectés avec une comparaison avec un échantillon type de population lambda. En attendant, ça pue la mort.

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  3. Zumbi Zumbi

    Si vous voulez en savoir plus, cherchez le site de Recyclage 13 : “Recyclage Concept 13 Site en maintenance” — étonnant, non ?
    Or cette société avait un objet ainsi défini officiellement : “Activité (code NAF) 0812Z : Exploitation de gravières et sablières, extraction d’argiles et de kaolin ” (source : infogreffe.fr) ; mais elle a changé son objet en octobre dernier seulement pour s’occuper des déchets — en trois mois, 30 000 mètres cubes, rien que ça !
    source Le Figaro, reprenant une info de La Provence https://entreprises.lefigaro.fr/recyclage-concept-13-13/entreprise-848345211

    23/11/2021
    Mouvement sur l’activité ou l’Objet social

    Source :

    SAS RECYCLAGE CONCEPT 13 Sociéte par actions simplifiée Capital : 7 500 euros Siège social : 32 rue Léonard Combes 13500 Martigues RCS 848 345 211 Aix en Provence Le 06 octobre 2021, L’AGE a décidé d’étendre l’objet social a : la collecte des déchets solides non dangereux au niveau local, Telle que l’enlèvement de déchets des ménages et des entreprises au moyen de poubelles, de bacs à roulettes, de conteneurs ou autres. Fabrication, réparation et vente d’autres réservoirs, citernes et conteneurs métalliques. Le reste sans changement. Pour Avis

    Activité : la collecte des déchets solides non dangereux au niveau local, telle que l’enlèvement de déchets des ménages et des entreprises au moyen de poubelles, de bacs à roulettes, de conteneurs ou autres. Fabrication, réparation et vente d’autres réservoirs, citernes et conteneurs métalliques

    Date de prise d’effet : 06/10/2021

    Annonce publiée dans Provence (La) /Edition des Bouches du Rhône n°13162 du 23/11/2021

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    • jemamo13 jemamo13

      Le maire dit avoir saisi le préfet au mois d’Avril 2121 sur le stockage des déchets, soit 6 mois avant le changement d’activité…

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