Hors de Marseille, les législatives testeront la solidité du Front républicain

Décryptage
Julien Vinzent_
26 Avr 2017 2

Quelle carte politique du département dessineront les législatives ? Marsactu a regardé les rapports de force issus des urnes de dimanche en dehors de Marseille pour disséquer les enjeux en vue de ce troisième tour qui aura lieu au mois de juin.

Après avoir passé en revue les circonscriptions marseillaises, Marsactu vous propose aujourd’hui un petit résumé des résultats, circonscription par circonscription dans le reste du département. Bien qu’il soit impossible de se livrer à un pronostic, nous avons listé les enjeux et les inconnues des seize scrutins à venir dans les Bouches-du-Rhône, notant à chaque fois si une triangulaire est possible (un 3e candidat peut se qualifier s’il obtient les suffrages de 12,5 % des électeurs inscrits).

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L’enjeu : Dans cette circonscription comme dans beaucoup d’autres, l’enjeu du scrutin sera davantage de savoir qui affrontera le Front national au second tour. Avec 29 % des voix dimanche, Marine Le Pen a largement devancé les trois autres principaux candidats, qui se tiennent tous à un point autour de 19 %.

L’inconnue : Quelle attitude en cas de triangulaire entre les partis républicains ? Y aura-t-il une politique de désistement en faveur du candidat arrivé deuxième afin de minimiser les chances de l’extrême-droite ? Entre les Insoumis et la droite, cela paraît déjà impossible.

Possibilité de triangulaire : modérée

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L’enjeu : Élu député en 2002 dans cette circonscription acquise depuis des décennies au parti communiste, Bernard Deflesselles brigue un quatrième mandat dans un contexte de poussée du Front. Largement devancée par Nicolas Sarkozy en 2012 (23,6 % contre 30,3 %), Marine Le Pen a renversé les scores en se hissant à 28 % tandis que la droite s’effondrait à 22 %. Mais le sortant devrait limiter la casse au premier tour et profiter de bonnes réserves de voix au second. En 2012, la candidate frontiste Joëlle Melin, qui devrait rempiler, n’avait pu trouver que 3000 voix dans l’entre-deux tours, perdant son duel 37 % contre 63 %.

L’inconnue : Avec 20,9 %, Jean-Luc Mélenchon talonne François Fillon. Le parti communiste local, qui a perdu la ville d’Aubagne et son agglo en 2014, arrivera-t-il à maintenir la dynamique de la France insoumise pour se qualifier au second tour ? La réponse dépend largement de l’entente entre les deux mouvements.

Possibilité de triangulaire : modérée.

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L’enjeu : François-Michel Lambert, salué par Emmanuel Macron lors de son meeting marseillais peut-il profiter de son passage chez En Marche pour être réélu ? Étiqueté Europe écologie-les Verts en 2012 avant de basculer parmi les écologistes pro-Hollande, l’ancien cadre de Pernod-Ricard attend encore la décision de son nouveau mouvement. Son profil pourrait toutefois faire tiquer les ralliés de droite au vainqueur du premier tour de la présidentielle. De même, le résultat de sa liste aux municipales de Gardanne, la ville centre de la circonscription en 2015 (éliminé au premier tour avec 7 % des voix), ne plaide pas en sa faveur.

L’inconnue : Serge Perottino, qui ne sait pas encore sous quelle étiquette il se présentera, peut-il changer la donne au premier tour ? En 2015, sans étiquette et sur un territoire plus réduit, le maire de Cadolive avait sur son seul nom (et celui de sa binôme Lucie Cohen-Desblancs) recueilli 12 % des suffrages aux départementales.

Possibilité de triangulaire : forte

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L’enjeu : « François Fillon est demeuré maître dans cette circonscription », s’est réjoui le député LR sortant Christian Kert ce lundi. C’est la seule circonscription du département hors Marseille où le candidat de la droite l’a emporté. Ce représentant de la droite modérée peut donc espérer conserver son siège pour un septième mandat dans ce territoire qui englobe le sud d’Aix-en-Provence, Septèmes, Cabriès et les Pennes-Mirabeau.

L’inconnue : Emmanuel Macron avait fait son premier meeting de candidat à la présidentielle à la salle Tino-Rossi des Pennes-Mirabeau sous les applaudissements de Michel Amiel. Le choix du candidat En Marche se fera-t-il sous les auspices du sénateur-maire de la commune ou sera-t-il, au nom du renouvellement, écarté du processus de désignation ? Malgré ce soutien parlementaire, Emmanuel Macron n’a réalisé que 16 % dans cette commune contre 22,7 % sur la circonscription.

Possibilité de triangulaire : forte

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L’enjeu : Le FN semble armé pour un retour triomphal dans cette circonscription qui inclut Marignane et Vitrolles. Avec 37,3 % des voix au premier tour, Marine Le Pen y a écrasé la concurrence. Mélenchon finit à 19,1 %, Fillon à 16,6 % et Macron à 16,1 %. Néanmoins, elle est loin du score de sa nièce qui avait dépassé la barre des 50 % au premier tour des régionales, avec une participation plus faible. Cela montre essentiellement que l’électorat frontiste se déplace quel que soit le scrutin. Un avantage quand on sait que les législatives voient généralement la participation baisser de 15 à 20 points par rapport à la présidentielle.

L’inconnue : Le candidat du Front national est un cadre du parti, qui ne connaît de la circonscription que son aéroport. Hâbleur, Jean-Lin Lacapelle compte bien rattraper son retard en parcourant la circonscription de part en part. Ses concurrents entendent bien lui rappeler qu’il est un nouveau venu quand un autre candidat d’extrême-droite, Jacques Clostermann, fait tout pour contrarier ses ambitions, annonçant même un meeting avec Jean-Marie Le Pen.

Possibilité de triangulaire : très faible

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L’enjeu : Malgré le très bon score de Jean-Luc Mélenchon au niveau national, le parti communiste – qui sera représenté par son secrétaire départemental Pierre Dharréville – n’est pas assuré de conserver son seul siège de député dans le département. Jean-Luc Mélenchon (29,9 %) y a été devancé par Marine Le Pen (32,1 %) au premier tour de la présidentielle. La précédente législative a montré qu’en cas de second tour, le Front dispose sur ce territoire d’une capacité de progression importante. Il était passé de 21,7 % au premier tour à 40 % au second dans un duel face au communiste Gaby Charroux

L’inconnue : Quelle attitude aura la droite locale ? En réservant la circonscription à l’UDI, le parti Les Républicains veut éviter le dérapage de 2012 : la candidate avait jugé « pas idiots » des accords locaux avec le Front national. Mais cette passe à l’aile centriste n’exclut pas les hésitations de certains électeurs.

Possibilité de triangulaire : très faible

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L’enjeu : S’il doit n’y en avoir qu’une, ce sera celle-là. Le mouvement En Marche, arrivé 4e à l’échelon départemental, peut espérer emporter la 14e circonscription qui inclut l’autre partie d’Aix-en-Provence. Emmanuel Macron y a devancé d’une courte tête François Fillon.

L’inconnue : Le premier secrétaire départemental du parti socialiste et député sortant Jean-David Ciot est intéressé par l’investiture macroniste mais le mouvement pourrait lui préférer une des animatrices locales, Anne-Laurence Petel, cadre chez un opérateur téléphonique.

Possibilité de triangulaire : modérée

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L’enjeu : Dans la « Vendée provençale », dont la sociologie électorale ressemble fort à celle du Vaucluse, droite et FN sont les seuls partis à pouvoir espérer une victoire. Le sortant Les Républicains Bernard Reynès semble en mesure de conserver son fauteuil au Palais Bourbon malgré les huit points de retard de François Fillon sur Marine Le Pen dimanche.

L’inconnue : Le Front national n’a toujours pas annoncé qui serait son candidat. Faute de cadre local très identifié, il pourrait choisir d’y parachuter une pointure ou enregistrer le ralliement d’un élu local pour tenter de forcer la décision.

Possibilité de triangulaire : très faible

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L’enjeu : Cette deuxième tentative sera-t-elle la bonne pour Valérie Laupies ? La représentante du Front national avait échoué à 48,71 % au deuxième tour en 2012 après avoir recueilli le soutien du candidat de droite, Roland Chassain. Cette fois, alors que l’ancien président de région, Michel Vauzelle (PS), ne se représente pas, elle semble encore mieux placée. Marine Le Pen a devancé de dix points Jean-Luc Mélenchon au premier tour et l’a emporté à Arles, la ville centre à municipalité communiste.

L’inconnue : Comment la gauche va-t-elle s’organiser ? Longtemps, cette circonscription a fait l’objet d’un accord tacite entre socialistes et communistes. Au PCF, la mairie ; au PS, la circonscription. Cette fois, la donne semble différente. Si une adjointe PS au maire d’Arles, Nora Mebarek-Makhlouf, a été désignée par la rue de Solférino, les Insoumis et le PCF sont bien décidés à porter une autre candidature. Au risque de laisser la place au second tour à la droite, représentée par la vice-présidente du département Marie-Pierre Callet.

Possibilité de triangulaire : très faible

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