Gérard Bramoullé dompte de peu la fronde anti-Joissains au sein du Pays d’Aix

Reportage
le 1 Déc 2021
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Après la charge violente de la maire d'Aix contre la présidente de la métropole, l'élection du président du conseil de territoire s'annonçait périlleuse. Mardi, son premier adjoint a su calmer les inquiétudes des élus locaux, obtenant une courte majorité.

Le premier adjoint aixois a été élu président du conseil de territoire mardi. (Photo JV)

Le premier adjoint aixois a été élu président du conseil de territoire mardi. (Photo JV)

L'enjeu

Le conseil de territoire du Pays d'Aix, échelon intermédiaire de la métropole, élisait mardi son nouveau président après la démission de Maryse Joissains.

Le contexte

Les tensions entre Aix et la métropole sont récemment montées d'un cran, en raison des pressions du gouvernement pour réformer l'institution, et notamment les reversements financiers aux communes.

Aix et le Pays d’Aix sont un don de Dieu. Et on n’achète pas un don divin. C’est par ces arguments que Gérard Bramoullé, nouveau président du conseil de territoire du pays d’Aix et premier adjoint d’Aix-en-Provence, a arraché son élection à Coudoux mardi 30 novembre en remplacement de Maryse Joissains (LR), démissionnaire en raison de sa condamnation pour détournement de fonds publics. Dans un long discours, il a retourné in extremis un conseil méfiant et froid, très agacé par la démission fracassante de Sophie Joissains de la vice-présidence de la métropole. Et prêt à donner les clés du conseil de territoire à Régis Martin, le maire de Saint-Marc-Jaumegarde.

Gérard Bramoullé savait, naturellement, que la partie était loin d’être gagnée et il a construit son argumentaire en habile politique. Tout en ponctuant son discours de références à des discussions privées avec tel ou tel maire, toujours cité par son prénom, – “on déjeunait chez toi, tu te souviens ?” – il a rappelé la puissance financière du pays d’Aix et le besoin de protéger le pactole d’un territoire riche face à une métropole endettée et à une Marseille très pauvre. Qui mieux qu’Aix, et surtout lui, le maître des finances, saurait faire bouclier face aux appétits féroces de la métropole ?

Selon plusieurs maires, Martine Vassal était prête à faire basculer le scrutin.

Pour mieux convaincre l’assemblée, l’élu de 76 ans n’a pas lésiné sur les références : “L’État nous dit : je vous donne un milliard à condition que vous me donniez ceci et cela. Cela s’appelle de la Simonie et Saint Pierre a dit que ça n’est pas acceptable !”. Selon la Bible  (Actes 8.20), l’apôtre va même nettement plus loin : “Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent !”. Martine Vassal, à qui Gérard Bramoullé a tenu le même discours le 15 novembre, n’a pas été convaincue, ni par la perspective de mourir avec le milliard d’euros promis par Emmanuel Macron, ni par l’irruption de la Bible dans le débat public. Mais au moins a-t-elle renoncé à intervenir trop frontalement dans le conseil de territoire d’Aix où elle avait, selon nombre de maires présents à Coudoux, prévu de pousser plusieurs candidatures pour contrer l’influence d’Aix et fracturer l’unité d’un conseil qu’elle n’était pas sûre de pouvoir retourner. Dans un communiqué, elle a félicité Gérard Bramoullé pour sa victoire par “31 voix sur 58” tout en saluant “le courage” de son principal opposant.

Fierté blessée

Finalement, face à Gérard Bramoullé, fidèle d’entre les fidèles de Maryse Joissains, il n’y avait que Marc Pena, conseiller municipal (PS) d’Aix, sûr de n’être pas élu par cette assemblée majoritairement de droite, et Régis Martin, le maire de Saint Marc Jaumegarde, dont le discours aurait difficilement pu être plus bref : “Je suis là depuis 20 ans et je suis un maire non aixois”. Ce dernier argument a suffi pour convaincre 24 maires sur 58, ce qui en dit long sur le ressentiment des villes qui entourent Aix, alors qu’en 2020, Maryse Joissains avait obtenu l’unanimité des suffrages exprimés.

[Sophie Joissains] nous a littéralement tous traités de bénis oui-oui, comme si on n’avait aucune personnalité

Une maire

“Y en a marre de leurs histoires, aux Aixois !”, s’énervait le maire LR de Bouc-Bel-Air, Richard Mallié, en arrivant… et en repartant sitôt l’élection terminée. La rancœur contre les propos tenus par la maire d’Aix le 19 novembre dernier se faisait sentir. Elle avait accusé la présidente de la métropole et du conseil départemental d’exercer une “pression sur les communes qui ont toutes besoin des subventions du département. Cette pression institutionnelle tient évidemment la parole des uns et des autres.” Elle nous a littéralement tous traités de bénis oui-oui, comme si on n’avait aucune personnalité, aucun pouvoir, et qu’on avait tous trop peur que la métropole nous coupe les vannes financières pour nous opposer à elle”, râlait une maire dont la voix était acquise à Régis Martin, juste avant le début du conseil.

La démission brutale de Sophie Joissains, et sa violente altercation avec Martine Vassal au conseil de métropole, a considérablement heurté la fierté des maires du territoire aixois, déjà très inquiets pour l’avenir de leurs finances. Roger Pellenc, maire DVD de Pertuis, doyen de l’assemblée et porteur d’un message de Maryse Joissains, l’a rappelé sans détours en ouvrant le conseil. “Ce projet de réforme mènera nos communes à l’abattoir, en jetant nos subventions dans le puits sans fond de la dette métropolitaine !”, a-t-il juré, s’assurant d’un regard que toute l’assemblée était bien d’accord avec lui, et immédiatement rassuré par un murmure d’assentiment général.

La défense des budgets comme combat commun

Sophie Joissains, très droite, est restée silencieuse, mais, dans les coulisses, restait ferme : elle ne regrette ni ses propos, ni sa démission. “Cela faisait trois à quatre semaines que je pensais à démissionner, reconnaît-elle pendant une interruption de séance. On ne peut pas tout accepter, même pour un milliard : il y a dans les exigences de l’État un défaut de démocratie. Et la perte des budgets sera énorme pour Aix et son territoire”. Gérard Bramoullé les estime à 40 millions de subventions, 130 millions pour le fonctionnement des communes, “et non seulement nous allons perdre de l’investissement et du fonctionnement, mais nous allons aussi perdre notre pouvoir de décision, confié à la chambre régionale des comptes. Cette tutelle ce n’est pas acceptable”. Tutelle, le mot qui fâche toute l’assemblée, “alors que l’argent de la métropole vient d’Aix, en grande partie !”, s’énerve le premier adjoint d’Aix. La salle est, à partir de ce moment-là, revenue à de meilleurs sentiments malgré la perspective de la disparition prochaine des conseils de territoire, voulue par le gouvernement qui fait de la présidence de Gérard Bramoullé un mandat très éphémère.

Vous n’avez pas de cœur, ou quoi ?

Gérard Bramoullé à l’assemblée

Restait à faire pardonner le geste et les propos de Sophie Joissains lors du conseil de métropole. Gérard Bramoullé a opté pour la sincérité, main sur le cœur. “Quand Sophie présente sa démission, je suis tombé des nues. Son émotion était exceptionnelle, c’était un moment dramatique, très important. Quelques jours avant, nous avions parlé de Max Weber, le philosophe, entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Au moment de sa démission, Sophie penchait pour l’éthique de conviction, alors que moi, j’étais plutôt dans l’éthique de responsabilité.” L’assemblée reste de marbre. Gérard Bramoullé lance sa dernière flèche : “Qu’un nouveau maire soit dans l’éthique de conviction, après le drame de ce qui s’est passé à Aix, vous pouvez le comprendre ! Ou alors vous n’avez pas de cœur, ou quoi ?”. Derrière les masques, des sourires. “C’était un discours très habile, très bien joué, avec cette complicité en touche finale”, s’amusait ensuite Michel Amiel, le maire centriste des Pennes-Mirabeau. Rappelant au passage que les Simoniaques, dans l’enfer de Dante, étaient enterrés, la tête dans la terre, les pieds en l’air et en feu. Décidément, il ne fait pas bon proposer un milliard d’euros aux Aixois en échange de leur pouvoir.

Actualisation à 8 h 43 : ajout du communiqué de Martine Vassal

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Commentaires

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  1. VitroPhil VitroPhil

    Juste de la mauvaise tragédie.
    A quand l’indépendance du pays d’aix?

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  2. Richard Mouren Richard Mouren

    Un exemple parfait des conséquences délétères du millefeuille territorial : Région, Département, Métropole, Territoire (6 pour notre métropole), Commune, Mairie d’Arrondissement (pour Marseille). Il est à remarquer que le vice-président de la Métropole et vraisemblablement vice-président du Pays d’Aix est un élu représentant 1243 habitants de St Marc Jaumegarde (2018) comparés à 1.800.000 de la Métropole. Démocratie en marche, qu’ils disaient.

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  3. Mars, et yeah. Mars, et yeah.

    L’attitude de ces élus est celle du copropriétaire d’une résidence qui veut tout individualiser : inepte. Si on refuse de vivre en société, il faut en accepter toutes les conséquences, et pas plus Aix que Marseille n’en a les moyens, qu’ils soient financiers, structurels ou fonctionnels (on coupe les routes et le courant si on ne vit pas ensemble…).

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  4. RML RML

    Qu ils ont eu de mauvaises habitudes ces maires! Et conséquemment leurs administrés.
    Jésus a aussi dit qu il fallait donner l argent aux pauvres, non? C’est bien la peine de citer la Bible!

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  5. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    Vassal et Los Vassalitos pas capables de prendre un conseil de territoire (promis à une mort certaine) malgré les magouilles internes… “Je suis là depuis 20a”, comme profession de foi, on a quand même vu mieux. C’est dire le niveau.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      C’est même tout à fait contre-productif. L’une des raisons pour lesquelles notre territoire fait du surplace, c’est aussi parce qu’une petite coterie d’hommes et de femmes politiques s’accroche pendant des décennies au pouvoir, au détriment des idées neuves et du rajeunissement.

      On devrait orner les salles des conseils municipaux de la phrase « Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés ».

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