Gaudin pardonne les offenses d'Assante et absout Narducci

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Jean-Marie Leforestier
25 Mar 2014 47

Dans son secteur dimanche dernier, Jean-Claude Gaudin l'a emporté de 33 voix et certains y ont vu un signe puisque "33, c'est l'âge du Christ". Et c'est dans une forme de charité chrétienne que l'homme "aspergé d'eau bénite" aurait aujourd'hui scellé l'union avec deux maires de secteur sortants : son ancien adjoint Robert Assante, parti en dissidence, et la guériniste adhérente du parti radical de gauche (PRG) Lisette Narducci le rejoignent "dans l'intérêt de Marseille et des Marseillais". Mais malgré ses cravates violet évêque, Jean-Claude Gaudin est un tueur. Le premier tour lui a donné l'occasion de rêver à une majorité absolue qui paraissait compromise quelques jours avant. Pour ce faire, il lui faut piétiner un parti socialiste déjà un genou à terre en s'alliant comme le veut l'adage avec "les ennemis de ses ennemis", même guérinistes.

La première d'entre eux s'appelle Lisette Narducci. Elle sera troisième sur une liste constituée à parité entre celle de l'UMP et celle qu'elle conduisait au premier tour sous l'étiquette floue du docteur Soubeyrand. Celle-ci sera conduite par Solange Biaggi (UMP). On y retrouvera à la deuxième place l'ancien député européen et patron local du parti radical de gauche Michel Dary et en quatrième position Gérard Chenoz. "C'est une fusion technique pour avoir un maximum de sièges, relativise Martine Vassal. Si on était sûr de gagner le 1/7, on ne ferait pas de fusion. 54 ou 55 postes, ce n'est pas 51 [le nombre actuel]."

L'accord conclu avec Lisette Narducci n'a donc rien de programmatique entre la femme "de gauche" et un maire "démocrate-chrétien". "Qu'il y ait un combat au premier tour et que chacun défende ses idées c'est normal", entame Michel Dary avec un ton de vieux sage. "Après, il y a le temps de l'alliance pour l'intérêt des Marseillais. La France et l'Allemagne l'ont fait. Pourtant, ce qui nous séparait était grave", lâche-t-il atteignant le point Godwin dans cette comparaison osée où on ne sait pas qui figure De Gaulle d'une part et l'Allemagne vaincue de l'autre.

Narducci, icône de la Guérinie

En cas de victoire, le deal assure la majorité absolue au conseil municipal à Gaudin et la mairie de secteur à Narducci. "Cela nous assure trois postes à la mairie et deux à la communauté urbaine", compte Chenoz. "Dans le 2/3, nous sommes en ballottage favorable, souffle un proche du maire qui a déjà fait ses comptes. Les voix ajoutées de Solange Biaggi et Lisette Narducci qui ont réalisé 24 % chacune, ça fait 48 % des voix. Il y aura des déperditions mais je pense qu'on gagnera largement."

L'édile des 2e et 3e arrondissements est la seule à avoir reçu l'onction du président du conseil général Jean-Noël Guérini qui en a fait sa "candidate de coeur" lors de ses voeux à la presse. La première concernée, vice-présidente du conseil général se dit "ni contrainte ni forcée" et rappelle qu'elle attendait d'abord une main tendue à gauche au deuxième tour qui n'est jamais venue. Mais la tutelle de l'élu multi-mis en examen notamment pour association de malfaiteurs plane toujours sur sa candidature et sur cet accord.

D'ailleurs, du côté du candidat Mennucci, on sort la grosse artillerie pour fustiger l'accord entre Guérini et Gaudin. "Jean-Claude Gaudin ne peut ignorer quelle est la situation judiciaire du président du conseil général. Notre détermination à nous débarrasser de ce système se heurte à la puissance de ce système". Devant la presse, il va plus loin et glisse même dans l'outrance en pointant du doigt sans les nommer les malfaiteurs avec lesquels les frères Guérini sont accusés d'être en association. "J'ai été dans cette campagne l'objet de l'opposition de ce qu'on appelle le milieu du banditisme. J'ai toujours refusé de leur laisser une once d'espoir, de leur laisser avec moi le pouvoir de malfaisance dans la moindre institution que je serai amener à diriger. On tente de me faire payer cette position". En appui de ses dires, ni preuve, ni témoignage mais toujours la même référence au pouvoir supposé exorbitant de Marc Fratani.

Quant à Eugène Caselli, il a choisi la cible du conseil général pour porter sa contre-attaque : "Que vont faire désormais les conseillers généraux socialistes, les conseillers généraux de gauche de Jean-Noël Guérini ? Jusqu'à maintenant, ils disaient qu'ils ne savaient pas qu'ils n'avaient pas de preuve, aujourd'hui, ils savent. Alors je leur dit ce que je leur ai déjà dit, il y a trois ans : indignez-vous et dites à ce président que vous en avez assez de ces manoeuvres, de ces compromissions de basses politiques". On lui suggérera alors d'interpeller nombre de ses colistiers comme Christophe Masse, tête de liste dans le 11/12 ou Josette Sportiello, candidate dans le 1/7 et proche de Patrick Mennucci, qui ne se sont jusqu'à lors jamais manifestés pour marquer leur opposition au capitaine du bateau bleu.

"Muselier a encouragé cette alliance"

Le maire se défend mollement de cette accusation d'alliance avec le guérinisme. "J'ai lu dans un grand quotidien que Renaud Muselier m'a encouragé à faire cette alliance", lâche Gaudin en faisant référence à l'auteur du système Guérini. Sur son site internet, il est plus explicite : "Renaud Muselier nous a encouragé à ce rapprochement. Il a été, avec Bruno Gilles, le lien avec Lisette Narducci, et je ne crois pas qu’on puisse dire que c’est un ami de Guérini…" Les trois hommes étaient d'ailleurs ensemble en fin de journée dans le secteur de Bruno Gilles, histoire de prouver que ce grand écart politique n'avait pas nui à leur amitié.

La question de cet encombrant soutien n'est pas la préférée de Martine Vassal, chef de file d'une opposition au conseil général. Les élus UMP et UDI ont par exemple renoncé à demander des votes à bulletins secrets sur le budget. "Mais ce n'est pas à nous de poser la question mais aux socialistes qui le soutiennent en permanence. Qu'est-ce que je vais faire ? Je vais continuer à crier, à hurler, à crier, à hurler, à crier, à hurler ? Ça ne change rien. En face, ils sont entre trois et cinq à s'opposer selon les jours." Conseillère générale de Notre-Dame-du-Mont, Solange Biaggi est quant à elle plus directe : "On a toujours été très sympas, très corrects avec monsieur Guérini."

Ça grince des dents à l'UMP

Cette alliance inédite n'a pas fait que des heureux à droite, Solange Biaggi la première, mais Gaudin sait imposer les choses à ses troupes. "Rien n'est facile quand il faut rassembler mais c'est notre choix", commente le maire sortant bien parti pour un quatrième mandat. Solange Biaggi raconte avoir dû faire avaler la pilule à ses soutiens : "Ça a été difficile à annoncer aux militants mais ça l'a été surtout pour elle puisque ses candidats étaient des sortants. Nous, on leur a dit que l'on avait réussi à s'implanter sur le secteur en virant en tête au premier tour et qu'on allait y rester. On leur a dit de s'engager, de monter des associations et qu'on les ferait participer. Nous, on a les relais et on fera avancer ça."

Dans la journée, Marie-Claude Bruguière, responsable d'une association de commerçants et troisième sur les listes Biaggi au premier tour a appelé un journaliste de l'AFP pour lui dire qu'elle avait appris en conférence de presse l'association avec Narducci. Selon ce même journaliste, elle aurait souhaité se retirer. Finalement, elle nous annonce le contraire en soirée : "J'ai peut-être été un peu énervée mais j'ai un quartier à défendre, je reste avec madame Biaggi".

La fusion n'a pas été plus facile avec les militants UMP dans les 11e et 12e arrondissements même si Jean-Claude Gaudin considère que son ancien adjoint, Robert Assante, est à "sa place" à ses côtés. Assante et Valérie Boyer, la députée de ces quartiers ne se parlent plus depuis les législatives de 2012 où le premier s'était présenté (déjà !) en dissidence. La parlementaire devait à l'origine s'installer à la mairie de secteur : il a fallu tant bien que mal qu'elle accepte que le maire de secteur sortant conserve son fief. "J'ai d'autres perspectives", a-t-elle lâché dans une référence à peine voilée au poste de première adjointe qu'elle pourrait récupérer si d'aventure Dominique Tian ne devenait pas incontournable en battant Patrick Mennucci dans le 1/7. Le maire du 11/12 gardera son siège en cas de victoire mais a laissé ses colistiers du premier tour à la porte des conseils municipal et communautaire. Une réunion organisée lundi soir a été particulièrement houleuse : "J'ai été parler face aux militants. Il a fallu expliquer", commente avec un sourire plein de sous-entendus un des porteurs de nouvelles.

Après avoir dénoncé avec fracas la gestion Gaudin, Assante se range donc dans son sillon. Depuis sa mairie de secteur comme au conseil municipal, il entend conserver sa liberté de parole. Mais sa liberté d'actions sera sûrement bien plus restreinte. Comme pour Lisette Narducci dans le 2/3, une mairie de secteur offre surtout une visibilité, un très fort ancrage territorial, une médiatisation et un accès à l'information accrus. Mais le poste ressemble aussi par bien des aspects à celui d'un prince (ou d'une princesse) consort. Narducci et Assante ne seront pas majoritaires dans leur propre conseil d'arrondissements. Commentaire off d'un élu de l'équipe Gaudin : "Les mairies de secteur n'ont pas vraiment de pouvoir et leur rôle est limité. Leurs avis sont consultatifs et leurs compétences sont très spécifiques. Il y a un peu d'animation et pas grand chose à côté." Entre disponibilité systématique, compétence limitée et gestion des potelets, le poste en a déjà révulsé plus d'un. Il est donc plus facile d'y faire une place à ceux qui la considèrent comme leur Graal politique.


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