Privé d’extension, Auchan Aubagne réclame 300 millions à la métropole

Actualité
le 5 Avr 2018
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Chargé d’aménager une zone de 42 hectares en bordure de son hypermarché phare à Aubagne, Auchan a vu son projet gelé par la nouvelle municipalité (LR). Après une première victoire en justice, le géant de la distribution réclame 300 millions d’euros à la métropole.

Quand une promesse de campagne municipale vire à la bataille rangée. La société aubagnaise pour l’aménagement des Gargues (SAPAG) a remporté le 15 mars une victoire au tribunal administratif face à la mairie d’Aubagne, comme l’a annoncé La Marseillaise. Filiale d’Immochan, bras immobilier d’Auchan, elle contestait le gel de l’urbanisation de 42 hectares par le plan local d’urbanisme, ainsi que l’avait promis le maire Gérard Gazay (LR) avant son élection. Voisine de la zone commerciale de la Martelle, dont l’hypermarché Auchan est le vaisseau amiral, les Gargues devaient notamment accueillir 80 000 m2 de commerces supplémentaires, un multiplexe en prime. Une concurrence jugée mortifère pour le centre-ville par le nouvel édile.

Auchan 1, Gazay 0, place aux travaux ? Pas si vite. Le maire avait pris soin de mettre un deuxième coup de verrou via la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne. Sous la précédente mandature communiste, c’est elle qui a créé la zone d’aménagement concertée (ZAC) avant de conclure avec la SAPAG un contrat de concession pour sa mise en œuvre. Date de la signature : 25 février 2014, un mois avant les municipales. Arrivé aux manettes, Gérard Gazay a alors pesé pour que le dossier de réalisation ne soit pas validé par l’agglo, désormais présidée par son alliée UDI Sylvia Barthélémy. Plan local d’urbanisme ou pas, « le dossier de la ZAC n’étant pas adopté, [Immochan] ne peut pas la mettre en œuvre et avoir les permis de construire », résume Jean-Claude Gondard, directeur général des services de la métropole.

Auchan « a patiemment acheté la moitié des terrains »

La nouvelle institution a vu le dossier arriver dans son giron en mai 2017, sous la forme d’un courrier de la SAPAG. La société demande la résiliation du contrat de concession et une indemnisation d’environ 300 millions d’euros. « Mais la métropole va se défendre, argumenter. Ce n’est pas parce qu’il y a une demande d’indemnisation de 300 millions d’euros que l’on va être automatiquement condamnés », démine le haut fonctionnaire, pour qui ce montant est « démesuré ». Mais derrière cette assurance affichée, l’ampleur de la bataille a de quoi donner des sueurs froides au président de la métropole Jean-Claude Gaudin. « L’inquiétude, c’est d’avoir à payer in extenso ce qu’Auchan demande », souffle-t-il.

Sylvia Barthélémy est convaincue de la détermination d’Auchan. « On s’est rendus compte qu’ils ont patiemment acheté la moitié des terrains de la zone. Pour eux, c’est un projet absolument vital. » À travers sa filiale immobilière, il s’agit d’offrir un accélérateur à son hypermarché aubagnais, le 2e Auchan de France avec 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. « Mais aujourd’hui, les centres commerciaux doivent devenir des zones de loisirs, avec des cinémas, des jeux pour enfants, il s’agissait d’anticiper sur tout cela », analyse la présidente du conseil de territoire, ex agglo.

À gauche : vue aérienne des Gargues, bordée par les Paluds et la Martelle (source : Géoportail). À droite : carte du programme initialement prévu (source : SAPAG).

Du côté d’Immochan, le directeur général Paul Des Longchamps se refuse à tout commentaire, « compte tenu des autres actions contentieuses en cours », tout en souhaitant « que le bon sens revienne sur le sujet ». Une forme d’appel à la négociation, qui avait prévalu jusqu’en 2015. « Conscients du risque, nous avions négocié avec la SAPAG pour arriver à quelque chose de plus acceptable », rappelle Sylvia Barthélémy, qui cite l’abaissement des surfaces commerciales et du nombre de logements, au profit de locaux d’entreprises et d’un parc arboré, ainsi que la création d’un organisme chargé de redynamiser le centre-ville. « En tant que présidente de l’agglo, j’ai poussé le curseur au maximum de ce qui pouvait être fait. La nouvelle proposition a été rejetée par le maire d’Aubagne. »

Terres agricoles et pollution de l’air

La perspective d’une négociation ou d’une indemnisation, hérisse l’association Vivre à Gémenos, membre de France nature environnement. « Auchan est allé contre l’ensemble des avis, pas seulement le nôtre, ils ont pris leur risque », balaie René Chaix, président d’honneur. Créée alors que les zones d’activité prospéraient à Aubagne et dans la commune limitrophe de Gémenos, comme palliatif à la fermeture des chantiers navals de La Ciotat, l’association pensait avoir obtenu un consensus sur la préservation de la plaine agricole. Mais les « frontières » fixées n’incluaient pas les Gargues dont la présence paraît presque incongrue au milieu des panneaux publicitaires. Une poignée d’anciennes fermes, une pépinière, quelques bosquets meublent les grandes parcelles en friche coincées entre les deux zones, l’autoroute A52 vers Aix et l’A50 vers Marseille et Toulon.

Les premières enseignes de la zone de la Martelle, visibles depuis les hauteurs des Gargues.

Depuis 2012, les services de l’État ont formulé de nombreuses réserves sur cette ZAC des Gargues, principalement constituée de friches agricoles. « Les parcelles, bien que non exploitées actuellement, sont cependant vraisemblablement encore porteuses d’un potentiel agronomique non négligeable », alertait l’avis. Trafic automobile oblige, des doutes étaient également émis sur le risque lié à la pollution de l’air et au bruit pour les habitants des futurs logements et les enfants accueillis dans les écoles et crèches prévues.

En parallèle, la chambre de commerce et d’industrie s’était étonnée de cette extension avant même « la densification de la zone de la Martelle ». « Auchan a plus à gagner avec une amélioration des accès, de la signalétique, des abords paysagers. Qu’ils se démarquent en faisant un beau centre commercial, où les gens pourront se détendre ! », approuve René Chaix, pour qui « on a atteint les limites pour ce bassin de vie ». À Gémenos, « beaucoup d’usagers de la zone déboulent sur les petites routes en tentant d’échapper aux bouchons ».

Sollicitée par nos soins, l’ex-présidente de l’agglo Magali Giovannangeli (PC) n’a pas donné suite. En 2015, lors de la fameuse séance du conseil municipal où la ZAC a été refusée, elle défendait le projet de ZAC en faisant remarquer qu’il avait « donné lieu à maints débats publics ». Pour l’heure, le seul prévu sur l’avenir des Gargues se tiendra au tribunal administratif.

Cet article est également paru dans le mensuel régional le Ravi, dont nous sommes partenaires

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Decathlon, Alinea, Leroy Merlin, Cultura, Pimkie, Saint-Maclou, Kiabi, Boulanger, Kiloutou, Norauto et beaucoup d’autres enseignes, monstres capitalistes aux comptes opaques, se sont très très bien entendus avec les municipalités PC des BdR Aubagne et Martigues, au point de laisser pas mal de piades aux successeurs à Aubagne, à l’agglo, à Gémenos, à la Métropole… Merci !

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  2. Germanicus33 Germanicus33

    La municipalité actuelle d’Aubagne ne gère pas, son seul souci est la destruction de tous les projets projetant Aubagne dans l’avenir ! Un maire incompétent à virer !

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Je ne suis pas sûr que la multiplication ou l’extension des zones commerciales de périphérie soit une bonne façon de projeter une ville dans l’avenir… De nombreuses villes moyennes, en France, ont vu leur centre se vider de toute activité en raison d’une politique inconsidérée de création de zones commerciales autour d’elles. Ces zones incarnent peut-être d’autant moins l’avenir que, le plus souvent, elles ont été construites bien à l’abri de toute desserte en transport collectif et ne sont accessibles qu’en voiture.

      En France, nous sommes les champions d’Europe de la croissance des surfaces commerciales de périphérie (supérieure à la croissance de la consommation) et de la mort des centres-villes. Mais après avoir accordé pendant des années des permis de construire en veux-tu en voilà, les maires se lamentent aujourd’hui sur la déliquescence du petit commerce de proximité. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

      Le gouvernement vient de lancer un plan « Action cœur de ville » qui concerne 222 villes petites et moyennes… mais pas Aubagne (ni aucune autre ville du département à l’exception d’Arles et de Tarascon). L’une des particularités de ce plan est en effet que pour être éligibles, les villes ne doivent pas être situées dans le périmètre d’une métropole. Une manière subtile, sans doute, d’augmenter le rejet de celle d’Aix-Marseille par les habitants et les élus des communes dont le centre est en difficulté mais qui ont le tort d’en faire partie…

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  3. LN LN

    Je viens ajouter mon post ici, bien que n’ayant rien à voir avec Auchan mais il s’agit bien d’une extension dont on parle peu hélas, malgré les passe-droits, les arrangements qu’on connait si bien ici…
    En effet, ce matin, manif et conférence de presse (pas de Marsactu, dommage !) devant l’école Kedge qui compte faire son extension sur le domaine de Luminy en abattant entre autres, 300 arbres.
    Sauf que ca bouge et ca se mobilise à l’intérieur comme à l’extérieur de l’école :
    – le projet ne trouve pas d’entrepreneur pour terrasser le lieu
    – les étudiants n’en veulent pas et veulent intégrer la ville (on les comprend)
    – des écoetudiants sont harcelés pour mettre aux normes des piquets de leur jardin partagé contre les incendies (mais Kegde peut raser sans souci)
    – en matière de sécurité notamment pour les incendies, trop de monde serait pris dans ce cul de sac (promesses d’autres routes dans le Parc ?)
    – Union Calanques Littoral, Comité du Vieux Marseille, Sites & Monuments, Calanques 13 littoral, France Nature Environnement, Atelier Marseillais d’Initiatives en Écologie Urbaine, des Calanques et des Hommes et A.R.B.R.E.S se regroupent en collectif pour lutter contre la folie,
    Pour d’autres infos :
    http://www.lamarseillaise.fr/marseille/developpement-durable/69123-kedge-sur-des-braises-se-cherche-un-terrassier

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  4. Tarama Tarama

    Beaucoup de décisions néfastes depuis la bascule d’Aubagne à droite, mais là, on voit que le business avait bien lieu avant.
    M’enfin les cocos, s’ils avaient été écolos, on l’aurait su.

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