Fin de grève et signes d'espoir à la SNCM

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le 9 Jan 2014
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Non pas un oui mais un cri, une clameur qui vire au chant de supporteurs et résonne dans le salon du Danielle Casanova. Pour la deuxième fois, les salariés grévistes de la SNCM votent pour la reprise du travail. La première a eu lieu quelques minutes avant, à l’abri du regard des médias. Mais les représentants syndicaux l’assurent : pas une main ne s’est levée pour s’opposer à cette décision.

L’affirmation paraît crédible à voir les larges sourires, les embrassades et, çà et là, une larme écrasée au coin de l’œil. Marins ou sédentaires, ils ont le sentiment d’une victoire historique acquise dans l’union. Au nom de la CGT des marins, Yann Pantel le souligne au micro : "On est une famille et le gouvernement a compris qu’on ne touche pas à la famille !". Cette victoire, les représentants syndicaux l’ont obtenu la veille lors d’une table-ronde organisée au ministère des transports.

Dans l’ascenseur qui monte au salon, le représentant de la CFE-CGC, Maurice Perrin, montre son smartphone : le relevé de décision validé par Frédéric Cuvillier est arrivé sur un courrier à en-tête à 13h31 à peine. Les négociations ont duré toute la nuit et une partie de la matinée pour arriver à un accord.

Il prévoit deux volets que les grévistes estiment indissociables. D’abord, sur le plan interne à l’entreprise, le déblocage du "plan long terme" voté par les actionnaires et les représentants des salariés en juin dernier. Avec, au centre la commande "des deux premiers navires de type Ropax (mixant passagers et fret, ndlr)" au plus tard le 30 juin 2014. Le relevé de décision présente sur ce point des acteurs bien définis et un calendrier précis :

Le gouvernement a demandé à la Caisse des dépôts et la banque publique d’investissements de proposer sous deux mois une solution de financement pour le renouvellement de la flotte de la SNCM.

Elle devra être présentée "au plus tard le 15 avril" au conseil de surveillance de la compagnie. Au micro, devant les salariés réunis, le délégué de la CGT marins Frédéric Alpozzo insiste : "Le ministre l’a bien écrit, il s’agit des deux premiers navires. Deux autres seront commandés pour nous permettre de mettre en œuvre la délégation de service public de liaison avec la Corse. Et j’espère qu’ils seront construits au chantier naval STX, à Saint-Nazaire".

"La fin du dumping social"

Le deuxième point est plus large : "C’est une avancée sociale pour l’ensemble des travailleurs français", formule un syndicaliste. Il concerne la loi du 28 mai 2013 sur "l’État d’accueil". Le gouvernement a décidé d'amender son décret d'application dans le sens des revendications des organisations syndicales. Il s’agit d’étendre à l’ensemble des personnels opérant dans les eaux françaises "les règles du droit français". Pour Frédéric Alpozzo et la CGT des marins, c’est là un point essentiel pour faire cesser "le dumping social" de Corsica Ferries "Après cela, le ministre dit vouloir s’attaquer aux transports routiers", souligne le leader CGT qui se félicite que le Frédéric Cuvillier ait reçu un "mandat politique" en conseil des ministres pour avancer sur ce point.

Même s’ils se félicitent de cette victoire "historique" les salariés et leurs représentants se disent vigilants. L’accord trouvé donne de vrais signes d’espoir, il n’éloigne pas les lourds nuages qui pèsent encore sur l’avenir de la compagnie. A nul moment il n’a été question des 440 millions d’euros d’aides publiques cumulées dont la commission européenne demande le remboursement. "Dans ce dossier, tout se tient, rétorque Pierre Maupoint de Vandeul pour la CFECGC des officiers. Le gouvernement insiste justement pour que l’actionnariat reste stable jusqu’à ce qu’on ait trouvé des réponses à ces questions".

L'inquiétude subsiste

Plus tôt dans la matinée, dans une salle du siège de la compagnie, cette inquiétude était perceptible parmi les personnels sédentaires et cadres réunis en assemblée générale. Tous attentifs au discours de Maurice Perrin qui détaille point par point les avancées de la lutte. "Nous nous sommes battus pour les droits de la SNCM mais aussi pour les droits de la Corse, ceux de Marseille et de la France. Maintenant il faut qu’on fasse la meilleure saison possible".

En face de lui, certains font la moue : trop d’inconnues subsistent. "Ils restent des choses à régler avec la Corse", reconnaît Maurice Perrin. "Et avec les actionnaires…", ajoute un autre salarié. "Effectivement, là aussi, il reste des choses à régler avec Transdev, d’ici le 30 juin prochain. Mais on s’en occupera à ce moment-là", répond le délégué syndical. "Et les 440 millions de contentieux ?", rappelle un autre salarié. Cette fois, c’est Pierre Maupoint de Vandeul qui s’y colle : "Il existe des solutions. Nous n’avons pas le contenu des groupes de travail mais l’Etat à la volonté de stabiliser l’activité et de lancer des négociations politiques avec Bruxelles, c’est un signe que cela bouge". Avec la fin de la grève et la mise en branle du plan de sauvegarde de l’entreprise, les salariés ont enfin de quoi espérer. Mais le feuilleton SNCM est loin d’être fini.

Ci-dessous le relevé de décision de la table-ronde au ministère des transports :

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