Faute d’aménagements, le vélo reste toujours en panne à Aix et à Marseille

Décryptage
Clémentine Vaysse
20 janvier 2017 9

À peine 1,2% des habitants du département se rendent au travail en vélo. Un chiffre en deçà de la moyenne nationale. Marseille et Aix se distinguent par des taux très bas alors que la bicyclette progresse dans toutes les autres grandes villes.

Faut-il être fou pour rouler à vélo à Marseille ? Il y a quelques semaines notre chroniqueur Joël Gombin décortiquait les chiffres d’accidents de la route. En ressortait un nombre relativement bas de vélos impliqués – 54 – contre 1439 accidents corporels impliquant des deux-roues. Pas besoin d’être devin ou statisticien pour se rendre compte que ce chiffre doit être mis en regard avec le peu de vélos que l’on croise.

L’Insee s’est intéressée pour la première fois en 2015 à la part des trajets domicile-travail réalisés en vélo lors de sa traditionnelle campagne de recensement. Le résumé régional, présenté il y a quelques jours, est sobrement intitulé : « Aller travailler en vélo est peu fréquent en Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Si le constat n’est pas vraiment surprenant, la question mérite le détour.

1,5% à Marseille et à Aix

Au niveau départemental, le taux de recours au vélo pour les déplacements domicile-travail s’élève à 1,2%. Mais au-delà d’un retard sur la moyenne nationale (1,9 %), ce chiffre ne dit pas grand chose compte tenu du grand écart entre les territoires, urbains, périurbains ou ruraux. « Aix et Marseille ont un taux de 1,5 %, précise Alexandre Gautier, directeur adjoint de l’Insee PACA. Or traditionnellement dans les grandes villes l’usage du vélo est beaucoup plus fréquent. Bordeaux, Toulouse, Lyon et surtout Strasbourg ont des taux beaucoup plus élevés. »

Sans surprise, le recours au vélo diminue aussi à mesure que la distance entre le lieu de travail et le domicile s’allonge. « Au dessus de cinq kilomètres, son usage est très marginal », poursuit Alexandre Gautier. On imagine mal un pendulaire prendre deux heures chaque matin et soir pour relier Aix et Marseille en vélo…

La voiture reine y compris sur les trajets courts

Dans la métropole, tous trajets confondus soit 6,5 millions, le vélo tombe à 0,7 %. La voiture est reine, y compris sur les trajets courts. « 39 % des déplacements de moins de 3 kilomètres se font en voiture (15 minutes en vélo) », explique l’agenda métropolitain des transports, document stratégique de la nouvelle collectivité. « Cela s’explique », commente Cyril Pimentel, coordinateur de l’association Vélos en Ville. Les 1,5 % de trajets en vélos sont la conséquence d’une volonté politique. Vu le peu de moyens déployés c’est déjà beaucoup. Si on met trois francs six sous, la part des vélos va exploser. Il ne faut pas confondre les véritables freins et les excuses, défend-il. Aux Pays-Bas, où tout le monde se déplace en vélo, il y a 30 kilomètres / heure de vent toute l’année et en plus il fait froid ».

L’association a fait condamner à cinq reprises l’ancienne communauté urbaine pour des absences d’espaces réservés à la circulation des vélos. « On gagne une fois, deux fois, cinq fois. Pour les aménagements du boulevard d’Athènes, la collectivité est condamnée en appel. Deux ans plus tard, rien n’a été fait ». L’élu à la métropole en charge de la mobilité, Jean-Pierre Serrus souhaite désormais que « les choses se fassent dans la concertation pour éviter les recours ».

Des bus avec des racks à vélo

Un petit schéma issu de l’agenda métropolitain des transports

« Souvent on me demande si c’est un problème de pistes cyclables, rétorque l’élu. C’est un ensemble, il y a aussi le comportement des automobilistes dont la prise de conscience de la vulnérabilité des cyclistes n’est pas suffisante. Sur le vélo, nous sommes plusieurs acteurs, il y a aussi la région et le département ».

À ses yeux, le vélo s’inscrit dans l’intermodalité, et ainsi d’utiliser plusieurs modes de transport consécutivement. « Nous sommes par exemple en train de tester des bus à Salon où on peut accrocher les vélos à l’arrière, illustre le vice-président et maire de la Roque d’Anthéron. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui qu’on va généraliser cela sur toutes les lignes ». Les bus équipés de racks sur le devant pour les vélos, comme au Canada, ce n’est donc pas tout à fait pour demain.

Voté en décembre dernier, l’agenda de la mobilité est relativement timide sur le sujet. Il se contente de proposer que soit prolongé le système d’aides à l’achat de vélos à assistance électrique. Avec 1000 aides à distribuer en 2017, la collectivité espère convertir « 650 000 kilomètres parcourus en voiture ». Elle imagine également proposer un service de location longue durée de vélos, « probablement avec un partenaire privé », détaille Jean-Pierre Serrus.

En revanche, les collectivités n’en sont pas à leur premier « plan stratégique » sur le développement du vélo dont les résultats sont très loin des objectifs annoncés. Certains se souviendront sans doute de la carte rêvée des pistes cyclables, présentée en 2014, dans le « schéma directeur des modes doux ». La même promesse, ou presque, était déjà faite en 2011. Depuis, les aménagements prévus n’ont pas vu le jour mais les « modes doux » sont devenus « actifs ».

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commentaires

Commentaires

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  1. Electeur du 8e

    M. Gaudin n’a pas encore proposé de construire des tunnels à vélos en PPP avec Eiffage-Bouygues-Vinci ?

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  2. Philippe Boeglin

    Eh bien puisque le vélo reste une cause perdue à Marseille (en réélisant Gaudin on savait à quoi s’attendre sur le sujet…), je me console en me disant que je suis le marseillais sur 66,7 autres qui va au travail à vélo.
    Quant au fait de la transformation des modes « doux » en modes « actifs », elle n’est pas si anodine qu’elle en a l’air car elle est en cours à l’échelle de toute la France !
    Le terme « actif » est à la fois plus réaliste et plus « sexy » que « doux » (ce n’est pas doux de faire du vélo, ce qui est doux c’est d’avoir les fesses au chaud et de klaxonner comme un bourrin tout en polluant l’air…). Par ailleurs « doux » était si imprécis que dans des documents du PDU il y a quelques années, MPM est allée jusqu’à y classer les voitures électriques et le co-voiturage…
    Pour ma part je propose un aménagement radical et qui règlera tout : 10 panneaux « 30 km/h » à mettre aux dix entrées dans Marseille. Cela sécuriserait toute la circulation active (piéton, vélo etc) et c’est de toutes façons déjà plus de 2 fois supérieur à la vitesse moyenne d’une voiture dans l’agglomération. Quitte à faire quelques axes « 50 km/h » là où ça se justifie (absence de risques, grands axes).
    Ce sera toujours moins cher que des aménagements cyclables que la ville dne fait pas dans 50 % des cas, et que personne ne respecte dans les autres 50 % des cas.

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    • Court-Jus

      Je vais également au taf en vélo, et effectivement il faut sans doute arrêter de rêver à des pistes cyclables. Entre le coût qu’elles représentent, le fait que les rares qui sont réalisées soient bâclées et non respectées comme à Chave et le manque de place sur les axes du centre ville, il faut passer à autre chose.
      La limitation de vitesse à 30 pourquoi pas. Il parait même qu’en synchronisant les feux sur une vitesse de 20 km/h on arrive à fluidifier le traffic.

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    • Pascal

      50 km/h ce serait déjà bien … si c’était respecté. Sur le boulevard du littoral j’estime la vitesse moyenne à 80 km/h aux heures « pleines ». Après 19 h de nombreux véhicules circulent à plus de 90 km/h. Les bus le la RTM ne sont d’ailleurs pas en reste.

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  3. Jean Luc

    Faute d’aménagements, le vélo reste toujours en panne à Aix et à Marseille
    Malheureusement, on peut parier que la panne va durer encore très longtemps…En effet, la volonté d’une politique cyclable n’existe toujours pas vu qu’on garde les mêmes élus à la tête de notre nouvelle métropole. Gaudin, Joissain, etc…
    La transversalité nécessaire entre les services de la CUMPM pour mener une telle politique cyclable n’existait pas. Par quel miracle en serait il autrement aujourd’hui?
    Jusqu’ici, le gros argument tarte à la crème était de dire:
    « Tant que la L2 n’est pas terminée, on ne peut pas faire grand choses pour le vélo » sous entendu: « Quand elle sera construite, on nagera dans le bonheur cycliste »
    Fort bien !
    Mais il y a juste une énorme petite erreur de raisonnement là dedans…
    Les expériences précédentes (A86, Francilienne en région parisienne, autres?) prouvent que les nouvelles infrastructures(ici la L2) sont très rapidement saturées alors qu’elles étaient sensées amener de la fluidité. Que s’est il donc passé?
    Ben…, les automobilistes se disent qu’avec la L2, il sera plus facile de se déplacer, donc plus rapide, donc plus attrayant, donc je prend ma voiture là où, avant, je me serais abstenu à cause des bouchons, amenant donc une augmentation de trafic.
    Construire une infrastructure pour la voiture ou le train ou le vélo ou les piétons revient à encourager l’usage de la voiture ou du train ou du vélo ou de la marche à pied ! Lapalissade, certes, mais ô combien puissante…
    En conclusion, l’Etat, la région PACA, le CD et la CUMPM ont financé le moyen de faire passer les voitures « ailleurs », mais en bien plus grand nombre, donc financé la congestion automobile et la pollution à venir. 1,2 milliard €…
    Bref, l’investissement de l’argent public est un bon indicateur de la véritable volonté politique…
    Bon, moi, je vais vider mon sac à vomi …

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    • Philippe Boeglin

      Pour aller dans votre sens, je vous confie une formule (je ne sais plus de qui c’est mais ça explique bien des choses) : « La voiture est comme un gaz, elle remplit tout l’espace qu’on lui donne ».

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  4. Juliette

    Je suis un peu surprise qu’au dessus de 5km l’usage soit si marginal.
    A Marseille, avec les difficultés de circulation, les trajets en vélo me prennent au minima 2 fois moins longtemps qu’en voiture (et je ne compte pas le temps pour se garer).
    C’est d’autant plus rentable que la distance à parcourir est longue (10 km, c’est sans souci, ça ne fait guère que 30 minutes en vélo).
    Pour moi, la plus grosse difficulté pour les cyclistes est de trouver des axes « sympas » à emprunter (ça prend parfois un peu de temps). Vélos en ville avait publié un petit guide pas mal sur le sujet, avec des itinéraires.
    Bref, vive le vélo (électrique :))!

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  5. barbapapa

    Abonné à le Vélo Marseille depuis env 6 ans, je fais plusieurs trajets quotidiens travail+ courses lorsque le réseau le permet.
    Outre le côté scandaleux des aménagements pour les « transports doux », une partie non négligeable des automobilistes, y compris des professionnels du transport ambulanciers ou taxis, ont à Marseille une attitude plus qu’agressive envers les vélos qui osent circuler sur leur bitume, y compris lorsqu’ils sont à fond sur une voie limitée à 30 km/h… Ils n’ont pas la priorité lorsqu’ils sont prioritaires… On peut les frôler pour gagner 2 secondes de temps… Barbarie mentale même, le cyclocipédiste est pour eux plus « pède » que cycliste…

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  6. neomars

     » L’élu à la métropole en charge de la mobilité, Jean-Pierre Serrus souhaite désormais que « les choses se fassent dans la concertation pour éviter les recours ». »
    Comme quoi, même avec la tête dure, nos décideurs finissent par comprendre des choses … il faut juste que les citoyens se regroupent un peu (pour le soutient moral) et n’attendent pas trop de mensonges pour commencer à « cogner » légalement sans sensiblerie. Après avoir établi ce bon « rapport de force », on peu construire ensemble !

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