Exposition Albert Camus, tout ça pour ça

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le 5 Fév 2013
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Exposition Albert Camus, tout ça pour ça
Exposition Albert Camus, tout ça pour ça

Exposition Albert Camus, tout ça pour ça

En découvrant l'exposition Camus réduite à quelques mètres carrés au sein du centre de documentation Albert Camus, une petite bâtisse dans la cour de la Cité du livre d'Aix, on se souvient de l'aveu de l'ancien directeur de Marseille-Provence 2013, Bernard Latarjet. Dans un entretien à Marsactu, il lâchait : "J'ai un gros regret personnel concernant l'exposition Camus […]. Je pensais qu'en 2013, avec le centenaire de la naissance de Camus, Marseille serait le coeur d'un ensemble de manifestations internationales. Cela ne sera pas le cas". Pis, on ne peut qu'imaginer sans peine le haussement d'épaules ou l'air désappointé de l'ancien bâtisseur de la capitale. Sans réjouissance aucune.

Valorisation du fonds

Finalement, ce qui devait être l'une des expositions emblématiques de l'année capitale se limite bel et bien à une seule "valorisation du fonds Camus", labellisée par MP2013, comme l'avait d'ailleurs annoncé avec optimisme forcé Sophie Joissains, adjointe à la culture à la mairie d'Aix-en-Provence, au lendemain de la démission du philosophe Michel Onfray. Celui-ci, nommé commissaire d'exposition devait remplacer l'historien Benjamin Stora, brusquement remercié par l'association après quatre ans de travail. Sophie Joissains ajoutait toutefois que, commissaire d'exposition ou non, le projet serait "tout aussi ambitieux que ce qui était prévu initialement." Déjà, à trois mois du lancement de l'année capitale, il y avait de quoi se montrer dubitatif.

Aujourd'hui, cette ambition se résume à quelques documents prêtés par la fille de l'écrivain, Catherine Camus, également propriétaire du fonds d'archives. Elle comprend deux volets dont la présentation s'échelonne jusqu'en juillet 2013. Le premier, visible jusqu'au 6 avril, intitulé les recueils d'Albert Camus des essais aux nouvelles (1937-1957) propose, dans cinq vitrines, quelques lettres manuscrites de l'auteur, moins d'une dizaine de photographies et des extraits de romans. Il s'agit principalement de L'été (1954), Noces à Tipasa (1938), L'envers et l'endroit (1937), L'exil et le royaume (1957). Des artistes plasticiens, illustrateurs ou peintres ont également réalisé une oeuvre en lien avec Albert Camus, comme Michaël Magne, Denise le Dantec, Anne Barroil, Nathalie Dumonteil et Philippe Croq.

Exit l'homme révolté

En mai suivra le second volet, Albert Camus, les couleurs d'une oeuvre. Il est question de retranscrire la couleur à travers les écrits de l'auteur, tout en proposant un parcours scénographique réalisé par un collectif d'artistes contemporains autour des citations issues de son oeuvre. Le troisième volet, intitulé Albert Camus, citoyen du monde, visible à partir d'octobre, entend illustrer le caractère universel de la pensée de l'écrivain à partir de parcours géographiques. Exit "Camus, un étranger qui nous ressemble", titre de l'exposition envisagée par Benjamin Stora, tout comme l'Homme révolté de Michel Onfray. Disparue la contextualisation historique des écrits du journaliste, inscrits dans les derniers temps de l'Algérie française. Ignorés les engagements philosophiques de l'auteur qui fondent pourtant la matrice de son oeuvre. Albert Camus n'est envisagé qu'à travers une période limitée de sa vie et via un angle particulièrement consensuel.

On ne peut en faire le reproche à un éventuel commissaire d'exposition, puisque la rétrospective s'en trouve démunie. Seule certitude, la frange de l'électorat nostalgérique d'Aix-en-Provence peut dès lors visiter l'exposition sans craindre d'en ressortir froissé. La capitale de la culture, elle, a visiblement capitulé face aux pressions de certains détracteurs mal avisés. Une contradiction évidente avec la posture du journaliste engagé de Combat qui écrivait dans Le mythe de Sisyphe, "l'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte". Pas la compromission.

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Commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    “Nostalgérique”…Ca sonne bien…
    C’est percutant, ça mèle des concepts…On dirait un slogan de pub…Bien racoleur, bien reducteur…

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  2. Anonyme Anonyme

    Le nom de l’exposition de B. Stora était “Camus un étrange qui nous ressemble”, et ce sont trois expositions labelisées MP13 qui auront lieu à Aix, dont une d’envergure intitulée “Albert Camus citoyen du monde” au troisième trimestre 2013. Belle rigueur journalistique… je suis désespéré… comme tous les lecteurs du Camus journaliste confrontés quotidiennement à tant de bassesse… Aurez-vous au moins la décence de rectifier ?

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  3. Anonyme Anonyme

    J’ai visité la pseudo-Exposition “Camus”. Quelle tristesse. Je pense que MP2013 aurait dû l’enlever de la programmation officielle. Tout ce bla bla pour du vide. ça donne une image triste du personnage.
    Au passage, plusieurs expositions MP2013 en cours (ICI et ailleurs marseille, Cadavres exquis Aix, Varda Aix et Méditerranées marseille) sont pour moi “d’aucun intérêt” (ni belle, ni intéressante, n’apporte rien et des fois même du vol comme au J1 9€ pour s’ennuyer en “Méditerranées”). heureusement qu’il y a des Koudelka…
    Je n’ai pas encore tout vu…

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  4. cirta cirta

    Le terme nostalgerique a été inventee par la LDH pour continuer à taper sur tous les pieds noirs….Tous ceux qui etaient Algerie francaise etaient loin d’etre tous des fascistes…
    On vous rappellera car vous semblez l’ignorer qu’un decret du 20 mars 1962 a interdit à tous les habitants des DOM d’Algerie pour ratifier ou non les accords d’Evian.Alors que c’etaient les premiers concernés…Qu’aurait dit Camus en voyant l’assassinat de son peuple?
    Mon arriere grand mere maternelle etait de Mondovi…
    Le premier homme est l’ouvrage essentiel pour comprendre comme nous ont appelé les Francais,les pieds noirs.
    Quand je pense au cimetiere du Khroubs et de Mondovi ou sont enterrés une grande partie de mes ancetres,suis-je un nostalgerique.B Stora a-t-il protesté une seule fois contre cette ignominie.
    Tout ce que je sais ,c’est que je mourrai ici en exil.,algerien de terre et francais de nationalité …aprés un grand derangement,grand point commun avec les Quebecquois….Je vous ai compris…
    Pied noir en exil,depuis le 18 octobre 1962….Compatriote de Macias,Cohen Tanuggi et Jc Heberlet ou Paul Amar qui pensent toujours à leur terre natale,de dangereux nostalgeriques surement….

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  5. michéle michéle

    L’exposition sur Albert Camus a été sabotée . Albert Camus était un homme “LIBRE” un vrai et même 53 ans aprés sa mort cet homme libre semble deranger .Des imbeciles le tuent pour la seconde fois . MONSIEUR CAMUS VOUS ETES ET RESTEREZ TOUJOURS LIBRE ET VIVANT DANS LE COEUR DE CEUX QUI VOUS AIMENT .

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  6. cirta cirta

    Merci de m ‘avoir censuré..Entierement d’accord avec le mail precedent…
    A l’INSEE,je suis compté comme personne née à l’etranger,alors que je suis né dans un DOM…
    Camus mondovien aurait apprecié.

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  7. Anonyme Anonyme

    Quelles que soient les tentatives de récupération , elles seront toujours écrasées par l’oeuvre de Camus, révolutionaire ( au bon sens du terme ), LIBRE , militant antiraciste par ses oeuvres engagées, anti guerre dans une période pourtant ou c’était un signe de désertion et de lâcheté enfin du Camus !!!!
    Toutes les gesticulations et tentatives de récupération n’y changeront rien, n’en déplaise aux nostalgiques de ces” temps” que Camus dénonçait avec la réflexion d’un homme intelligent, affranchi de toutes les contraintes sociales , religieuses et faussement morales.
    Merci Camus pour ta pensée … et je me passerai d’Aix …

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  8. Jef Jef

    Dommage, j’etais tres excité a l’idee d’une exposition tant sur son oeuvre litteraire que son engagement politique…. hélas trois fois hélas ce sont des influenes/imperatifs politiques locaux qui auront eu raison de l’homme révolté

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  9. cheblanc cheblanc

    Une exposition c’est bien, mais Camus c’est dans la lecture et la re-lecture de ses livres que je le préfère. Alors…!

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  10. Anonyalexcostatntinosme Anonyalexcostatntinosme

    en tout petit petit , et en cherchant bien on decouvre
    ” L’exposition Camus, à la Cité du livre d’Aix-en-Provence”
    vous ne pensez pas que ça meritait un titre …

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