Entre Castellane et Luminy, la métropole lance son bus B1 en oubliant la moitié des travaux

Décryptage
Julien Vinzent_
18 Sep 2018 20

Depuis la rentrée, le bus 21 est officiellement devenu B1, marquant la fin des travaux entre Mazargues et Luminy. Au passage, la métropole a reporté sine die le réaménagement de l'avenue du Prado et du boulevard Michelet, rognant sur les promesses d'un bus vraiment plus rapide que son prédécesseur.

“Première rentrée pour la ligne de BHNS B1 Castellane – Luminy !” En ce 31 août, alors que des milliers d’étudiants s’apprêtent à retrouver le grand campus du sud-est de Marseille, le communiqué de la métropole est enthousiaste : après des années de chantier, ils disposeront avec ce bus à haut niveau de service (BHNS) d’“un mode de transport rapide, circulant sur une voie dédiée, en parallèle d’un trafic automobile souvent très dense sur cet axe”. Le B1 remplace ainsi l’ancienne ligne 21, qui était déjà l’une des plus empruntées du réseau RTM. Problème, il ne va pas beaucoup plus que son prédécesseur.

Sur la route de la fac, les abribus sentent le neuf, de même que les trottoirs, les pistes cyclables. Tellement neufs, que les poteaux censés porter les panneaux indiquant l’heure du prochain passage sont encore entourés de film plastique. Sur le Prado, en revanche, rien n’a bougé si ce n’est le nom de la ligne. De fait, c’est d’un semi-B1 qui a été mis en service. Seul le tronçon entre l’obélisque de Mazargues et Luminy a fait l’objet de travaux, soit 5,4 km sur les 9,7 km de trajet.

Aurait-on, très discrètement, oublié la partie entre Castellane et Mazargues ? “Ce n’est pas programmé, mais ce n’est pas abandonné”, manœuvre Yannick Tondut, directeur général adjoint de la métropole chargé de la mobilité, interrogé en marge d’une conférence de presse. L’État, qui a accordé un financement de 3,4 millions d’euros (sur un total alors évalué à 52,5 millions), sera heureux de l’apprendre. Le projet constituait également un des engagements de la métropole dans le cadre du plan Campus, signé avec l’État et l’université.

Véhicule non prioritaire

Dans sa réponse officielle à Marsactu, la collectivité n’explique en rien ce coup de frein. Elle souligne par écrit que “la ligne B1 circule déjà depuis plusieurs années maintenant en site propre entre la place Castellane et l’obélisque de Mazargues”. Certes, sur le Prado et Michelet, il y a déjà un couloir de bus. Sauf qu’un BHNS, ce n’est pas qu’un bus filant dans son couloir. Pour améliorer leur rapidité, ces lignes bénéficient d’un système de priorité aux feux : le feu vert est déclenché automatiquement lorsque le bus arrive à proximité. L’enjeu n’est pas mince sur le Prado et Michelet : nous en avons compté 32 sur cette portion.

Entre Mazargues et Luminy, les arrêts ont été espacés. Pas ailleurs.

“Il est effectivement prévu de donner une priorité aux feux à cette ligne, néanmoins la métropole étudie actuellement l’intégration d’autres lignes comme la ligne 19, nous explique-t-on. Une décision votée en décembre 2017, un an après le démarrage prévu des travaux sur cette section. Or, la ligne qui rejoint la Madrague de Montredon passe par le Prado comme le B1. Ce qui complique un peu les choses avec deux bus prioritaires aux feux sur la même avenue.

Autre élément important pour gagner encore du temps de parcours : diminuer le nombre d’arrêt. Le BHNS en compte à peu près autant de stations qu’un tramway. La section Prado-Michelet devait passer de 18 à 11 arrêts, mis aux normes d’accessibilité. Là encore, l’absence de travaux signifie le statu quo. Les arrêts Obélisque et Michelet Blanc sont ainsi séparés par 100 petits mètres. Résultat : le B1 passe une bonne partie de son temps à l’arrêt.

Gain de temps pas évident

Malgré cela, le communiqué de la métropole continue de promettre que les voyageurs “gagneront 7 à 8 minutes” sur un trajet qui prenait à l’origine 34 minutes “aux heures de pointe”, peut-on lire dans le dossier d’enquête publique. “Les gains de temps obtenus depuis sont déjà très significatifs”, insiste la métropole. Et pourtant, un simple tour sur le site de la RTM permet d’en douter. La grille horaire est formelle. Pour les lève-tôt, le bus au départ de Castellane à 7 h met 29 minutes à parvenir au terminus, soit déjà deux minutes de plus que promis. À 7 h 30, il faut compter 31 minutes. À partir de 8 h 02 et jusqu’à 9 h, on atteint même 35 minutes. Le pic se situe le soir, dans le sens Luminy vers Castellane : 37 minutes soit… 3 minutes de plus que la moyenne annoncée. Le tout pour un coût de plusieurs dizaines de millions d’euros. En s’extrayant des bouchons sur 70 % de son trajet, le B1 gagne en revanche probablement en fiabilité.

Maire LR du secteur traversé, les 6e et 8e arrondissements, Yves Moraine ne semble pas mortifié par cette révision du chantier: “Je n’ai jamais été un grand fan du BHNS, j’aurais préféré une prolongation du tramway”, souffle-t-il. Le BHNS a tout de même un point commun avec le tramway : il permet généralement de réaménager les axes traversés. C’était le cas du projet initial, dessiné par l’architecte Corinne Vezzoni, qui devait refondre “les terre-pleins, les contre-allées et les trottoirs en pied de façade”.

Sur le Prado, certains trottoirs vont rester étroits.

Il s’agissait pour l’essentiel de faciliter le passage des piétons, notamment les personnes à mobilité réduite. À certains endroits, le trottoir se réduit à 80 petits centimètres. Le projet visait un minimum de 2,5 mètres. Quant aux vélos, ils devaient bénéficier d’une bande sur le terre-plein un peu plus identifiée qu’aujourd’hui, où l’on peine à distinguer un quelconque marquage. Conservant les 4 voies centrales et élargissant un peu le couloir de bus, le projet prévoyait principalement de rogner sur les contre-allées, réduites à une voie, et le stationnement latéral. De quoi réveiller des hostilités ?

“Le Prado et Michelet ne nécessitent pas de travaux”

Dès la fin de l’enquête publique, en décembre 2013, la communauté urbaine de l’époque préparait le terrain à un enterrement. S’agissant d’“axes historiques et structurants de Marseille”, le réaménagement “doit emporter l’adhésion de tous les usagers et riverains”, justifiait la délibération. “Les études seront approfondies afin de concevoir un projet urbain concerté, prenant en compte l’ensemble des usages (marchés, terrasses commerciales, stationnement, circulations piétonnes et cyclistes)”, promettait-elle.

S’il assure n’être pour rien dans ce blocage, Yves Moraine précise n’avoir “jamais demandé de travaux sur le Prado et Michelet. Les terre-pleins sont en bon état, la piste cyclable existe, l’aménagement actuel ne nécessite pas de travaux. Par contre, je pense qu’un jour il faudrait faire une étude pour supprimer les contre-allées et étendre les terre-pleins jusqu’aux immeubles.” Un nouveau Prado, plus ambitieux, plus cher, qui devrait en attendant geler tout autre projet.

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