En Camargue, le département accélère sur le projet de pont à la place du bac de Barcarin

Info Marsactu
Violette Artaud
9 Mai 2018 5

Le département des Bouches-du-Rhône vient de lancer un appel d'offres pour la réalisation du pont qui doit relier Salin-de-Giraud à Port-Saint-Louis. Un sérieux coup d'accélérateur pour ce projet qui fait débat depuis des dizaines d'années notamment pour ses effets potentiels sur l'environnement fragile de la Camargue.

Capture d'un des panneaux de l'exposition de la concertation publique.

Capture d'un des panneaux de l'exposition de la concertation publique.

D’un petit trait de quelques millimètres sur une carte à une véritable révolution dans le quotidien de centaines de Camarguais, la bascule se rapproche. Le projet de pont entre Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis-du-Rhône, qui cristallise le débat depuis des années est désormais sur les rails : le 11 avril dernier, le département a lancé un appel d’offres pour étudier et construire “le franchissement du Rhône” par un pont à cet endroit. Début espéré des travaux : 2025.

Une bonne nouvelle pour nombre de Salinois, obligés actuellement de parcourir quelques trente kilomètres pour rejoindre Port-Saint-Louis ou de supporter les aléas d’un bac qui multiplie les pannes. Pour d’autres, ce projet actera la fin de la tranquillité propre à ce bout du monde camarguais, une des portes d’entrée d’un joyau écologique classé parc régional. Après quinze ans de tâtonnements, la collectivité territoriale semble avoir définitivement tranché et met un coup d’accélérateur sur ce dossier… Sans pour autant éclaircir le flou qui règne encore autour de problématiques – notamment environnementales – indissociables du projet.

“L’année dernière, Martine Vassal [présidente LR du département. Ndlr] nous a dit que nous serions très vite informés de l’avancée de ce projet. Mais visiblement, le dossier suit son cours sans que l’on nous tienne au courant. J’ai pris connaissance de l’appel d’offres en lisant la presse”, s’inquiète Nicolas Koukas, conseiller départemental communiste. Après s’être opposé au projet, l’élu arlésien avait finalement approuvé en juin 2017, la proposition de Martine Vassal d’une concertation publique sur le sujet, qui s’est tenue en novembre dernier.

“Consultation stratégique et chronophage”

Étalées sur deux semaines, des permanences ont été organisées dans trois mairies différentes – Salin, Port-Saint-Louis et le Sambuc -, à raison de deux demi-journées par mairie. Les habitants étaient invités à s’y rendre pour poser des questions, donner un avis ou consulter les informations affichées sur des panneaux. Cette consultation devait “permettre au public de mieux appréhender les enjeux de cette continuité territoriale”, annonçait le département par voie de communiqué en novembre dernier. “Finalement, peu d’informations ont circulé durant cette concertation. D’autant plus que les horaires étaient compliqués et ne pouvaient pas convenir aux actifs”, regrette aujourd’hui Nicolas Koukas, par ailleurs adjoint au maire d’Arles.

Sur ces panneaux que Marsactu a pu consulter, les informations concernant le projet de pont en lui-même, noyées par des indications très générales sur le territoire, restent peu nombreuses et assez nébuleuses. Pourtant ce pont, en projet depuis quinze ans, a déjà fait l’objet d’études. Seul un calendrier évoque, dans les grandes lignes, les étapes à venir (nouvelle concertation et enquête publique puis fouilles archéologiques avant un début des travaux en 2025), tandis qu’un autre expose brièvement ses avantages (voir ci-dessous).

Un autre élément ajoute au sentiment d’accélération soudaine sur un projet aux contours encore flous : selon le rapport qui définit son cadre, la concertation ne devait “démarrer que lorsqu’un maître d’œuvre aura été retenu et que les études seront engagées”. Elle a pourtant eu lieu cinq mois avant le lancement de l’appel d’offres qui vise à déterminer ce maître d’œuvre, celui-là même chargé de réaliser les études préalables à la construction d’un tel ouvrage.

Si une enquête publique obligatoire et encadrée par la loi doit encore avoir lieu et que d’autres consultations publiques sont prévues, la question de l’intérêt d’une concertation sur un projet dont les études préalables n’ont pas encore été lancées et dont on ignore donc pour le moment les tenants et les aboutissants s’impose. Tandis que le département a refusé de répondre aux questions de Marsactu sur le sujet, l’appel d’offres apporte un élément de réponse : “La concertation des institutionnels et acteurs locaux revêt une importance stratégique dans ce projet et sera chronophage”, peut-on y lire. Pas de quoi rassurer Nicolas Koukas: “Nous serons très attentifs sur le fait que les élus du canton ainsi que la population soient associés à ce projet car pour le moment, nous n’avons aucun retour”, conclut-il.

Crises hydrauliques et hot spot de la biodiversité menacé

Si le département semble donc lancé sur ce projet à 40 millions d’euros – soit presque deux fois le montant prévu en 2004 -, certains s’inquiètent des conséquences économiques et environnementales du projet. “Ce pont est une aberration, ne peut se contenir Alain Dervieux, adjoint arlésien sans étiquette délégué à la gestion de l’eau et par ailleurs écologue au CNRS. Crues, fortes précipitations, changement climatique… Les crises hydrauliques vont être de plus en plus importantes. Il faudra donc construire un pont aux fondations extrêmement solides. Je suis très dubitatif sur le coût annoncé de 40 millions d’euros”, entame-t-il avant de soulever une autre problématique.

“Le Rhône est un fleuve très large. Les dernières études montraient que la seule possibilité était de construire ce pont au Sambuc.” Soit près de 15 kilomètres en amont de Salin-de-Giraud. Aujourd’hui, l’emplacement précis du pont reste inconnu, bien que des visuels (affichés sur les panneaux de la “consultation”) le placent à l’endroit où circule actuellement le bac. “Ce n’est pas possible de faire un pont à cet endroit, c’est un coup de bluff”, poursuit l’élu. Alain Dervieux redoute par ailleurs les conséquences écologiques d’un pont aux portes du parc régional de Camargue : “Forcement, cela va induire une augmentation du trafic routier et cela aura un impact sur les oiseaux, les insectes, les reptiles, s’inquiète l’écologue. On parle peu de ce phénomène mais on sait très bien que sur des hotspots de biodiversité, le trafic routier est une cause importante dans la mortalité de ces espèces.”

Image extraite des panneaux d’affichage de la concertation publique de novembre.

Loin d’être écartées, les problématiques liées à l’environnement occupent une place conséquente dans l’appel d’offres publié le mois dernier. Ainsi, le candidat qui l’emportera devra, avant de s’attaquer à l’ouvrage, réaliser des études préalables sur ce sujet. Détaillée dans un cahier des charges annexe, la partie concernant les études liées aux impacts environnementaux est de loin la plus fournie. Études sur le trafic, études hydrogéologiques, études d’impact sur les nappes phréatiques et le fleuve, évaluation des incidences sur un site classé Natura 2000, demandes de dérogation au code de l’environnement portant sur les espèces protégées… Autant d’interrogations qui restent à ce stade sans réponses.

Seule contrainte de nature à rassurer les écologistes à ce stade, le maître d’œuvre devra réfléchir à un moyen de réguler la fréquentation sur le pont. “Un dispositif permettant de réguler le trafic sera étudié afin d’éviter que l’ouvrage puisse être accusé de générer un « déferlement » de véhicules en Camargue. De plus, la vitesse sur l’ouvrage devra être limitée à 50 km/h”, peut-on encore lire dans le document. Un dispositif qui, comme beaucoup d’autres critères dans ce projet, reste donc encore à définir.

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