En 2013, le tunnel Prado Carénage a continué de rouler sur l'or

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Clémentine Vaysse
5 Fév 2014 9

"C'est comme si vous achetiez un appartement à crédit…" Les années passent, les explications de la direction de la société du tunnel Prado Carénage (SMTPC) restent les mêmes. L'entreprise cotée en bourse a révélé cette semaine ses résultats pour l'année 2013 : les chiffres sont bons, très bons. Les deux actionnaires principaux, Vinci et Eiffage, commencent à voir le bout du crédit. Pour ses vingt ans, outre un petit frère – Prado Sud – le tunnel s'offre un résultat net plus important que jamais : 11,4 millions d'euros dont une bonne part se retrouve ensuite dans la poche des actionnaires. 

Avec 16,2 millions de passages, le tunnel Prado Carénage retrouve son pic de fréquentation de 2007. "Cela découle du succès de la capitale européenne de la culture, explique Jacques Feron, directeur général. Même si janvier et février étaient en baisse". Ainsi le chiffre d'affaire est à la hausse avec 36,7 millions d'euros en 2013, soit 1,5 million de plus que l'année précédente. "Cette croissance est portée uniquement par l'augmentation du trafic, poursuit le directeur. La dernière augmentation tarifaire datait du 1er janvier 2012". Au début de cette année, le tarif a augmenté de dix centimes, passant à 2,8 euros pour 2,5 kilomètres de traversée. D'ailleurs, si le DG loue la tempérance tarifaire, du côté des usagers, on voit surtout que le prix a considérablement augmenté depuis l'ouverture. Pour rappel : 

Des actionnaires rémunérés depuis 2005

Mais il n'y a pas que les tarifs du tunnel qui connaissent une courbe ascendante. Les résultats nets progressent eux aussi rapidement. Reprenant sa bonne vieille métaphore de l'investissement immobilier, Feron rappelle que comme pour particulier le crédit remboursé, le montant des loyers lui échoie directement, une fois les charges soustraites. A l'époque, les travaux du tunnel avaient été financés par un prêt de 148 millions d'euros, souscrit à la fois auprès de la Banque Européenne d'investissement (BEI) pour 47 millions et d'un pool bancaire. La SMPTC ayant pris soin d'étaler sur la quasi-totalité de la concession, le remboursement des prêts afin d'éviter un coup du lapin fiscal.

"Nous remboursons l'emprunt à raison de 5 à 6 millions par an, détaille la direction de la société, nous prévoyons de rembourser l'intégralité d'ici 2020". La concession accordée par la Ville de Marseille, puis reprise par la Communauté urbaine, court jusqu'à 2025. Depuis 2002, les résultats nets s'envolent, et avec eux, les dividendes aux actionnaires : 

1,2 million par an de Prado Sud

S'ils font hurler certains, ces 66 millions d'euros de dividendes versés aux actionnaires – Vinci (33%), Eiffage (33%) et l'actionnariat flottant – ne sont qu'un début. Cela sera ainsi jusqu'en 2025. Après une première année sur les chapeaux de roues en 2005 suite à l'entrée en bourse de la société, le niveau est redescendu mais croît sûrement depuis 2006. Et côté analyse boursières, les prévisions sont plutôt bonnes"Il s'agit de la rémunération du capital investi, justifie Jacques Feron. Il faut lisser ces chiffres sur 32 ans. Nous avons perdu de l'argent pendant 15 ans. Nous espérons atteindre une rentabilité globale de l'ordre de 9 à 10%", évoquant le risque pris en termes de construction puis de trafic. C'est le grand inconnu de ce genre d'investissements, qui justifie tous les profits. En 1993 déjà, la SMTPC craignait déjà l'arrivée de la L2. Depuis, Vinci et Eiffage prennent en compte les aléas du calendrier de la rocade dans leurs investissements. "L'introduction de cet itinéraire alternatif gratuit est intégré dans notre modèle économique", explique-t-il, ajoutant que l'entreprise prévoit que le trafic reste à ce niveau jusqu'à la fin de leur exploitation du tunnel. 

Mais comme cette rente ne leur suffisait pas, les deux actionnaires ont également gagné (sans offre concurrente) la concession d'un second tunnel, qui prolonge le premier jusqu'au rond-point du Prado. Bien entendu, la société ad hoc Prado Sud a choisi la SMTPC pour exploiter cette nouvelle infrastructure. Inauguré en novembre, le tunnel Prado Sud peine à séduire les automobilistes. "La fréquentation atteint 60% de ce qui avait été prévupoursuit Jacques Feron. Si nous sommes un peu déçus du démarrage, nous restons optimistes. Il a fallu deux ans à Prado Carénage pour se faire connaître des usagers". La nouveauté financière de 2013 pour la SMTPC réside dans la facturation de services à Prado Sud. "Prado Carénage exploite le tunnel Prado Sud et est donc payé pour, justifie le directeur de SMTPC. Cela représente 1,2 million d'euros par an". Avec les dividendes que génère Prado Carénage, Prado Sud peut prendre le temps de devenir rentable.

Rectificatif : Une légère erreur s'était glissée dans les graphiques. Le tarif de 1993 pour le tunnel Prado Carénage était de 10F (1,5 €) et non 9F (1,35€). 9F étant le tarif de jour pour les abonnés à l'époque. Le tarif n'a donc pas encore doublé.

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