Dialogue électrique entre les dépollueurs de Legré-Mante et les riverains

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Clara Martot
28 Jan 2019 3

Inquiets par la dépollution à venir du site de Legré-Mante, ancienne usine de plomb, les habitants de la Madrague se sont réunis en masse ce samedi pour s'informer des premières conclusions de Ginkgo, propriétaire du site. Ils ont notamment appris que du plomb et de l'arsenic se trouvaient dans la totalité des sols du terrain.

Pascal Roudier, directeur environnemental de Ginkgo

Pascal Roudier, directeur environnemental de Ginkgo

Une petite salle remplie de participants ultra ponctuels. Des élus et riverains du quartier de la Madrague agités, et d’autres qui écoutent, faute de place, depuis le couloir du centre municipal d’animation des calanques. Ce samedi 26 janvier, les représentants de Gingko, l’entreprise chargée de la dépollution du site de l’ancienne usine de Legré-Mante, prendront « le temps qu’il faut » pour répondre aux multiples inquiétudes des habitants. Après plusieurs dépôts de permis et un abandon de projet en 2017 par un premier promoteur, Océanis, la défiance est de mise. Et en attendant que Constructa, le nouveau promoteur immobilier du site, ne mette un projet sur pied, les paramètres de la dépollution de la zone cristallisent les angoisses des riverains.

En cause : la présence dans les sols de plusieurs métaux lourds, de l’amiante dans les toits de l’ancienne usine, ou encore un crassier de 24 000 m3 de déchets industriels. L’ordre du jour est annoncé par Cédric Angelone, de l’agence de communication Artkom, ici pour le compte de Ginkgo. « Nous sommes là pour vous écouter et nous informer » enchaîne Monique Touitou, présidente du CIQ Madrague, dont la voix puissante pourrait se passer de micro. Parmi les préoccupations des riverains figurent les résultats de deux études : une IEM, pour interprétation de l’état des milieux et un plan de gestion.

L’IEM a été commandée par la préfecture à Ginkgo en septembre 2017. Le document doit dresser le bilan des teneurs en pollution des sols, de l’air et de l’eau. Mais la préfecture a demandé une tierce-expertise, ce qui a occasionné un report d’un an. De quoi agacer les associations qui auraient souhaité que Ginkgo communique, au moins, sur les premiers résultats des prélèvements (lire notre article).

« À chaque fois que j’ai annoncé un planning, je me suis planté »

Autant dire que le directeur environnemental de Ginkgo, Pascal Roudier, était attendu au tournant. « Vous allez rester sur votre faim aujourd’hui, et je m’en excuse », lâche-t-il d’emblée, courageux, en guise d’introduction devant un public visiblement échaudé. L’homme qui, lors de sa dernière rencontre avec les riverains en juin expliquait privilégier le « dialogue constructif », préfère cette fois-ci annoncer tout de suite les limites imposées par la situation.

Monique Touitou du CIQ de la Madrague et Cédric Angelone de l’agence Artkom

« Je sais que vous devez trouver le temps long, mais c’est parce que nos études passent entre les mains de différents organismes. Parmi eux, il y a le BRGM [Bureau de recherche géologiques et minières, un organisme public NDLR], qui rédige les tierces-expertises et  jugé que nous devions faire plus de prélèvements. »

Après cette mise en garde, Pascal Roudier annonce que l’IEM devrait être disponible en février sous la forme d’un document de 900 pages environ. « C’est en tout cas l’objectif. Mais vu qu’à chaque fois que j’ai annoncé un planning je me suis planté… » Mais pas question cette fois-ci pour Ginkgo et ERG Environnement, le laboratoire en charge des études, de revenir à Legré-Mante les mains vides. S’ensuit alors une présentation sur un Power Point très technique, ponctuée de questions piquantes et de froncements de sourcils.

Arsenic et plomb partout

« Sachez que sur Legré-Mante, nous avons fait des études statistiques comme on n’en fait quasiment jamais en France », promet Pascal Roudier, en tapant sur l’épaule de Marie-Odile Khiat, d’ERG Environnement, en guise d’encouragement. La chercheuse annonce que des prélèvements supplémentaires ont été faits sur les deux zones les plus problématiques du site : le crassier, qui se jette dans la mer, et la cheminée de l’ancienne fonderie. « Cela nous a permis de détecter des teneurs marquées en métaux lourds », explique-t-elle, provoquant quelques réactions dans la salle.

Les esprits s’échauffent en fin de rencontre.

Selon les premières conclusions d’ERG Environnement, qui valent comme introduction à la future IEM, les teneurs en hydrocarbures, cyanure et mercure restent faibles et très ponctuelles. Mais la salle s’en émeut : « vous n’avez pas peur qu’en retournant les sols, la dépression libère du mercure ? » demande un homme. « Ce mercure n’est pas volatile », rassure l’experte. « En revanche, il y a une concentration d’arsenic et de plomb partout. Mais ce ne sont pas non plus des substances volatiles, donc on pourra envisager un recouvrement et confinement des sols infectés », explique-t-elle, reprenant la volonté connue de longue date de Ginkgo d’éviter au maximum le déplacement de ces polluants.

Quantités de métaux lourds incertaines

Ainsi, les deux tiers du crassier devraient rester sur le site, et pourraient être évacués via un tunnel existant entre la butte et l’usine de l’autre côté de la rue, afin de réunir les sols pollués à confiner. La méthode inspire de vives réactions. « En terme de chantier, vous comptez faire comment ? » « Vous connaissez les proportions exactes des métaux présents ? » Réponse prudente de Marie-Odile Khiat : « avant d’élaborer les principes des évacuations, nous devons nous mettre d’accord sur le plan de gestion. Aussi, il est impossible de connaître les quantités exactes de métaux puisque nous n’avons sondés qu’environ 200 points précis. On analyse les échantillons, mais on ne peut pas analyser le sol entier pour l’IEM. » L’explication peine à convaincre. « Donc en fait, vous n’êtes pas certains des résultats que vous présentez ? » demande une femme.

Les représentants de Ginkgo et ERG Environnement répètent alors avoir des incertitudes sur les « mesures mais non sur les risques », et précisent que toutes ces opérations de confinement se feront sous des tentes selon une procédure ne laissant aucune chance aux métaux de s’échapper. « En revanche, évidemment, une partie du sol va être déplacée. Nous sommes obligés, surtout qu’il y aura des parkings souterrains… » « Ah, ça y est ! » lâche un habitant. L’inscription de parkings souterrains au futur projet immobilier était, avant cette allusion de Pascal Roudier, une hypothèse et non une certitude. Or, la circulation est une des autres préoccupations des riverains.

« Les nouveaux logements vont encore plus saturer le trafic si rien n’est fait. Et même avant cela, vous imaginez les allées et venues des camions quand le chantier commencera ? », glisse Monique Touitou en marge de la réunion. La problématique de la circulation, comme celle de l’assainissement, risquent d’être davantage abordées lors d’une réunion prochaine où l’ordre du jour sera consacré au projet immobilier. Si les premières conclusions des études ont permis aux habitants d’avoir quelques informations parcellaires, ils devront s’armer d’encore un peu de patience pour savoir avec précision ce que va devenir leur usine voisine et le terrain qui l’entoure.

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