Deux historiens saisissent l’archevêque à propos de la fermeture du musée de la Bonne-mère

Actualité
le 14 Mai 2019
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Deux historiens, membres du conseil scientifique du musée de Notre-Dame de la Garde, s'émeuvent dans un courrier à l'archevêque de Marseille de sa fermeture annoncée. Ils évoquent ainsi une "portée symbolique désastreuse" pour l'église et parlent même de "renoncement".

L'entrée du musée de Notre-Dame de la Garde. (Image BG)

L'entrée du musée de Notre-Dame de la Garde. (Image BG)

« Sa portée symbolique est forte et risque d’être désastreuse pour l’image du catholicisme marseillais ». Les mots sont choisis avec soin. Ils disent la colère et l’amertume de deux grands spécialistes de l’histoire du catholicisme à Marseille, membres « bénévoles » du conseil scientifique du musée de Notre-Dame-de-la-Garde, en découvrant « incidemment par la presse » la fermeture dudit musée. Professeurs d’université émérites, Jean Guyon et Régis Bertrand ont écrit un courriel commun à Georges Pontier, archevêque de Marseille, au recteur de la basilique et au président de l’association gestionnaire du musée, le 9 mai prochain. Courrier que Marsactu a pu consulter et qui en dit long sur le courroux des intéressés.

L’un et l’autre ont appris la nouvelle en découvrant les reprises de l’information révélée par Marsactu dans Le Figaro ou La Croix. « Nous avons beaucoup donné pour ce musée, constate Jean Guyon. Qu’ils aient décidé de le fermer sans même un mot pour ceux qui ont œuvré à le créer ajoute une dose d’amertume à l’histoire ». Son collègue Régis Bertrand n’est pas plus tendre : « C’est consternant, nous avons été mis devant le fait accompli ».

Ils s’en sont donc émus auprès des principaux responsables. « Sans réponse de leur part, jusque-là », confie Jean Guyon. Joints par Marsactu, le père Olivier Spinosa et le président de l’association du domaine, Frédéric Proal, n’ont pas pu répondre à nos demandes. Quant à l’archevêque, il est à Paris depuis la semaine dernière et son entourage n’a pas pu confirmer s’il avait pris connaissance de ce courrier parvenu à son secrétariat. Il n’a jusqu’ici fait aucun commentaire sur la fermeture annoncée du musée.

Les deux chercheurs ne s’adressent pas au pasteur de l’église locale qu’en leur qualité de scientifiques. Ils tentent aussi de faire vibrer une corde plus religieuse.

En le concevant comme une vitrine du catholicisme destinée à des visiteurs dont beaucoup le connaissent mal ou ont des préventions à son égard, le conseil auquel Mgr Bouchet [ancien recteur de la basilique, ndlr] nous avait appelés avait entendu répondre, bien au-delà du seul sanctuaire, à la mission à la fois pastorale, patrimoniale et culturelle qui lui avait été assignée. Fermer cette « vitrine » ne pourra être interprété par l’opinion publique que comme un renoncement à cette triple mission.

À titre personnel Jean Guyon insiste sur la spécificité du lieu, « ce n’est pas un musée d’interprétation », destiné uniquement à faire de la pédagogie sur un lieu, « ni un musée d’art sacré ». « Nous avons voulu rétablir Notre-Dame de la Garde dans son histoire, estime-t-il. C’est-à-dire dans la relation entre un lieu, une basilique, et sa ville, au point d’en devenir l’emblème ». Décrire par le menu comment ce promontoire « comme il y en a tant dans les Calanques » est devenu un lieu de garde de la baie, au sens militaire, puis une chapelle et enfin au moment de « la métamorphose de la ville au XIXe siècle », un symbole de son catholicisme.

Au-delà de l’inquiétude de voir ainsi fermer ce lieu, ils dressent quelques pistes pour maintenir l’espoir de le voir rouvrir. Ainsi Régis Bertrand défend l’idée d’une gratuité totale  « compte tenu du fait que nous avions demandé à ce que toutes les œuvres, ou presque, soient protégées par du plexiglas. Celles qui ne le sont pas pourraient l’être à moindre frais et cela économiserait le salaire des deux caissières ». D’autant plus que les salles du musée sont placées sous vidéo-protection. Ils estiment également que les collectivités locales peuvent être mises à contribution pour contribuer au fonctionnement du musée qui par essence « ne peut pas être rentable ». « Après tout, elles l’ont bien fait en contribuant à la rénovation de l’édifice en 2013 », insiste encore Régis Bertrand.

Responsable des collections licenciée

Enfin les deux historiens s’inquiètent du devenir de l’actuelle régisseuse des collections de la basilique, Magali Chapus qui jouait le rôle de conservatrice du lieu depuis sa conception. Selon nos informations, l’association du Domaine aurait échoué à lui trouver une solution de reclassement et s’apprête à la licencier.

Or, de son sort dépend aussi l’avenir des collections dont elle a la charge et dont les deux historiens craignent qu’elles ne tombent dans l’oubli. « Cette double tâche de conservation et de présentation aux visiteurs d’une partie des collections n’exigerait pas seulement à notre sens de maintenir le poste de régisseuse, mais aussi de l’étendre à tout le diocèse », suggère-t-il. Visiblement, telle n’est pas l’intention de l’église, pas plus que de l’association qui l’emploie.

L’académie des sciences, lettres et arts de Marseille dont les deux hommes sont membres devrait mettre le sujet à l’ordre du jour d’une prochaine réunion, ce jeudi. Manière pour eux de tenter de trouver l’oreille de Jean-Claude Gaudin, membre de l’académie depuis 2001 et catholique fervent. Et au-delà, de faire réagir l’archevêque lui-même.

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