Des périls imminents au problème de fond du logement indigne, l’État se pose en chef de file

Actualité
Benoît Gilles
30 Nov 2018 10

Le ministre du logement Julien Denormandie annonce un partenariat renforcé au ton ferme pour résoudre la crise qui a poussé plus de 1500 personnes hors de leur logement. Les mesures qu'il annonce s’attellent à répondre à l'urgence du relogement, de l'expertise des bâtiments évacués comme au long terme d'une politique partenariale dont les contours restent à définir.

sous les casques, julien Denormandie visite la rue d'Aubagne en compagnie d'Arlette Fructus.

sous les casques, julien Denormandie visite la rue d'Aubagne en compagnie d'Arlette Fructus.

Le ton ne cadre pas forcément avec l’allure juvénile du ministre du logement, Julien Denormandie, mais les mots sont là, lourds de sens, à la hauteur des événements sans précédents, depuis la mort le 5 novembre derniers de huit personnes dans l’effondrement de leur immeuble. Devant la presse et dans le courrier remis à la présidente de la métropole et au maire de Marseille, le ministre se veut ferme et déterminé : “Faire confiance, c’est bien, s’assurer des résultats, c’est encore mieux surtout quand il s’agit de faire face à ses responsabilités, quand il s’agit de la sécurité et de la santé des Marseillaises et des Marseillais”, insiste-t-il en pointant clairement Ville et métropole, compétentes sur les champs du péril et de la lutte contre l’habitat indigne.

À ce jour et sans qu’aucune catastrophe naturelle ou industrielle puisse le justifier, 193 immeubles ont été évacués et 1509 personnes délogées. Dans son courrier, il est plus direct encore. “La situation n’est pas satisfaisante”, écrit-il ainsi en soulignant notamment “le nombre encore très limité de relogements effectifs : 20 baux signés seulement”.

“Aller plus vite”

C’est d’abord sur ce point que l’État entend agir en participant pleinement aux actions en cours de relogement via le service intégré d’accueil et d’orientation, dédié à l’hébergement d’urgence notamment (lire notre article). “À chaque fois que cela est possible, et le plus vite possible, il faut que les Marseillaises et les Marseillais puissent regagner leur logement en toute sécurité. Il faut aller plus vite”, dit-il encore.

Pour cela, les experts du centre technique et scientifique du bâtiment seront à pied d’œuvre pour expertiser les immeubles évacués et permettre le retour des personnes “chaque fois que cela est possible”. Le ministre souligne ainsi le décalage important entre le nombre d’évacuations et le faible nombre d’arrêtés de péril censés les permettre, 39 à ce jour. Le préfet sera chargé d’un suivi quotidien sur ces questions auxquelles les associations seront associées via une réunion hebdomadaire.

Une maîtrise d’œuvre urbaine et sociale que l’on retrouve d’ordinaire dans des opérations de rénovation urbaine au long cours sera mise en place pour toutes les personnes qui ne pourront pas regagner leur domicile.

“Ministre du logement des Marseillais”

Julien Denormandie insiste dans sa communication sur ce lien direct avec la population qu’il a mis en scène lors de sa visite de la rue d’Aubagne et qui s’est poursuivi par une réunion avec sept associations et collectifs locaux dont celui du 5 novembre, un Centre ville pour tous et les conseils citoyens. Il y ajoute une rhétorique particulière : “Je suis le ministre du logement des Marseillais, un ministre pour Marseille et je reviendrais autant qu’il sera nécessaire”.

Ces “Marseillaises et Marseillais” aux côtés desquels il se pose sont moins présents dans la politique “déterminée” que le gouvernement souhaite mettre en place pour agir avec plus d’efficacité contre l’habitat indigne. Celle-ci doit être au service de la mixité sociale qui fait “partie de l’identité de ville et doit être portée par l’ensemble des acteurs.” Les comités de pilotages seront mensuels avec la métropole et la ville “autour d’un projet partenarial dédié”. Mais il faut beaucoup insister pour dépasser le seul niveau d’information et envisager un comité de suivi où des associations soient associées.

Marseille, étendard de la loi Elan

Sur le fond justement de cette politique de long terme, le ministre reprend pour l’essentiel les mesures déjà annoncées dans le cadre du plan “initiative copropriétés” lancée à Marseille le 10 octobre (lire notre article) ou récemment votées au travers de la loi Elan. “Marseille pourrait en devenir l’étendard comme le demandent les élus marseillais”, souligne-t-il dans sa lettre. Une formule que l’on pourrait entendre comme une réponse ironique aux propositions de Martine Vassal dont une grande partie des propositions piochent directement dans les dispositions adoptées au parlement (lire notre article).

Julien Denormandie y va même de sa petite surenchère en évoquant un financement de 240 millions supérieur au 229,25 millions que la présidente de la métropole espérait voir verser par l’État dans le cadre de sa stratégie à 600 millions. Difficile en revanche de savoir si ces fonds sont supplémentaires ou s’intègrent aux dispositifs déjà mis en place. Seule certitude, ils sont apportés par l’Agence nationale d’amélioration de l’habitat (ANAH), concernent tout Marseille et notamment les grandes copropriétés déjà repérées. Il évoque également l’autre agence de l’État, dédiée cette fois-ci à la rénovation urbaine avec qui une série de conventionnement est prévue en 2019, pour le Nord mais aussi le centre de la ville.

Le recours à Euromed

Quant à la société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN) que la métropole mettait très haut dans sa boîte à outils, le ministre la cite mais reste évasif sur son périmètre et son mode de gouvernance. Dans son courrier en revanche, il cite à de nombreuses reprises Euroméditerranée, en charge d’une opération d’intérêt national depuis plus de 20 ans à Marseille. La future SPLA-IN pourrait être “une filiale” d’Euroméditerranée dont “l’expertise pourrait être mobilisée sur le centre-ville”.

Une curieuse mise en avant tant le bilan d’Euroméditerranée sur la question de la rénovation urbaine est bien maigre. Il a piloté avec la Ville la rénovation de la rue de République inscrit dans son périmètre, controversée sur son volet social. Et les larges poches d’habitat indigne autour de l’autoroute A7 ont nécessité le déclenchement d’un projet de rénovation urbaine, très limité dans son zonage et encore inachevé. L’avantage du recours à Euroméditerranée est qu’il offre à l’État le pilotage plein et entier. Depuis la création de l’établissement public, il est toujours majoritaire en son conseil d’administration au grand dam des collectivités qui apportent l’essentiel des fonds.

Ping-pong toujours en cours

La partie de ping-pong est donc loin d’être finie même si le nombre de joueurs se réduit autour de la table. Après son entrevue avec le ministre, le maire s’est éclipsé sans que la presse n’aperçoive sa silhouette. C’est bien la métropole qui se pose en partenaire de l’État et Martine Vassal “se réjouit de voir un ministre aussi déterminé [qu’elle] à agir” en faisant mine de ne pas percevoir le ton ferme qu’il associe à sa volonté de partenariat.

Car le ministre va plus loin en soulignant le problème de fond “des ressources locales très limitées en logements sociaux dans les quartiers centraux les mieux desservis ou dans les quartiers résidentiels les plus attractifs”. Le préfet sera chargé d’un suivi plus serré des projets et d’une offre plus équilibrée de logements sociaux sur le territoire. Sur ce thème là encore, le ping-pong va se poursuivre. Et cette fois-ci la table est à la mesure de la métropole et de ses 92 communes.

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