Le stand de tir dans les collines de la Nerthe a bien été aménagé sans autorisation

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le 10 Mai 2016
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Comme Marsactu l'a révélé en mars, la société ECT Provence a déversé des centaines de milliers de tonnes de gravats dans les collines de la Nerthe, non loin de l'Estaque. Motif officiel ? Aménager un stand de tir pour une association. Suite à notre article, la mairie de Marseille, qui n'a donné aucune autorisation, a dépêché des agents sur place... huit mois après les premières alertes.

« Je n’ai rien à vous dire monsieur, bonne journée. » Notre conversation avec Georges Moraldo n’aura duré que quelques secondes. Dommage. Son association FTC Formatir anime un stand de tir sur les hauteurs de l’Estaque (16e arrondissement). À défaut, on peut voir Georges Moraldo – qui dispose par ailleurs d’une boutique en ligne à l’arsenal impressionnant – et ses adhérents à l’œuvre dans cette vidéo postée sur YouTube :

 

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Si Marsactu s’intéresse à FTC Formatir, ce n’est pas pour les calibres et la vue à couper le souffle des lieux, situés sur les hauts de l’ancienne carrière du Vallon. De toute évidence, ce stand n’aurait jamais dû exister. Comme nous l’avions révélé en mars, il a été aménagé dans ces collines par l’entreprise ECT Provence, qui y a déversé des centaines de milliers de tonnes de déchets du bâtiment, avec l’accord des propriétaires privés. Outre le volume important, ce chantier interpelle par sa localisation. En effet, le terrain bénéficie de multiples protections : il est classé en zone naturelle au plan local d’urbanisme, compris dans le périmètre de la loi littoral, d’une zone Natura 2000, en bordure d’un « site classé » par le ministère de l’Environnement en 2013… Contactée à plusieurs reprises, la direction d’ECT Provence n’a toujours pas donné suite à nos messages.

Temps de réaction

Ce dépôt de déchets est pudiquement qualifié de « significatif (environ 100 000 m³) » par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Alertés depuis l’été 2015, les services de l’État se sont pourtant concentrés sur deux autres locataires situés plus bas, au fond de la carrière, après avoir constaté une « situation irrégulière de recyclage de déchets inertes ».

Dans son courriel à Marsactu, la Dreal précisait qu’elle n’était pas compétente pour l’aménagement d’ECT Provence et renvoyait la balle vers la ville de Marseille. Suite à notre article, cette dernière a finalement dépêché ses services. « Aucune autorisation n’a été délivrée, confirme l’adjointe à l’urbanisme Laure-Agnès Caradec. Des agents sont donc allés sur place pour constater l’amas de déchets. » Adjointe à l’environnement de la mairie des 15e et 16e arrondissement, Joëlle Boulay indique – mail à l’appui – lui avoir transmis l’information dès le 10 août 2015…

« 1er groupe français »

ECT n’est pas une société sans références. Sur son site, elle se présente même comme « le premier groupe français de gestion et de stockage de matériaux inertes », avec 85 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. La législation oblige les entreprises du bâtiment à payer pour recycler ou stocker leurs gravats dans des installations agréées. Dans ce contexte, ECT s’est fait une spécialité d’aménagements réutilisant ces déchets, afin de baisser ses coûts.

Si le groupe est très actif en région parisienne, sa filiale provençale a décroché plusieurs chantiers dans les Bouches-du-Rhône : Lançon-Provence (un mur acoustique en bordure d’autoroute), Sausset-les-Pins (un golf), Gignac (rehaussement d’un terrain agricole), Auriol (comblement de carrière). Le groupe avait aussi réussi à convaincre la ville de Marseille d’aménager gratuitement un terrain de BMX sur le stade de Saint-Menet (11e), où s’installaient régulièrement des caravanes. Au final, le projet a avorté en raison, selon La Provence, de la proximité de l’usine Arkema et du caractère inondable du terrain.

Quelle suite la mairie donnera-t-elle au cas de la Nerthe ? Laure-Agnès Caradec précisait fin avril que ses services « procéd[aient] aux vérifications nécessaires sur la nature des déchets déposés. » Cette enquête administrative est toujours en cours. En théorie, un procès-verbal pourrait ensuite être dressé puis transmis au procureur. En plus d’éventuelles sanctions pénales, la remise en état du site pourrait être demandée par la justice. Mais en l’état, huit mois après les premières alertes, cette machine judiciaire n’est toujours pas lancée.

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