Crise à la mairie FN : Stéphane Ravier lâché par ses deux premiers adjoints

Enquête
le 14 Oct 2016
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Marsactu révèle que les 1er et 2e adjoints de Stéphane Ravier ont choisi de démissionner de leurs postes à la mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille. Marie Mustachia et Antoine Maggio dénoncent l'inaction publique du maire de secteur Front national et ses méthodes cassantes. Un départ qui fait suite à beaucoup d'autres.

Photo archive - Esther Griffe

Photo archive - Esther Griffe

L’hécatombe continue dans les rangs Front national de Marseille. Petit à petit, le leader local du parti, le sénateur et maire des 13e et 14e arrondissements, Stéphane Ravier voit filer ses soutiens. Ce sont désormais ses deux premiers adjoints de sa mairie de secteur qui s’apprêtent à démissionner, a appris Marsactu. Leur départ devrait aussi déboucher sur la création d’un groupe dissident au conseil municipal de Marseille. En cause, encore et toujours, le caractère jugé autoritaire de Ravier et sa gestion peu partagée des affaires publiques.

Après un directeur de cabinet et une directrice générale des services, quatre conseillers d’arrondissements, la première adjointe en charge des finances Marie Mustachia et son fils Antoine Maggio, deuxième adjoint en charge de l’urbanisme et du logement, lâchent le patron de la mairie des 13e et 14e arrondissements tout en restant conseillers municipaux et communautaires. « Nos lettres de démission partiront à la préfecture mardi », affirment-ils. « Il décide de tout et n’écoute plus personne. C’est le dictateur nord-phocéen. Si nous doutons aujourd’hui du Front, c’est à cause de lui et de l’inaction des instances nationales face à son comportement », tacle Antoine Maggio.

C’est lui, ancien marin de la SNCM, qui en 2012 a entraîné sa mère au Front national. Comme lui, elle voit « une rupture après les sénatoriales 2014. C’est à partir de ce moment-là que Stéphane Ravier a commencé à nous exclure des décisions. Je suis adjointe aux finances mais je n’avais plus accès à aucun document financier. Quand je les demandais, on me les refusait. Je suis adjointe à la solidarité mais je ne recevais plus aucun courrier de la population. »

Nouveaux élus, Maggio et Mustachia prennent aussi de plein fouet la dureté de la vie politique que Ravier sait très bien incarner. Chaque petite brimade, remontrance ou manque d’égard est spontanément mal vécu quand l’engagement et l’enthousiasme mis à son poste sont importants.

Infantilisation des élus

Ils racontent comme d’autres l’infantilisation des élus à coups d’anecdotes : « Pour désigner les élus supplémentaires à la métropole, on a dû lever la main droite et jurer de voter pour la liste Front national. Et comme ça ne suffisait pas, certains se sont vus contraints de signer une procuration et se faire porter pâle le jour du conseil. En commission, nous avons pour consigne de ne jamais voter sur rien, même les rapports les plus consensuels dans l’attente de la décision du président de groupe. Dans l’hémicycle comme face à la presse, on nous interdit de parler ». Et la liste déroulée par Antoine Maggio est longue encore.

Mais leur déception n’est pas que personnelle. Elle porte aussi sur le manque de résultats politiques depuis 2014. « Vous vous rendez compte, on a renvoyé 500 000 euros non dépensés à la mairie, parce qu’on n’avait pas de projet ! », s’agace Marie Mustachia. Quant à Antoine Maggio, il a du mal à cacher sa déception :

« Quand nous avons été élus, Stéphane Ravier nous a dit que nous serions la vitrine du Front en France. Et nous y croyions réellement, nous pensions que nous serions montrés en exemple. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Déjà parce que Stéphane Ravier n’est pas le maire de tous les quartiers mais seulement des noyaux villageois »

Leur description souligne une mairie utilisée uniquement comme fer de lance électoral : « Les seules demandes que nous recevions consistaient à aller récupérer des tracts au cabinet du maire pour les distribuer. C’est ainsi que nous avons appris le lancement du journal des 13/14 le jour où on nous a demandé d’aller les déposer dans les maisons de quartier et les centres sociaux », s’émeut Antoine Maggio.

Antoine Maggio pose devant la mairie de Marseille.
Antoine Maggio pose devant la mairie de Marseille.

Vers un groupe des ex FN à la mairie centrale

Les deux élus qui s’apprêtent à siéger dans le 13/14 sur le banc de plus en plus fournis des non-inscrits ne renient pas pour autant les idées qui les ont fait élire. Le « arrêtez les trafics, déposez les armes, bougez-vous » de 2014 adressé explicitement « aux Français d’origine étrangère » ? « Il y avait du vrai », explique Antoine Maggio qui revendique comme sa mère « le respect pour le fondateur, le grand homme politique qu’a été Jean-Marie Le Pen même si nous ne sommes pas aussi extrêmes que lui ».

Le jeune homme pourrait se présenter aux prochaines législatives et le timing choisi pour partir n’est certainement pas étranger à cette rupture. Le Front lui a signifié au début du mois qu’il ne serait pas candidat. Idem pour toute une série d’historiques du parti dont Bernard Marandat dans les quartiers Nord, Élisabeth Philippe dans les quartiers Est et d’autres têtes de liste des municipales 2014 comme Jean-Pierre Baumann (4/5) et Michel Cataneo (6/8). Promus à chaque fois, des proches de Stéphane Ravier comme les conseillers régionaux Jean-François Luc, Sophie Grech et Franck Allisio.

Stéphane Ravier, qui se refuse à tout commentaire sur les démissions, provoque ainsi un resserrement du parti autour de sa personne, constat valable y compris à l’échelon départemental. Ravier radie, écarte, exclut, ce qui ne plaît pas particulièrement à la direction nationale du parti. A l’arrivée, cela crée pour lui un risque de dissidences.

Au conseil municipal, Laurent Comas, parti au moment des régionales 2015, se voit déjà « former un groupe – puisque le minimum est de 5 élus – pour dénoncer l’imposture du groupe FN et de Stéphane Ravier ». Lui aussi se prépare aux législatives pour le plus grand bonheur de la droite qui, à l’image de Marc Jolibois, directeur de cabinet de Martine Vassal, a pris soin de le recevoir et de l’encourager. Pour eux, tout ce qui peut nuire au Front est bon à prendre en année électorale.

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