Conseil municipal de Marseille : le risque du surplace

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le 12 Déc 2011
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« Marseille accélère ». C’est le slogan préféré de la majorité UMP à la mairie de Marseille. Avec généralement en illustration l’opération Euroméditerranée, les chantiers en vue de Marseille Provence 2013, le boom des croisiéristes… Soit. La rhétorique était d’ailleurs de sortie pour accompagner le plan « Marseille Attractive 2012-2020″, présenté par le premier adjoint Roland Blum, qui définit « une vision stratégique et des orientations générales pour les 10 ans à venir ».

L’objectif est connu : « faire entrer Marseille dans le top 20 des capitales européennes ». Avec trois axes : une ville « centre d’affaires et plate-forme d’échanges », « une ville de la connaissance et de la créativité » et « une ville de destination ». Difficile d’être contre, a reconnu l’opposition. Même si les communistes ont tiqué sur la « démarche marketing » défendue par Roland Blum, y voyant une politique visant uniquement à « attirer les investisseurs financiers ». Le PS trouvant qu’elle « traite la question de l’emploi pour les Bac+5, les cadres lyonnais« , oubliant « les 80 000 chômeurs de la ville dont 60 000 ne sont pas diplômés ».

Un plan qui fait doublon

Le problème, c’est qu’on se demande bien quel est le statut exact de ce plan : sa vision stratégique sur le long terme, la mairie est censée l’avoir déjà inscrite dans son Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), fixant les grandes lignes de son futur plan local d’urbanisme (PLU), en cours d’élaboration. Et au niveau plus large des 18 communes de Marseille Provence Métropole (MPM) dans le Schéma de cohérence territoriale (Scot), lui aussi sur le métier et dont la version bientôt soumise à enquête publique a été votée pas plus tard que vendredi dernier.

La communauté urbaine qui est censée piloter en matière de « développement et d’aménagement économique, social et culturel ». Bien sûr, la Ville dispose de champs d’interventions dans ce domaine et Roland Blum en appelle à une démarche de « partenariat » que le président de MPM Eugène Caselli (PS) accepte bien volontiers. Mais le cas illustre bien la coopération intercommunale incomplète de MPM, qualifiée d’« exemple archétypique de municipalisme », par une étude de cas universitaire (p20). Ce que Caselli appelle – sans s’en formaliser cela faisant « partie du jeu politique » pour lui – « tirer la couverture à soi ».

La métropole (la vraie), Gaudin « n’y croit pas »

Et quand il s’agit de coopérer avec les voisins d’Aix, Aubagne et l’Etang de Berre, le maire Jean-Claude Gaudin lui-même dit ne pas y croire. Pas possible de s’asseoir à la même table que « ces gens-là » mis en examen (même s’il veut par ailleurs reprendre langue avec le président du conseil général Jean-Noël Guérini…). Et puis regardez « l’accueil qu’ont fait à Marseille » (qui voulait leur imposer un incinérateur…) les élus du golfe de Fos…

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Quoi qu’il en soit, de l’évocation par son ancien premier adjoint Renaud Muselier d’un Grand Marseille jusqu’à Arles et Avignon, on est passé à une métropole de 18 communes dans le périmètre actuel de MPM. Avec, il le dit lui-même pas beaucoup de compétences supplémentaires… Dans son style très policé habituel, Eugène Caselli le déplore :

Alors bien sûr, il y a des choses qui avancent : pour ne reprendre que les exemples mis en avant par le dossier de presse de la mairie, des budgets ont été débloqués pour ravaler plusieurs centaines de façades dans le centre-ville, la ville se lance dans le développement de services sans contact mobiles, qui seront notamment utilisés pour les transports ou pour la culture en 2013, des scènes comme le Ballet national de Marseille, la Criée et le Gymnase vont retrouver des locaux pour stocker leurs décors après l’incendie des entrepôts de Saint-Menet. Certains ajouteront le vote de vacations de nuit pour la police municipale, qui pourra être armée.

Révision des impôts locaux : Marseille OK, Paris aussi ?

Mais attention aussi aux faux semblants. Exemple avec les impôts locaux. Dans un amendement, le PS et les Verts demandaient de lancer une révision de la sectorisation des valeurs locatives, qui servent de base à ces impôts. Un système obsolète et injuste que Marsactu avait décortiqué fin novembre. Créons une commission ad hoc, approuvait le maire du 9/10 Guy Teissier (UMP). D’accord pour étudier la question au sein de la commission des finances, a conclu le maire :

Une décision au final saluée comme une avancée par l’ensemble des conseillers. Et la séquence démontre assurément une volonté de s’attaquer à ce serpent de mer. Mais de là à résoudre le problème… La réponse fait tout d’abord encore une fois doublon, qui plus est sans réel cadre ni feuille de route. Car des commissions existent déjà pour cela : la commission communale des impôts directs ainsi qu’une commission intercommunale du même nom qui a justement été créée vendredi par MPM pour plancher sur une révision des
valeurs locatives.

Mais pour l’instant seulement celles des bases des locaux commerciaux, dossier un peu moins explosif qui sera mené en 2012 comme l’a décidé le Parlement en 2009. Ce qui est déjà ça et pourrait servir de base à la suite. Toute la question est donc de savoir si le gouvernement et le Parlement iront jusqu’au bout en le faisant également pour les logements. La seule chose que les Marseillais – surtout les plus proches du pouvoir – peuvent faire, c’est de pousser dans ce sens.

Salles de shoot, taxis, centres de santé, Roms

Sur d’autres dossiers plus mineurs, là aussi le surplace n’est pas à exclure, pour des raisons locales ou bien nationales. Nationales ? Malgré un consensus semble-t-il trouvé (et c’est là aussi une avancée) sur l’intérêt de salles de shoot, ces centres qui permettent aux toxicomanes de consommer dans des conditions plus sûres, leur ouverture à Marseille est suspendue à un avis dans le même sens de l’Etat.

Locales ? Disgrâce de Lolo, enquête judiciaires et ennuis financiers des Tupp ou pas, la municipalité n’est toujours pas décidée à remettre de l’ordre et de la transparence dans le secteur en organisant des élections professionnelles. Adjoint chargé du dossier, André Caméra a noyé le poisson, affirmant tout d’abord que la loi exclut des élections pour les communes de plus de 20 000 habitants (alors qu’il s’agit simplement du seuil à partir duquel une commission communale et non départementale est nécessaire) puis que personne parmi les taxis n’en réclame (quand le STM le fait régulièrement), avant de finir par une vérité : la commission censée représenter la profession a été renouvelée en juin, repoussant pour lui le débat à la fin de son mandat en 2014.

Sur d’autres sujets, c’est un mélange de blocages nationaux et locaux. Le Grand conseil de la mutualité en cessation de paiement ? Tout le monde est d’accord pour reconnaître le rôle médicale et social de son réseau de santé, mais ses difficultés viennent « de problèmes de gestion », a expliqué Dominique Tian, député-maire du 6/8, dédouanant par là même l’Etat. Qui n’est déjà pas très chaud pour mettre la main à la poche.

Idem pour les Roms, autre question où les responsabilités sont partagées : la mairie campe sur ses positions, affirmant avoir traité le problème avec « humanité » (comme s’il n’y avait plus de Roms à la rue à Marseille…) et renvoyant l’organisation de la table ronde réclamée par tous à la préfecture. Marseille accélère peut-être, mais les physiciens savent bien que tout est relatif…

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Commentaires

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  1. Alain Le Lougarou Alain Le Lougarou

    Bravo pour ce compte redu très objectif et détaillé.
    De fait l’équipage GAUDIN MUSELIER essaye de gagner du temps en faisant du sur place;
    S’agissanr de Marseille Capitale 2013 j’aimerais que MUSELIER ait lê courage de nous donner la coût réel des dépenses lièes au rémunérations des actuels salariés qui travaillent sur cette périlleuse aventure : effarant!

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  2. loulou loulou

    j’aime bien cette forme de compte-rendu.

    A la lecture de l’article, on pourra maintenant dire que Marseille accélère moins vite qu’un escargot, dans un référentiel humain !
    De la à ce que ça devienne une galéjade !
    et dire que la Ville a payé un conseil en communication pour trouver cette expression et le design aussi flamboyant. On espère juste que les élus et les services ont oublié de lire l’ensemble des recommandations. Je n’ose pas croire qu’il n’ont pas compris la reco !!!
    allez c’est bientôt la période des voeux !

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  3. fleuve vert fleuve vert

    Ce plan “marseille attractive” arrive grosso modo un an après la réorganisation des services internes de la ville de Marseille, qui s’est à l’occasion dotée d’une “direction de l’attractivité économique”…. quand, comme vous le dites, la compétence devrait être à MPM. De là à penser que ce plan vient en partie pour justifier l’existence de cette nouvelle direction…
    Quand on sait que quelques mois plus tard MPM a renommé sa “Direction du développement économique et des affaires internationales” en “direction du pôle économie et attractivité du territoire”… il y a de quoi pleurer.
    Par ailleurs, quelle a été la concertation autour de la rédaction de ce plan, comment a-t-il été conçu, réfléchi ? Et s’il n’y a pas eu concertation, comment peut-on (peuvent-ils) imaginer une seconde en 2011 que l’attractivité économique se joue à l’échelle administrative de Marseille ?
    Et le numéro de duettiste de Blum et Caselli, sur le mode “embrassons nous folleville” ne trompe personne et ne masque en rien l’incapacité (pour ne pas parler à ce niveau d’incompétence) de nos élus à réfléchir un peu à long terme, à essayer de construire une vision globale de son avenir, avec les stratégies correspondantes, à une échelle territoriale pertinente…

    Et merci pour la référence à l’étude de cas universitaire.

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  4. DALLO DALLO

    Le problème numéro un de Marseille cela reste cette grande partie de marseillais incultes, ignares, analphabètes et voyous dans l’âme, qui peuplent cette ville et qui ne pourront jamais s’insérer dans une quelconque politique de développement économique, mais dont les journaleux aiment à nous faire croire que ce sont eux les “vrais marseillais” (l’om, le marché aux poissons , le bar mal fâmé patati patata).
    Moi j’en ai marre de payer déjà, à 30 ans, plus de 4000 euros d’impôts locaux par an parce que j’habite une villa dans un quartier encore un peu protégé, et dès que je peux je mettrai les voiles avec ma petite famille dans une belle commune des Alpilles ou du luberon au calme et au vert …

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  5. Tresorier Tresorier

    Comme Gaudin, je suis realiste.

    Les EPCI a la con qui entourent MPM n’ont comme buts que de garder le pognon des zones industrielles et commerciales et d’attirer les riches pour rejeter sur Marseille et y concentrer pauvres et immigres.

    La region ressemble de plus en plus a l’Afrique du Sud de l’apartheid.

    Jusqu’a quand ???

    N’est ce pas le role de l’etat d’intervenir ???

    Ou alors nous ne sommes pas (plus ??) consideres comme des francais ???

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