Comment l’élu municipal au patrimoine étend le sien sans autorisation

Enquête
Benoît Gilles
30 Mai 2018 24

Depuis plusieurs mois, des travaux ont lieu dans une résidence privée des hauteurs de la rue Breteuil. Réalisés par l'adjoint au patrimoine, ces travaux n'ont pas d'autorisation valide. Déjà, en 2016, André Malrait avait réalisé un garage pour deux roues qui a toute l'apparence d'un studio.

L'extension de la villa d'André Malrait a nécessité la réalisation d'une nouvelle entrée, rue Breteuil.

L'extension de la villa d'André Malrait a nécessité la réalisation d'une nouvelle entrée, rue Breteuil.

Le doyen du conseil municipal, architecte et spécialiste des questions d’urbanisme, André Malrait, réalise des travaux en infraction de plusieurs règles du code de l’urbanisme, se sont aperçus passants et riverains de la rue Breteuil, à l’endroit où l’artère passe un col pour rejoindre la colline Périer.

En face de son habitation principale, les pluies printanières emportent un tas de sable vers le caniveau. Deux barrières provisoires délimitent ce débordement de chantier qui prend la forme d’une occupation temporaire du domaine public. Sur l’une des barrières, un papier détrempé indique que ce droit d’occupation a bien été accordé à André Malrait, riverain du boulevard et par ailleurs adjoint au maire (LR) délégué au patrimoine et aux monuments historiques. Il a acquis ces 90 mètres carrés où une partie des travaux s’effectuent en 2003. À l’époque, la Ville avait cédé à l’élu communautaire d’alors « un délaissé de voirie en nature de jardins » au prix de 150 euros le mètre carré. Trois autres riverains étaient concernés par cette vente. André Malrait a su mettre à profit ce délaissé.

En revanche, à lire l’autorisation affichée, plus valable depuis le 10 avril, il y a longtemps que le doyen du conseil municipal aurait dû passer un coup de balai et ranger ailleurs ses brouettes. Pire, comme le soulignait La Marseillaise le samedi 26 mai, en dehors de ce papier obsolète, on ne trouve nulle trace d’un autre affichage spécifiant pour quels travaux la benne puis le sable étaient utilisés. Or, les travaux qui rendent cet affichage obligatoire sont bien avancés. À vue d’œil, il s’agit d’une extension de la villa de l’élu dont les travaux de gros œuvre semblent bouclés. L’escalier qui permettra un accès direct depuis le boulevard est terminé.

Pas d’autorisation de la Ville

L’ancien conseiller communautaire en charge du plan d’occupation des sols au sein de Marseille Provence métropole sait pourtant bien qu’un tel affichage est obligatoire. Mais cette négligence en masque une autre, plus grave. Selon plusieurs sources, André Malrait ne s’est pas contenté d’oublier d’adosser un panneau d’information au chantier, il a lancé les travaux sans en avoir le droit. L’examen par le service d’urbanisme de sa demande d’autorisation préalable de travaux est « toujours en cours ». C’est en tout cas ce que s’est vu répondre, Jean-Philippe Bianchi, habitant du secteur, outré qu’un élu puisse faire fi des règles et des lois. « J’ai fait une demande auprès des services de l’urbanisme pour savoir où en était l’autorisation de travaux et c’est ce qu’on m’a répondu », explique-t-il.

Une instruction en cours que confirme l’adjointe à l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec : « Concernant cette demande, rien n’est décidé ». Si le permis de construire déposé concerne bien André Malrait, il n’aurait donc pas dû engager ces travaux. Pour mémoire, Marsactu avait chroniqué l’édification d’une terrasse « en dur » sur le flanc du jardin du Pharo, elle aussi réalisée alors que l’autorisation de travaux était toujours à l’instruction. Les services d’urbanisme avaient fini par se rendre sur place pour constater sur procès-verbal l’infraction. Quelques temps plus tard, sous cette ferme pression, le gérant du Chalet du Pharo a fait démonter sa terrasse. En sera-t-il de même pour André Malrait ?

Un garage à vélo comme logis

La question mérite d’être posée car l’histoire se poursuit à quelques mètres à peine. En bordure de son terrain, l’ancien architecte a fait réaliser un petit bâtiment de forme triangulaire surmonté d’une toiture végétalisée. André Malrait a bien déposé une déclaration préalable en janvier 2015 pour ce qu’il présente alors comme un « garage deux-roues » pour lequel la Ville a pris un arrêté de non opposition qui vaut donc autorisation. Problème : ledit édifice ne ressemble pas du tout à un garage. Aucun riverain n’a jamais vu le moindre véhicule à deux roues, motorisés ou pas sortir par la porte-fenêtre parée d’un volet roulant.

Extrait de la déclaration préalable déposée par André Malrait auprès des services de l’urbanisme.

Un bac à fleurs a été déposé en face de ce qui est présenté comme l’entrée des véhicules sur les plans que nous avons pu consulter. D’autre part, cette ouverture qui donne sur une rue en pente est dotée d’une marche qui rend forcément malaisée toute manœuvre d’entrée et de sortie. Le rideau tiré ne permet pas de vérifier par soi-même si un fier destrier à roues y est garé.

Le garage à deux-roues de l’élu n’offre pas d’issue praticable.

« Cela a fait rire tout le quartier quand on a su qu’il s’agissait d’un garage à motos, commente Jean-Philippe Bianchi. On imaginait tous André Malrait roulant en Harley. Mais quand les fenêtres sont ouvertes, on s’aperçoit bien qu’il s’agit d’un studio. Il y a même une salle de bains et une petite cuisine. » L’édifice est doté d’une entrée piéton avec sonnette et boîte aux lettres qui accréditent plutôt cette théorie.

Du côté de l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec confirme que la demande a bien été faite pour un garage : « Je pensais que c’était plutôt pour les vélos. Je vais envoyer mes services pour vérifier sur place s’il y a ou pas un changement de destination et si celui-ci peut être autorisé en fonction de la réglementation de la zone, de l’alignement. Si changement de destination il y a, mes services vérifieront si celui-ci est régularisable et s’il y a infraction, elle sera constatée sur procès-verbal ».

L’adjointe à l’urbanisme aurait pu s’enquérir directement auprès de l’élu qui occupe un bureau non loin du sien. Mais peut-être a-t-elle eu autant de chance que Marsactu. Informé de notre appel par son secrétariat, celui-ci n’a pas cherché à nous joindre en retour.

Actualisation le 30 mai à 10 h 34 : ajout des informations sur l’achat par l’élu d’un délaissé de voirie à la Ville, permettant les travaux.

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