Michéa Jacobi vous présente
Vies brèves de quelques célébrités marseillaises

[Vies brèves] Douceline, en lévitation (1214 – 1274)

Chronique
le 19 Sep 2026
0

Leurs existences ont commencé dans notre cité, elles s’y sont achevées, elles y ont connu leurs plus beaux ou leurs plus sombres moments. On pourrait leur consacrer un ou plusieurs volumes. Michéa Jacobi s’est attaché pour Marsactu à les raconter en quelques paragraphes seulement, des sortes de "vies brèves".

Illustration : Michéa Jacobi.
Illustration : Michéa Jacobi.

Illustration : Michéa Jacobi.

André, Antoine, Barnabé, Barthélemy, Charles, Julien, Giniez, Henri, Jérôme, Joseph, Just, Lambert, Lazare, Louis, Loup, Marcel, Menet, Mitre, Tronc, Antoine, Victor, les quartiers de Marseille sont nombreux à honorer les saints de l’Église catholique romaine. Anne, Marthe, Marguerite, les saintes sont beaucoup moins représentées. Certaines sont carrément oubliées. C’est le cas de Douceline de Digne, ainsi nommée parce qu’elle y était née, mais qui s’illustra dans notre ville d’une surprenante manière.

Sœur du franciscain Hugues de Saint Victor, Douceline avait d’abord fondé à Hyères une communauté de femmes consacrées au Christ. L’institution fut bientôt transférée à Marseille. La piété de la future sainte n’en devint que plus stricte. La Chronique de Joinville indique qu’elle portait une peau de porc à même la sienne et qu’au jour de sa mort, il fallut arracher ses chairs pour lui ôter cet habit. Mais dans une vida, une vie brève écrite en provençal, Philippine de Porcelet, qui fut la compagne de Douceline, fait d’elle un portrait bien plus délicat.

Elle écrit : « Il en fut de même, une autre fois, pour Raimon du Puy, également de la cité de Marseille, qui la vit en extase dans l’église des frères, devant l’autel où elle avait communié, soulevée de terre… Or donc, ce citadin très dévotement s’agenouilla ; et il mesura de la main l’intervalle qui la séparait du sol et trouva un bon empan : avec une grande foi, il plaça toute sa tête, qu’il avait douloureuse, par-dessous ses pieds vénérés, et les lui baisa pieusement — et il n’eut plus jamais douleur à la tête ; au contraire, il eut dorénavant la tête libre, saine et pleine de force. »

La France consomme chaque année 430 millions de boîtes de paracétamol. Si l’on fait le rapport entre la population du pays et celle de notre ville, cela fait environ cinq millions de boîtes. Ce chiffre incite à penser que les Marseillaises et les Marseillais, croyant ou pas, seraient aujourd’hui nombreux à vouloir imiter Raimon du Puy. Les nonnes hélas ont perdu l’habitude de léviter. Les partisans inconditionnels de la douceur chrétienne pourraient légitimement se rabattre sur le tombeau de Douceline. Personne ne sait hélas où se trouvent ses ossements. L’intelligence artificielle dit qu’ils reposaient dans la Vieille Major et qu’ils ont été dispersés lors de sa destruction partielle. D’autres sources indiquent qu’ils se trouvent dans l’église des Franciscains, rue de la Palud, mais rien n’indique qu’ils puissent être en ce lieu.

Que les victimes de migraines se contentent donc de paracétamol. Ce serait déjà un miracle de retrouver la sépulture de Douceline.

Bandeau Vies brèves Michea

Michéa Jacobi
Michéa Jacobi est graveur et écrivain. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Chroniqueur à Marseille l’Hebdo pendant plus de dix ans, il a rassemblé ses articles dans un recueil intitulé Le Piéton chronique (Éditions Parenthèses) et il a écrit pour le même éditeur une anthologie littéraire Marseille en toutes lettres.

Commentaires

Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres

ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné⋅e.

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


[woocommerce_social_login_buttons return_url="https://marsactu.fr"] Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire