P comme pizza (hommage à Alexandre Dumas)

Chronique
le 24 Mar 2018
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Michea Jacobi poursuit son exploration en abécédaire de Marseille. Au gré de ses balades, il construit un regard singulier sur la ville, lettre par lettre. Arrivé à la lettre P, il a choisi le P de pizza.

Encore une promenade d’enseigne en enseigne cette semaine. La pizza nous donne l’embarras du choix et couvre en principe largement l’alphabet. Elle est absente au X seulement. Qu’importe, deux anchois croisés feront l’affaire. Pour le reste : ce qu’on peut penser de la pizza et de ses amateurs, revenons aux racines et fions-nous à Alexandre Dumas qui décrit ici avec génie la pizza napolitaine et son idolâtre consommateur : le lazzarone.

« Quoique le lazzarone appartienne à l’espèce des omnivores, le lazzarone ne mange en général que deux choses : la pizza et le cocomero.

On croit que le lazzarone vit de macaroni : c’est une grande erreur qu’il est temps de relever ; le macaroni est né à Naples, il est vrai, aujourd’hui le macaroni est un mets européen qui a voyagé comme la civilisation, et qui, comme la civilisation, se trouve fort éloigné de son berceau. D’ailleurs, le macaroni coûte deux sous la livre, ce qui ne le rend accessible aux bourses des lazzaroni que les dimanches et les jours de fête. Tout le reste du temps le lazzarone mange, comme nous l’avons dit, des pizze et du cocomero ; du cocomero l’été, des pizze l’hiver.

La pizza est une espèce de talmouse comme on en fait à Saint-Denis ; elle est de forme ronde et se pétrit de la même pâte que le pain. Elle est de différentes largeurs, selon le prix. Une pizza de deux liards suffit à un homme ; une pizza de deux sous doit rassasier toute une famille.

Au premier abord, la pizza semble un mets simple ; après examen, c’est un mets composé. La pizza est à l’huile, la pizza est au lard, la pizza est au saindoux, la pizza est au fromage, la pizza est aux tomates, la pizza est aux petits poissons ; c’est le thermomètre gastronomique du marché : elle hausse ou baisse de prix, selon le cours des ingrédients sus-désignés, selon l’abondance ou la disette de l’année. Quand la pizza aux poissons est à un demi-grain, c’est que la pêche a été bonne ; quand la pizza à l’huile est à un grain, c’est que la récolte a été mauvaise.

Puis une chose influe encore sur le cours de la pizza, c’est son plus ou moins de fraîcheur ; on comprend qu’on ne peut plus vendre la pizza de la veille le même prix qu’on vend celle du jour ; il y a pour les petites bourses des pizze d’une semaine ; celles-là peuvent, sinon agréablement, du moins avantageusement, remplacer le biscuit de mer.

Comme nous l’avons dit, la pizza est la nourriture d’hiver. Au 1er mai, la pizza fait place au cocomero ; mais la marchandise disparaît seule, le marchand reste le même. Le marchand c’est le Janus antique, avec sa face qui pleure au passé, et sa face qui sourit à l’avenir. Au jour dit, le pizzaïole se fait mellonaro. »

Alexandre Dumas, Le Corricolo

Chapitre VIII, Le lazzarone

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Écrivain, dessinateur et linograveur, Michéa Jacobi a fait de l’alphabet le bâton de marche d’une quête littéraire. Celle de lire le monde à travers les 26 lettres de l’alphabet. Aux éditions la Bibliothèque, il a entrepris un grand œuvre baptisé humanitas elementi réunissant 26 ensembles de vies humaines réunies par leur obsession commune. Chacune de ces classes comprenant 26 biographies, cela porte à 676 les vies ainsi rassemblées. En parallèle, pour Marsactu, il a croisé cette obsession alphabétique du monde avec sa passion de piéton arpentant sa ville. Il le fait souvent avec son complice, le photographe Luc Barras. Vous pouvez trouvez ci-dessous les inventaires déjà parus.

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Michea Jacobi
Michéa Jacobi est graveur et écrivain. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Chroniqueur à Marseille l’Hebdo pendant plus de dix ans, il a rassemblé ses articles dans un recueil intitulé Le Piéton chronique (Éditions Parenthèses) et il a écrit pour le même éditeur une anthologie littéraire Marseille en toutes lettres.

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