Un totem est tombé. Depuis des années, le maire de Marseille et sa majorité avancent le chiffre de 5000 nouveaux habitants par an pour illustrer l’attractivité retrouvée de la ville depuis que la droite en a les commandes. En juin 2013, le discours de Jean-Claude Gaudin pour l’inauguration du Mucem offre un condensé de la rhétorique “Marseille accélère” :

Marseille est redevenue attractive sur le plan économique, démographique, commercial et touristique. Depuis 18 ans, nous avons pu faire reculer le chômage de 21% à 12%, tout en augmentant notre population de 5000 habitants chaque année. Nous avons su créer des emplois notamment pour les jeunes des quartiers, grâce aux deux zones franches urbaines que nous avons créées.

Lors de la campagne des municipales de 2008, où le chiffre magique était déjà de mise, Marseille sortait effectivement d’une période de poussée démographique importante : 54 000 habitants gagnés entre 1999 et 2007. Désormais, à en croire le dernier recensement de l’Insee, publié fin décembre, on en est loin. Entre 2007 et 2012, la ville a gagné… 120 habitants, soit une hausse de 0,1 %. L’ex candidat socialiste Patrick Mennucci n’a pas manqué l’occasion de fustiger la “propagande [qui] ne repose sur aucune donnée statistique” de l’équipe municipale.

Quand la machine s’est-elle enrayée ? Même si les statistiques de l’Insee ne permettent pas de suivre précisément l’évolution de la population année par année, on peut dire à gros traits que Jean-Claude Gaudin aurait dû ranger la statistique au placard dès son élection en 2008. Dommage, puisqu’elle sonnait au diapason des 5000 constructions de logements par an, elle aussi nuancée par les faits.

Le centre se dépeuple

Dans le détail, les arrondissements sont touchés de manière très diverse après la hausse démographique générale de l’âge d’or 1999-2007. Ainsi, l’afflux de population ne suit pas le renouveau du centre-ville, théâtre de grands chantiers. Le Sud subit également une émigration résidentielle, mais d’ampleur moindre. La périphérie Est de la ville s’étoffe portée par des programmes immobiliers, tandis que le 15e arrondissement poursuit sa croissance (3000 habitants gagnés, après les 6 600 de la période précédente).

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L’addition de toutes ces données amène à un constat : Marseille stagne et épouse ainsi la tendance régionale. “La croissance démographique ralentit”, titre l’Insee en Provence-Alpes-Côte d’Azur. “La population régionale a ainsi augmenté de + 0,3% en moyenne chaque année, soit un rythme inférieur à celui de France métropolitaine (+ 0,5 %). La situation était inverse entre 1999 et 2007. Paca affichait une croissance démographique plus forte que la moyenne nationale (+ 0,9 % par an contre + 0,7 %).” 

Small is beautiful

L’héliotropisme a vécu et “désormais, seul le solde naturel (excédent des naissances sur les décès) contribue à l’accroissement démographique de Paca”. Petit bémol, l’étude n’offre pas de chiffres précis par communes pour différencier les arrivées et départs de populations avec le solde naturel des naissances et décès. Par ailleurs, dans le département, certaines zones restent attractives. “Comme ailleurs en France, les espaces périurbains continuent de s’étendre. La croissance démographique est particulièrement forte dans le moyen pays et l’étalement urbain se poursuit dans les couronnes des pôles urbains”, observe l’Insee.

Dans l’espace métropolitain, Aix-en-Provence et Vitrolles perdent chacune plus de 2000 habitants. Les sous-préfectures Istres et Arles stagnent, tout comme Aubagne. La tendance n’a pas force de règle. Mais dans leur ensemble, les villages et villes de moins de 10 000 habitants, qui totalisent 20% de la population du département, représentent les deux tiers de la croissance démographique. La rurbanisation s’accélère, bien au-delà des communes de la première couronne d’Aix ou de Marseille.

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Déménagements internes à la métropole

Il y a quelques mois, l’institut de statistiques présentait une autre étude, très complète, sur les dynamiques démographiques de la métropole Aix-Marseille Provence. Elle fournit des sous-titres précieux à la carte ci-dessous, qui représente l’évolution des communes du département. Des migrations importantes existent avec d’autres régions (Île-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon…), mais l’Insee met en évidence d’autres mouvements internes : “Sur la période récente, la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile ainsi que celle de Salon-Étang de Berre-Durance bénéficient d’un excédent migratoire, qui résulte principalement d’arrivées en provenance de MPM et du Pays d’Aix. Ces échanges reflètent vraisemblablement un parcours résidentiel de familles qui s’installent dans l’espace périurbain moins dense pour accéder à la propriété ou gagner de l’espace à un coût moindre.”

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Cette migration purement résidentielle, au prix de déplacements domicile-travail s’observe sur notre carte avec la périphérie salonaise et le versant Nord de l’Étoile. Hors du département, l’Ouest Var et le Sud Luberon sont aussi des terres d’accueil. “Près de six actifs sur dix s’installant dans ces communes limitrophes continuent en effet de travailler dans la métropole”, écrit l’Insee.

Le boom des autres métropoles

On le comprend, comparer Marseille ou Aix avec Meyreuil n’est pas vraiment pertinent puisque toutes participent d’un même bassin de vie. C’est à la lumière de Toulouse, Bordeaux ou Lyon que doit s’apprécier la stagnation de la deuxième ville de France. Si le chiffre brut, 24 habitants gagnés en moyenne par an, est cruel, l’exercice de comparaison est carrément inquiétant : parmi les huit plus grandes villes de France, seule Nice fait pire que Marseille. Mais on a vu plus haut que la ville centre est aussi liée à ses périphéries, où la croissance a tendance à se disperser. À cette échelle de l’agglomération – ou “aire urbaine” pour reprendre la terminologie de l’Insee – les statistiques de Toulouse, Bordeaux ou Rennes sont boostées et l’écart se creuse encore. Coïncidence des dates, ces villes concurrentes qui disqualifient Marseille en terme d’attractivité sont déjà des métropoles sur le plan institutionnel. Cela pourra alimenter le débat parlementaire sur la future métropole marseillaise qui débute ce mardi au Sénat.

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