Bras de fer entre Bernard Tapie et son associé belge autour de La Provence

Actualité
Julien Vinzent_
9 Oct 2017 1

Propriétaire de 11 % du capital de La Provence, le groupe belge Nethys pourrait comme prévu monter à 34 %. Mais son évaluation de la valeur du journal diverge largement de celle de Bernard Tapie. Un expert est chargé de trancher.

Combien vaut le groupe La Provence ? Cette question pas si simple est entre les mains du tribunal de commerce de Paris, chargé d’arbitrer entre l’actionnaire principal Bernard Tapie et son partenaire minoritaire L’Avenir développement (groupe Nethys). Entré au capital en 2015 à hauteur de 11 %, le groupe belge avait pris une option pour monter à 34 %, voire à 49 %. Une manière de poursuivre son implantation locale, après les 20 % acquis dans Nice-Matin en 2016. De son côté, Bernard Tapie donnerait ainsi quelques gages au plan de remboursement de son abyssale dette, validée en juin. Le tribunal de commerce de Paris avait ainsi permis à l’homme d’affaire d’échapper au remboursement des 404 millions d’euros issus de l’arbitrage Adidas-Crédit lyonnais, annulé par la justice.

« Comme prévu, L’Avenir développement va exercer son option, se félicitait Bernard Tapie dans les Échos, en mars. L’entreprise est revenue aux bénéfices. Ce résultat a été obtenu sans diminuer les investissements prévus pour financer la restructuration nécessaire. » Sauf que les deux parties divergent nettement sur le montant de la transaction… Évoqué succinctement par le Figaro fin septembre, ce conflit était détaillé par l’Écho jeudi dernier. « Nethys et moi, nous avons travaillé main dans la main, dans un esprit ouvert et d’amitié et là, nous ne sommes plus que deux camps qui n’ont plus d’autre intérêt que celui de défendre leur pré carré », lance Bernard Tapie dans le quotidien belge.

Une vente du siège ?

Le pacte d’actionnaires signé en 2015 prévoyait pourtant une formule de calcul, basée sur la valeur estimée du groupe La Provence. Pour Bernard Tapie celle-ci serait de 54 millions. À l’appui de son calcul, il semble sortir de sa manche une carte maîtresse. Il aurait reçu « une offre à 32 millions pour l’immobilier de La Provence », rapporte l’Écho. Situé en plein cœur de l’extension d’Euroméditerranée, à deux pas du métro Bougainville et du futur parc des Aygalades, le siège de La Provence serait-il à vendre ?

Élu SNJ au comité d’entreprise, Serge Mercier concède que la rumeur est ancienne, mais précise que la direction a répondu récemment qu’il n’en était « pas question aujourd’hui ». Côté Nethys, l’Écho évoque un chiffre, 10 millions d’euros, que le groupe belge n’a pas souhaité confirmer puisqu’« un expert a été mandaté pour faire cette évaluation ».

Comme prévu par le pacte d’actionnaires, celui-ci sera désigné par le tribunal de commerce qui devra trancher le litige. Bernard Tapie, qui lutte contre un cancer aurait confié ce dossier au PDG Jean-Christophe Serfati. Il a toutefois pris la peine de répondre longuement à l’Écho, annonçant clairement la couleur : « On ne veut pas rester avec un actionnaire dormant à 11%. » Autrement dit, ou bien Nethys paie – de préférence selon une valorisation élevée – ou bien ce sera la guerre et il cherchera à les sortir de la société.

Le PDG de Nethys sur la sellette

Ces dissensions interviennent alors que Nethys se trouve au cœur d’un scandale politico-financier en Belgique. Si celui-ci concerne peu La Provence, les choix d’investissements à l’étranger font l’objet de critiques de la commission d’enquête parlementaire qui a scruté la gestion du groupe para-public, dont les actionnaires sont des communes belges. « Nethys n’a cessé de multiplier les investissements dans des nouveaux créneaux d’activité […] comme le rachat d’actions dans la presse provençale. […] Une telle diversification apparait toujours plus éloignée de l’intérêt communal qui fonde l’action des pouvoirs locaux », estime son rapport, rendu en juillet.

Dans un entretien choc avec l’Écho où elle demandait la tête du PDG de Nethys Stéphane Moreau, avec qui Bernard Tapie a jusqu’ici négocié, la nouvelle ministre wallonne des Pouvoirs locaux Valérie De Bue se montre encore plus claire : « Il faut se recentrer sur des objectifs compris dans la notion d’intérêt communal. Il y a une dérive qui a été pointée et qui n’est plus acceptable. La diversification vers des organes de presse comme Nice Matin ne rentre pas dans l’intérêt communal. » Des déclarations vivement critiquées par Bernard Tapie dans ce même journal : « Cela fait 40 ans que je fais des affaires et ce que je peux vous dire, c’est que les affaires ne se font pas sur la place publique. Ce faisant, on porte un préjudice à la société et à ses filiales. »

Pour l’heure, Stéphane Moreau est encore PDG de Nethys. Officiellement, ce contexte tendu ne semble pas avoir entamé la volonté du groupe de monter au capital. Mais si la valorisation retenue par l’expert était faible, le groupe belge pourrait aussi forcer Bernard Tapie à racheter ses 11 % des parts au prix de départ, 5 millions d’euros. De quoi compromettre sérieusement son plan de désendettement, qui misait au contraire sur l’argent frais apporté par les cessions successives du capital de La Provence.

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