Boyer contre Chamassian : dernier round serré à l’ombre du vote FN

Actualité
le 16 Juin 2017
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Arrivé en tête dimanche dernier, le marcheur Pascal Chamassian rêve de mettre fin au mandat de la sortante Les Républicains Valérie Boyer, en place depuis 2007. 1600 voix les séparent. Le report des suffrages des électeurs du Front national et de la France insoumise sera crucial.

Pascal Chamassian (LREM) et Valérie Boyer (LR) lors du débat d'entre deux tours sur France 3. Crédit : France3

Pascal Chamassian (LREM) et Valérie Boyer (LR) lors du débat d'entre deux tours sur France 3. Crédit : France3

Sur le plateau de France 3 Provence, mercredi après-midi, le débat entre les deux candidats en lice dans la première circonscription n’a pas su les départager. Mais il a, en creux, révélé quelques unes des clefs du second tour. Arrivé en tête avec 29,4 % des exprimés, Pascal Chamassian appelle à donner une majorité à Emmanuel Macron. Il prône “le renouvellement des têtes, mais aussi des projets et des pratiques”. En clair, il attend de la vague qu’elle se confirme. Sera-ce le cas ? Face à lui, la sortante Les Républicains, Valérie Boyer (24,7 %), incite à “lutter contre la pensée unique”. Elle lâche aussi le triptyque magique “immigration-terrorisme-sécurité” de tout candidat qui cherche à séduire les électeurs FN. Le seront-ils ? Éléments de réponse.

Une sortante, un challenger

“Dimanche, Valérie a été particulièrement soulagée. Parce qu’elle n’était absolument pas certaine d’être au second tour”, note un de ses partisans. Elle pointe en deuxième position, à 1600 voix derrière Pascal Chamassian. Au soir du premier tour, dans son QG de campagne, elle affichait sa satisfaction : “En 2012, nous avions 2500 votes de retard sur Masse. Et nous avons gagné avec 505 voix d’avance ! Ces 1600 voix, nous allons les rattraper, j’en suis convaincue”.

Mais, par rapport au dernier scrutin législatif, sa baisse en suffrages exprimés est notable. En 2012, elle réalisait 26,1 % des voix et engrangeait 10 988 bulletins. Cette fois, avec 8 481 votes, elle perd plus de 2500 voix. Surtout, à l’époque, la candidate Boyer faisait face, au premier tour, à la dissidence du maire de secteur d’alors, Robert Assante (DVD) dont les 3000 voix se sont quasi intégralement reportées sur elle au second. “En fait, si on additionne les deux, en 2012, Valérie Boyer était à plus de 33 % (soit 14 000 voix)”, note un ancien assantiste.

Même s’il vire en pole position, avec plus de 10 100 voix, le marcheur Pascal Chamassian convient qu’il aurait aimé un score plus tranché. Il n’atteint pas les 30 % et s’offre moins de 5 points d’avance sur sa rivale. “Mais je suis déjà ravi d’être en tête, alors qu’Emmanuel Macron n’a fini que 4e à la présidentielle sur la circo”, pondère-t-il.

Des réserves et des absents

Le FN avec ses 6 834 voix et les 4 205 bulletins de la France Insoumise sont évidemment dans toutes les têtes. Très en deçà de leurs taux habituels, les forces traditionnelles de gauche sont dispersées et morcelées. “Chamassian glanera des voix chez FI, les Verts et le PS, mais pas toutes”, analyse un proche de Valérie Boyer. Bernard Borgialli, investi par la France Insoumise, confesse sa surprise : “Personne ne m’a contacté. Ni Mme Boyer, ni M.Chamassian. J’avoue que ça m’a étonné”. À croire que les 12,2 % d’électeurs qui ont voté pour lui (et qu’il remercie chaleureusement) n’intéressent personne. Fidèle à l’esprit de mouvement, il ne leur donne aucune consigne. À titre personnel ? “Je n’ai une attirance, ni pour l’un, ni pour l’autre. Mais peut-être encore un peu moins pour Mme Boyer.”

Le représentant de la République en Marche voit ses “premières réserves” chez celles et ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle, mais ne se sont pas déplacés dimanche. “Parce que les sondages étaient bons, qu’ils croyaient que c’était plié, ou qu’ils n’ont pas forcément perçu qu’il se jouait quelque chose chez eux aussi.” De ce côté-là, pourtant sa réserve paraît mince. Emmanuel Macron a réalisé un peu plus de 11 000 voix au premier tour de la présidentielle (soit un millier de plus, seulement, que Pascal Chamassian dimanche).

De son côté, l’élue Les Républicains a surtout bien profité de l’effondrement national du FN que personne n’a vu venir. Franck Allisio, ex LR investi par le FN dans la circo, reconnaît qu’il a fait “une chute de six étages” à l’annonce des résultats. Malgré des appels du pied des Républicains à leur ancien camarade, ce dernier indique dans une communiqué (cinglant pour son ancienne famille politique) qu’il ne choisira pas entre “la majorité macroniste et une représentante clientéliste et moralement corrompue de la fausse droite”. Il explicite son ni-ni : “J’ai un différend politique avec Pascal Chamassian et un différend éthique avec Valérie Boyer.” On sent bien que le dernier pèse plus lourd que le premier. Le frontiste le reconnaît : “Entre un traître et un ennemi… on en veut toujours un peu plus au traître”. Un sympathisant de Valérie Boyer s’irrite : “Allisio ? Il ne peut pas la supporter, alors il va faire voter En Marche !”

Connue pour ses prises de positions parfois très droitières, Valérie Boyer hausse les épaules : “Avant d’aller chercher le vote FN, je vais surtout m’occuper de l’abstention”. La députée sortante totalise 8400 voix, quand Fillon en réalisait 13 000 le 23 avril. “Donc elle a des réserves”, se rassure un cadre Les Républicains. Difficile de savoir quelle option les quelque 43 000 abstentionnistes (sur 78 000 inscrits) choisiront dimanche prochain. En 2012, la circonscription avait perdu 2000 électeurs entre les premier et second tours.

Vieille politique et oie blanche

Franck Allisio, qui ne cache pas sa déception de ne pas être encore en lice, se sait victime d’un contexte national défavorable au FN. Mais aussi de “pratiques d’un autre âge”, assure-t-il. Il dénonce “des fraudes et des irrégularités grossières”. Sur la même ligne, Pascal Chamassian (LREM) a signalé aux services préfectoraux plusieurs centaines de bulletins “marqués”, émanant de différents bureaux (Michelis, Saint-Marcel, La Pomme-Heckel). “Vous arrivez dans un bureau en nombre, en faisant un peu d’animation, pour que les assesseurs perdent de vue les racks de bulletins. Vous en prenez un gros paquet et vous les marquez au dos avec une bague ou un coup de crayon. Au dépouillement, cela fait un signe distinctif et les invalide. C’est une vieille méthode à la Guérini, ça !”, rigole un briscard de la vie politique marseillaise. Dans un bureau d’Air-Bel, le FN suspecte un bourrage d’urne.

Qui œuvre en sous-main ? Valérie Boyer s’offusque qu’on lui pose la question. Elle précise avoir été, elle aussi, victime de dessins obscènes et de propos sexistes griffonnés sur ses bulletins. “Oui, enfin, sur quatre bulletins… La ficelle est un peu grosse. Je ne vais pas faire mon oie blanche, mais à ce point-là, c’est grave !”, s’agace Pascal Chamassian. La tentation de la fraude existe, admet un sympathisant de droite dans le 11-12. “Par endroits, c’est un peu voyant, convient-il. Mais ça reste quand même un épiphénomène.” Dimanche, seuls 175 bulletins nuls ont été comptabilisés, soit 0,5 % – dans la moyenne de la ville -, contre 343 au premier tour de la présidentielle.

Attaquée comme l’héritière de “la vieille politique”, Valérie Boyer renvoie Pascal Chamassian à ses années de compagnonnage avec les “socialistes Mennucci et Guérini”. Au sortir du débat de France 3, la fillonniste cingle : “J’ai combattu Masse en 2007, puis Masse en 2012 et Masse en 2014. Et là… j’ai l’impression d’avoir Masse 2017, face à moi”.

Trou de souris et cheval de Troie

Des pronostics pour dimanche ? Ils sont rares à oser se mouiller. Bruno Gilles, le président de la fédération des Républicains, fort marri de l’échec d’Yves Moraine dans la 5e, prévoit un scrutin serré mais se dit confiant. Un élu les Républicains soupire : “Valérie a un trou de souris. Et c’est sans doute la seule de nos sortants qui en a un…”

La claque du premier tour qui a laissé KO debout l’essentiel de ténors LR locaux, remise pour un temps la guerre des droites au placard. Même si, dans la première circonscription, à la différence de la deuxième par exemple (où Jean-Claude Gaudin est venu soutenir Dominique Tian), les hauts-gradés LR ne se bousculent pas au portillon pour venir sauver la soldate Boyer. “Tian nous a demandés de venir, elle non. Valérie est solitaire, dans la victoire comme dans la défaite”, pose un cadre du parti que ce côté “seule contre tous” exaspère un rien. “Nous avons reçu un coup de main des équipes de Martine Vassal et d’Yves Moraine”, évacue Julien Ravier, le suppléant de la sortante.

Face à Valérie Boyer qui en fait “le cheval de Troie de la gauche marseillaise”, Pascal Chamassian continue sa campagne en espérant surfer sur la dynamique. Il arrive en tête dans la grande majorité des bureaux des beaux quartiers du 12e (Accates, Éoures, Saint-Julien, etc.), grignotant largement dans l’électorat traditionnel de la sortante. “Il lui mange la laine sur le dos, note Franck Allisio (FN). Alors faire campagne, comme Valérie le fait, en disant qu’il faut faire barrage à la gauche est assez ridicule. On ne fait pas barrage à quelque chose qui ne nous fait pas peur.” Un cadre LR conclut, mi-figue mi-raisin : “Nous savons que c’est possible ; que Valérie Boyer peut gagner. Mais notre crainte c’est que la victoire aille à la victoire et que la vague Macron s’amplifie.”

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Commentaires

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  1. LaPlaine _ LaPlaine _

    Et madame Boyer qui tweete “Dimanche votez pour un bilan et des convictions”… on pourrait presque ajouter “par pitié”. Le contrecoup du ministère perdu n’est pas encore passé que la deuxième lame arrive.

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  2. julijo julijo

    Quel choix !!!!
    Boyer est macron-compatible, c’est obligatoire si elle veut exister….et elle ne souhaite que ça. Elle a raison, sinon sa carrière est finie.
    Chamassian c’est fait… du ps local, masse, guérini, mennucci… il a rejoint joyeusement “en marche”….et il marche chamassian !! sûrement l’idée de faire une bonne affaire…il a vite compris que le ps marseillais n’était pas privilégié par macron….. lui il a une carrière à faire.

    A quoi ça sert, d’y aller ???? Quel(le) député (e) va améliorer ma vie ???
    même avec une idée de la démocratie républicaine chevillée au corps…. pourquoi ne pas faire comme certains aujourd’hui, changer de parti, comme changer de chemise…et rejoindre le premier parti de france : les abstentionnistes ????

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  3. LaPlaine _ LaPlaine _

    Boyer Macron-compatible…? Çà c’est un scoop…

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  4. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    C’est même à mourir de rire. En revanche la charge contre Pascal Chamassian n’est pas drôle mais écœurante. Quiconque le connait ne peut être que consterné que l’on parle de lui en ces termes.

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    • julijo julijo

      Tout ce que vous voulez…..et je prends les paris !
      La 1ère circo, c’est la mienne depuis 30 ans…alors je connais bien.
      Boyer en général tourne avec le vent et chamassian élu depuis 2008…ccaf, puis jaf…puis orange … guérini, puis masse, puis macron

      Zavez pas tort, tout ça est plutôt écœurant.

      Bien entendu, mon propos concerne les candidats : la femme et l’homme “politiques” publics qui briguent l’un et l’autre un poste de député. Et bien évidemment, en tant qu’individus particuliers je n’ai aucun jugement à porter ils sont et font bien ce qu’ils souhaitent, ça m’est indifférent.

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  5. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Boyer a toujours été de la même tendance “droite de la droite” marseillaise avec Tessier et de ce fait avec Fillon au niveau national, en revanche elle a changé de circo au gré de ses fortunes électorales et du rapport de force au sein de son camp. L’itinéraire associatif arménien de Chamassian de la JAF au CCAF est linéaire et sûrement pas en “girouette”, Orange c’est son employeur et cela n’a pas grand chose à voir avec son engagement politique ou associatif. Quand à Guerini Menucci ou Masse… on peut faire la même remarque pour tous ceux et toutes celles qui ont été candidat(e)s, sur les listes de gauche aux Municipales de 2008 et 2013… qu’ils/elles soient aujourd’hui les uns chez Macron, les autres chez Mélenchon et les derniers à la pêche, ne fait pas argument dans la critique que l’on peut en faire aujourd’hui.

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    • julijo julijo

      Tout ce que vous voulez…..et je prends les paris ! je maintiens

      Zavez toujours raison, félix. Votre avis sur tout et tous est rafraîchissant !

      Apprenez à lire mieux…Boyer est girouette, Un “et” sépare la phrase en deux, chamassian n’est donc pas girouette….il poursuit sa carrière…..en marche forcée ! Je le trouve aussi très “linéaire” effectivement.
      j’ai cité orange, parce qu’il l’a rejoint quand il n’a plus été élu….ça aussi, c’est public.

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  6. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Non Julijo, vos informations sont fausses, Pascal Chamassian n’a jamais eu de mandat lui permettant d’en vivre (il a été conseiller municipal d’opposition de 2008 à 2013, il est depuis ,Conseiller d’arrondissement d’opposition) et est entré chez France Telecom au début de sa vie professionnelle, cela doit donc faire dans les 25 ans, à l’époque où c’était encore une entreprise publique… tu parles d’un carriériste…
    Ravi de vous rafraîchir. Que parie-t-on ?

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      La FI mélange un peu les carottes et les navets, pour élaborer une soupe assez exotiques d’informations qui pour Boyer ou Chamassian sont tordus au gré de l’orientation souhaitée du discours. Si Boyer est une girouette, elle est rouillée et n’indique qu’un seule et même direction, à droite toute.

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