Balade aux confins de Marseille dans le cercle de garrigue d’anciens confinés

Échappée
le 30 Mai 2020
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Pour fêter le retour des balades urbaines et marquer le souvenir de ces mois de déplacements restreints, la coopérative d'habitants Hôtel du Nord propose des promenades dans des cercles d'un kilomètre. Avant-goût inaugural dans le vallon des Mayans.

Tracer un cercle d’un kilomètre de rayon autour de soi et voir jusqu’où il nous mène. Pour beaucoup, l’exercice de géographie sanitaire a vite buté sur le béton. Avec, pour les chanceux, un pan de mer au loin. D’autres ont vécu ces deux mois hors du monde dans un écrin de verdure, rendu plus précieux encore durant cet isolement contraint. Fati et Rachid sont de ceux-là.

Pour grimper jusqu’à chez eux, il faut tourne-virer entre les tour du Nord de la ville, esquiver les lotissements pour plonger dans les vallons en enfilade qui forment le piémont de l’Étoile. Ils habitent au fond du fond du vallon des Mayans, dans un confin où Marseille se confond avec Septèmes-les-Vallons. Ce lundi, le couple ouvre le cercle aux promeneurs dans le cadre d’un cycle ouvert par la coopérative Hôtel du Nord dont ils sont sociétaires.

Redécouvrir la zone d’un kilomètre

Ce réseau d’habitants qui offrent « une hospitalité en mouvement » définit ainsi ces balades circulaires.

Nous vous proposons une série de promenades pour partager à la fois les histoires mais aussi les transformations qu’a occasionné le confinement dans notre rapport à nos espaces de proximité. L’appartement, le jardin, le quartier, la zone des 1km, le dedans et le dehors, nous avons tous.tes du redéfinir nos frontières, nos usages et au bout du compte nos perceptions et notre connaissance de nos lieux d’habitation et nos territoires quotidiens.

Pour Fati et Rachid, ces deux mois de claustration ont été l’occasion une longue pause. « Je n’ai rien fait, lâche Fatima Haddou, dans un éclat de rire. J’en avais tellement besoin. En un an, je m’étais arrêtée 15 jours. Il fallait une pause. » Depuis quatre ans, la jeune cinquantenaire à l’allure sportive dirige une société de traiteur. Elle est la cantinière de la cité des Arts de la rue, à quelques battements d’ailes. Son mari, Rachid est mécanicien sur le port, où il s’occupe de la maintenance des engins des quais. Ensemble, ils ont profité de cette mise à l’écart sociale pour plonger dans le vert jardinier.

Vue sur le jardin de Fati et Rachid. Photo : BG

Tailler les oliviers qui ont survécu au gel de l’hiver 1956. Débroussailler la colline. Préparer les plantations maraîchères pour l’été. « En cette saison, j’y puise l’essentiel de ce que je sers à manger », explique Fati qui revendique une cuisine méditerranéenne avec circuits courts et racines croisées. Depuis 20 ans, ils ont apprivoisé cette campagne jusqu’à en connaître tous les recoins et les histoires. La petite bourgeoisie marseillaise y a construit ses campagnes, équivalent vert du cabanon de bord de mer.

Balades exploratrices

Leur maison, carré et robuste, a été bâtie par un entrepreneur arménien dans l’esprit simple du quartier des Borels, au début des années 1950. L’urbanisation progressive profite du morcellement de ces campagnes et notamment de la campagne Martin qui s’ouvrait à l’entrée du vallon des Tuves.

D’ordinaire, il ne voit guère de monde. Mais, avec le confinement, le tortillon accueille des promeneurs. « On a vu arriver des familles venues balader se risquer jusqu’ici. Il y avait des gens de la Savine ou des cités voisines, note Fati. Depuis le déconfinement, on ne les voit plus. »

Il n’y a guère que les équipages de police qui s’aventurent aussi loin pour s’entraîner au tir dans l’ancienne carrière du bout du vallon. Les jeunes pins qui festonnent la colline ne trompent personne. Le vallon a longtemps eu un destin laborieux. Sur le terrain du stand de tir, il y a le vestige d’un ancien four à chaud. Les bancaou sont encore visibles au sud. « Il y avait ici une culture maraîchère de longue date », explique Rachid qui prolonge cette activité en mode jardinier.

La décharge, les carrières, le stand de tir

Comme souvent à Marseille et à son entour, la verdure est très vite bornée de stigmates urbains. Au bout du vallon, on aperçoit les installations de la décharge de Septèmes dont les débordements de toutes sortes ont fait l’objet d’une lutte de longue haleine avant sa fermeture prochaine. Sur l’autre versant, on trouve un lotissement fantôme qui a fait couler autant d’encre. Lui aussi doit disparaître. Au-dessus de tout ça, un oppidum celte témoigne d’une présence millénaire.

Mais ce n’est pas sur ces traces que Fati et Rachid comptent amener les promeneurs déconfinés. Le sentier qu’ils empruntent serpentent sur le flanc nord où le vert dur des chênes kermesse domine. Chaque pas amène des senteurs de thym, romarin et ciste cotonneux. Il grimpe jusqu’aux premières hauteurs desquelles on aperçoit la mer qui scintille entre les tours de la Savine ou les toits de Plan d’Aou.

Cette balade est la version raccourcie d’une promenade des deux vallons qui embrasse d’un même allant les Mayans et les Peyrards. Il apparaît bientôt comme un petit village aux maisons collées. « On y trouve beaucoup d’enfants d’immigrés, raconte Fati. Des Italiens, des Espagnols, des Arméniens. C’est aujourd’hui un des quartiers où le vote FN fait un carton ».

La Suisse croise l’Algérie qui croise le Maroc à Marseille

Ni Fati, ni Rachid n’ont grandi dans ce terroir dont ils connaissent désormais le moindre recoin. Lui est riche d’une double ascendance algérienne et suisse allemande. Et c’est depuis Zürich qu’il a découvert Marseille en quête d’un retour en Méditerranée avant d’y trouver l’amour. Il parle encore le suisse alémanique qu’il a transmis à son fils.

Rachid Haddou pose avec une glace roborative alors que sa femme fuit l’objectif. Photo : BG

Fati a débarqué plus jeune à quelques pas de là. « Mon père est arrivé du Maroc dans les années 70 comme beaucoup d’immigrés qui venaient y chercher du travail, raconte-t-elle. J’avais 14 ans et je découvrais le bâtiment G du parc Kalliste« . Difficile de lui faire dire l’ambiance de la copropriété à l’époque. « Mon père n’était pas du genre à laisser sa fille traîner dehors », élude-t-elle. Elle attendra 1986 pour gagner son indépendance et rejoindre le quartier Longchamp en étudiante.

Des Rosiers aux Mayans

Ils ont d’abord habité une petite maison coincée entre Les Rosiers et la Marine bleue, dans le 14e avant d’atterrir dans ce bout du monde. Vues d’ici, les tours des quartiers populaires ne sont jamais loin. Elles émergent de la garrigue rase comme des concrétions calcaires. Le couple voit les tours tomber au fil des ans : à la Solidarité, à Kalliste ou à la Savine. Peu à peu remplacées par des bâtiments plus petits, prévus pour d’autres habitants.

Rachid tient le compte d’évènements plus violents. Les pins trop jeunes témoignent des feux qui ravagent régulièrement le massif.

Il y a pas si longtemps, leur maison a failli se prendre un hélicoptère, pris dans les câbles à haute tension. Au pied de l’étoile, les arbres rangés au cordeau témoignent des efforts de replantation.

« Cogiter de sa chaise »

« On voit de loin ces arbres alignés, râle Rachid. C’est incompréhensible. La rigueur géométrique de quelqu’un qui a dû cogiter dans sa chaise ». « Il y a là-haut des cyprès, des pins parasols des cèdres de l’Himalaya et même… », dit-il en baissant la voix comme on dit un secret « des frênes des Aurès », un épineux endémique d’Afrique du nord très habitué à l’aridité, qu’un ami à eux est venu planter en douce.

La balade redescend en douceur jusqu’au creux du vallon. On  y atterrit dans une oliveraie qui sert de lieu de loisirs à ceux qui connaissent le coin. Entre voisins, on évoque sa possible urbanisation, tout en espérant que la municipalité de Septèmes continue sa politique de préemption. Les pas s’achèvent dans le jardin qui se dore dans l’après-midi finissante. On cueille quelques nèfles, rondes et juteuses. Ce lundi, le cercle devrait se conclure avec une assiette. Les promeneurs ne s’y sont pas trompés puisque la balade affiche complet. Viendront ensuite Mourepiane, les Borels et l’Estaque avant que les cercles restreints ne soient plus qu’un souvenir commun.

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Commentaires

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  1. Tarama Tarama

    Merci pour ce bel article qui donne envie de se promener (même si la balade est complète)…

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    • Fatima HADDOU Fatima HADDOU

      bonsoir
      il reste 1 place voir 2.

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  2. Jacques89 Jacques89

    Joli souvenir commun, mais c’est pas demain la veille qu’on verra une volée de bartavelles. Si le végétal résiste, le reste de la vie a succombé à la pression humaine… La faune ne supporte pas les promenades.

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