Sans Babel ni la Fiesta, le Dock des Suds se cherche un avenir

Décryptage
Benoît Gilles
27 Mar 2018 2

Malgré le soutien de la ministre de la culture et de la présidente d'Euroméditerranée, le Dock des suds n'a pas de certitude pour son avenir. Année blanche pour Babel Med, Fiesta de nouveau nomade, le Dock doit trouver un partenaire privé pour s'ancrer dans la durée.

crédit photo flikr @So_P licence creative commons by-nd

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Qui veut la peau du Dock des suds ? Officiellement, personne. Au contraire, le lieu n’a jamais connu autant de sauveteurs. Il y a quelques jours, la ministre de la culture elle-même Françoise Nyssen, se fendait d’une réponse officielle pour dire son attachement “au maintien du Dock des Suds in situ”. Dans la foulée, la présidente d’Euroméditerranée, saisie par la ministre de cette question, fourbissait un communiqué pour dire en substance la même chose que la ministre : “Ce lieu culturel et récréatif doit être préservé et valorisé”. Fermé le ban médiatique.

Si l’écrin paraît sauvé, les perles musicales sont censées nomadiser ailleurs. Dans son communiqué, Laure-Agnès Caradec réitère une position déjà affirmée : pas de problème pour les concerts à l’intérieur des lieux, mais il en va autrement pour les festivals avec spectacles en extérieur. “Seul le maintien des deux grands évènements, que sont Babel Med et la Fiesta des Suds, sur ce site pose des questions insolubles”, écrit-elle. Pour exister, l’un et l’autre festival doivent pouvoir bénéficier de lieux de concerts à la fois dans et hors du Dock. Ces grands concerts de plein air étaient possibles quand les carrés de la trame Mirès qui entourent le Dock restaient libres de tout occupation. Avec l’université des métiers au Nord et des programmes immobiliers sur son flanc, le Dock est encerclé de toutes parts. Le parc est désormais habité, l’espace se restreint et la possibilité de danser jusqu’au bout de la nuit s’amenuise d’autant.

Passe au port

Dans le même communiqué, l’adjointe à l’urbanisme pointe du doigt le Grand port maritime de Marseille qui a accueilli la Fiesta à ses débuts dans les hangars du J4 encore debout. Une passe à l’aile portuaire devenue routinière tant les relations entre le grand port et Euromed sont tendues depuis des années.

Du côté du port, la direction confirme avoir été saisie par Latinissimo, l’association qui gère le Dock et promeut les deux festivals. Sans en dire plus sur l’étendue des discussions et leur issue. Le président de la structure, Marc Aubergy reconnaît que l’exploration se poursuit “autour de deux ou trois sites” sans davantage de précisions. De son côté, la nouvelle administratrice, Lucie Taurines, écarte le choix portuaire. “Nous travaillons sur un site en particulier mais il est trop tôt pour en parler”. À peine saura-t-on que la Fiesta aura lieu du 10 au 13 octobre.

Transmission

La période est délicate pour Latinissimo comme pour le milieu culturel dans son ensemble. Elle l’est d’autant plus que l’équipe historique est en train de passer la main. Si Bernard Aubert reste le directeur artistique des deux festivals, Florence Chastanier, son alter ego en charge de l’administration, a passé la main en interne à Lucie Taurines avant la Fiesta 2017. “Petit à petit, on fait monter une nouvelle génération”, confirme Marc Aubergy.

La période est d’autant plus délicate que des années difficiles en terme de fréquentation ont coïncidé avec une alternance politique au sein des collectivités locales qui financent Latinissimo. Or, l’association a pour particularité d’avoir construit des festivals adossés à un partenaire principal : le département pour la Fiesta, la région pour Babel Med music.

“Pressions désagréables”

Or, cette dernière s’est désengagée de son soutien à Babel Med alors même que Christian Estrosi avait donné des gages de continuité. Une porte brutalement refermée par son successeur. Lors d’un déjeuner de presse préparatoire à la plénière de la région, le 15 mars dernier, Renaud Muselier a réitéré son refus. “On me fait des pressions désagréables et je ne suis pas sûr qu’il y ait la rigueur comptable que l’on peut attendre d’un tel festival, assène le président. Cet évènement n’est soutenu ni par la Ville, ni par le Département. Nous sommes les seuls. La région tiroir-caisse, c’est fini. Si je paie, je veux avoir mon mot à dire sans subir de pression ou de menace.”

Marc Aubergy refuse d’entrer dans une polémique par médias interposés. “La pression, ce n’est pas dans mon habitude, se défend-il. Je suis à disposition de la région pour pousser plus loin les discussions sur l’édition 2019. C’est normal qu’il y ait un phénomène d’usure pour un évènement de ce type. Et nous sommes prêts à voir avec eux comment faire évoluer le concept.” Pour l’heure, l’équipe de Latinissimo peine à reprendre le dialogue mais n’envisage pas d’élargir le tour de table financier sans avoir épuisé toutes les voies de dialogue avec la région.

Partenaires privés

Car le soutien public ne pourra pas se limiter aux deux festivals. Pour donner un avenir au Dock des suds, il faut le réinventer de fond en comble. Marc Aubergy ne manque pas d’idées : “il faudrait trouver un accueil de journée avec un bar ou un resto ouvert sur le quartier, repenser les salles intérieures et assurer une meilleur protection acoustique vis-à-vis des futurs riverains”. Le chantier est immense. “Nous avons des discussions avec des investisseurs privés qui pourraient nous accompagner, reprend-t-il. Nous pouvons aussi évoluer vers une scène labellisée “musiques actuelles” pour avoir un soutien plus important de l’État mais tout ceci nécessite d’avoir un bail, ce qui n’est pas le cas”.

C’est là où le serpent des mers se mord le queue. D’abord avec le port puis avec Euroméditerranée, Latinissimo bénéficie de baux précaires. “La dernière convention d’occupation est renouvelée tacitement, chaque année”, indique-t-on à Euroméditerranée. Si cela offre un cadre légal à la présence du Dock, elle ne rassure pas complètement ses gestionnaires sur sa durée. Sur le site d’Euroméditerranée, le plan du Parc habité ouvre une bulle interactive pour chaque projet immobilier. Pour l’îlot 2C, il reste en gris.

Valoriser le foncier

 “Nous avons conscience qu’Euroméditerranée n’a pas vocation à rester notre bailleur, reprend Lucie Taurines. Sa mission est de vendre du foncier pour réaliser des aménagements. Nous avons été approché par un promoteur qui pourrait acquérir le terrain et nous aider à financer le projet global. Mais pour cela, il faut que la vocation culturelle soit acceptée par tous et que le prix du foncier soit réfléchi en ce sens.” Dans son rapport d’observations, la Chambre régionale des comptes évaluait à 12 millions le prix de vente à un promoteur pour y réaliser le projet initial de bureaux et logements. En cas de maintien de l’association, le prix sera forcément revu à la baisse.

Dans sa réponse, Euromed indique “qu’en cas de maintien de l’association, il revendrait le terrain pour 4,5 M€, sans toutefois préciser à qui”, souligne la chambre. Pour Latinissimo, il y a bien une voie possible, via un portage privé qui permettrait un bail dans la durée tout en les confortant en gestionnaires. Mais sans doute pas à ce prix. “Ensuite, on peut tout inventer : doubler la salle des sucres en repoussant la scène, investir le toit, énumère Lucie Taurines. Mais pour cela, il faut que les collectivités nous accompagnent, avec du mécénat, en allant chercher des fonds européens…” Et pourquoi pas imaginer un retour de la Fiesta à domicile après quelques années de nomadisme.

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