Au meeting de soutien à Macron, les transfuges de la droite locale cherchent à s’intégrer

Reportage
le 12 Mar 2022
16

Le Dock des Suds a accueilli une réunion publique de la République en marche ce samedi 12 mars. Marcheurs de la première heure et nouveaux venus dans la galaxie de la majorité présidentielle s'y sont retrouvés. Ils vont devoir désormais apprendre à cohabiter.

Hubert Falco, Martine Vassal et Renaud Muselier (ex LR) entonnent la Marseillaise au côté des macronistes Alexandra Louis, Anne-Laurence Petel et Gérald Darmanin. (Photo C.By.)

Hubert Falco, Martine Vassal et Renaud Muselier (ex LR) entonnent la Marseillaise au côté des macronistes Alexandra Louis, Anne-Laurence Petel et Gérald Darmanin. (Photo C.By.)

Ils sont venus, ils sont tous là. Ce samedi 12 mars, alors que l’après-midi glacial tire sur sa fin, le cabaret rouge du Dock des Suds se remplit peu à peu. Les députés de la majorité Saïd Ahamada, Claire Pitollat, Anne-Laurence Petel, Jean-Marc Zulesi, Alexandra Louis, Cathy Racon-Bouzon, Mohamed Laqhila, entre autres ; mais aussi le vice-président de la région Jean-Pierre Serrus, la conseillère régionale Sabrina Agresti-Roubache, maîtresse de cérémonie, le maire d’Arles Patrick de Carolis, les militants locaux… Quelque 500 personnes, en rangs serrés, pour accueillir Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, chargés de lancer la campagne du chef de l’État sortant, absent, parce que retenu à Paris pour cause de guerre en Ukraine.

“Le mot d’ordre élyséen, c’était : “tout le monde en rang, pas bouger, papa !””, rit un relais local de la Macronie. Parce que le meeting du soir avait une autre vocation : mettre en scène les noces de la République en marche marseillaise avec les ténors de la droite locale qui, ces dernières semaines, ont choisi de soutenir Emmanuel Macron.

Pack soudé

Alors que le Dock accueille les représentants des comités locaux, emmenés par Bertrand Mas-Fraissinet qui, à la tribune, rend “hommage à celles et ceux qui ont été de tous les combats de la majorité présidentielle pendant 5 ans”, les lieux voient aussi arriver des visages qui, il n’y a pas si longtemps, s’opposaient au président de la République. Hubert Falco, maire de Toulon et président de sa métropole, Renaud Muselier, président de la région et Martine Vassal, présidente du département et de la métropole Aix-Marseille, au premier chef, qui viendront dire sur scène dire tout le bien qu’ils pensent du sortant.

Renaud Muselier, président de la région Paca, et Hubert Falco, maire de Toulon, au meeting de la majorité présidentielle LREM, le 12 mars 2022, à Marseille. (Photo C.By.)

Rien ne lui a été épargné. Et malgré toutes les problématiques, il s’est penché sur le berceau de notre territoire”

Martine Vassal

Martine Vassal fait mine de s’interroger sur son ralliement. “On me dit, “c’est bizarre !” Mais non”, explique l’ancienne secrétaire départementale Les Républicains. Emmanuel Macron ? “Rien ne lui a été épargné. Et malgré toutes les problématiques, il s’est penché sur le berceau de notre territoire.” Hubert Falco, grand fan s’il en est du Rugby club toulonnais, file la métaphore sportive : “Pour faire reculer les packs, il faut être soudés”. Et, pense-t-il, Macron est tout simplement “le meilleur”. Renaud Muselier, lui, fait du président le seul garant de la démocratie fragilisée par l’invasion russe en Ukraine.

Bienveillance et coups de griffes

Les militants approuvent, bien galvanisés aussi par une vidéo d’une vingtaine de minutes d’Emmanuel Macron. Le président-candidat y égrène les axes de la campagne qui sera la sienne, autour de quatre “pactes” (pacte européen, pacte entre les générations, pacte productif et pacte républicain). Mais dans la salle, l’attention est ailleurs. Car dans ce public se mêlent deux tendances. La Macronie canal historique et les ralliés de la dernière heure. Bien sûr, la bienveillance est de mise. “Il s’agit d’être unis derrière des valeurs, pose la députée Alexandra Louis. Plus il y a de soutiens et plus j’en suis contente. Dans cette campagne, il faut faire la part entre les étiquettes et l’importance du combat à mener.” À quelques mètres de là, Saïd Ahamada tient, presque mot pour mot, le même discours : “Plus on est nombreux et mieux ce sera. Nous on n’a pas bougé depuis 2017. Ouvrir, ouvrir, ouvrir ! On a toujours fait ça.” 

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Gabriel Attal, au meeting de la majorité présidentielle, le 12 mars 2022, à Marseille. (Photo C.By.)

À la tribune, Gérald Darmanin s’amuse d’être venu à Marseille “plus que Jean-Luc Mélenchon en cinq ans”. C’est d’ailleurs officiellement en ministre et non en campagne qu’il a débarqué le matin même pour une présentation du projet de commissariat des 13/14. Sa visite a aussi été marquée par l’attaque au couteau d’un policier municipal, qui a riposté et tué son assaillant sous les fenêtres de la mairie, alors que le ministre s’y trouvait justement. Devant la foule rassemblée, Gérald Darmanin ne manque pas de fustiger son ancienne famille politique, ces Républicains dont on ne sait plus, dit-il, “s’ils souhaitent discuter avec Marine Zemmour ou Eric Le Pen (…) Ils ont oublié que le combat fondamental est de ne jamais voir l’extrême droite au pouvoir.”

Juste avant les discours, Christine, investie chez LREM depuis la première heure, regarde Martine Vassal fendre la foule. Et ironise, dans un petit clin d’œil : “Oh ! Une réfugiée politique!”

En creux, une vraie partie d’échec se joue là. La bienveillance n’exclut ni les tiraillements, ni les petits coups de griffes. Il n’échappe à personne que Gabriel Attal – en bon chauffeur des ardeurs militantes – fait monter sur scène les députés du cru pour saluer leur engament et leur travail sur la mandature. Juste avant les discours, Christine, investie à LREM depuis la première heure, a regardé Martine Vassal fendre la foule. Et ironisé, dans un petit clin d’œil : “Oh ! Une réfugiée politique !” Cette Marseillaise développe. “Ces anciens élus de droite n’ont pas toujours été tendres avec nous. Pour faire gagner le président, on est d’accord pour qu’ils nous rejoignent. Mais il faudra qu’ils respectent nos règles du jeu. Ils auront des droits et des devoirs”, insiste-t-elle en appuyant bien sur le “et”.

Les législatives dans le viseur

En clair, pas question de se laisser tondre la laine sur le dos. Les marcheurs accueillent de bonne grâce Lionel Royer-Perreaut, Nora Preziosi ou encore Alain Gargani – présents à ce meeting. Mais ils apparaissent aussi comme autant de prétendants potentiels à la députation. Les places seront chères. Les crispations ne manqueront pas. “Bien sûr que ça crée de l’impatience et de la mise en tension”, commente Pascal Chamassian, chargé de la communication du comité départemental d’organisation de la campagne et militant LREM depuis 2017. “Mais il faut d’abord faire gagner le président, la seule condition pour que derrière il y ait des parlementaires élus.”

Les investitures ne sont pas pour tout de suite. À quatre semaines du premier tour, nouveaux venus dans la galaxie de la majorité présidentielle et pionniers d’En Marche! se retrouvent le temps d’une Marseillaise entonnée derrière une banderole “Les Marseillais avec Emmanuel Macron”. Leur belle unité affichée la main sur le cœur durera avec certitude jusqu’au premier tour.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. MPB MPB

    Une vraie pizza royale ! Jupiterienne, même. Au goût de rassis

    Signaler
  2. EmiRom EmiRom

    Tous ces transfuges qui quittent le bateau LR ne sont rien d’autre que des traîtres à leur parti et des traîtres à leurs électeurs. S’ils avaient une once d’honneur et d’honnêteté ils démissionneraient de leur mandat électifs et se représenteraient devant leurs électeurs sous leur nouvelle étiquette politique.

    Signaler
    • vékiya vékiya

      S’ils avaient une once d’honneur et d’honnêteté…
      ils ne chercheraient pas à être élus

      Signaler
    • Nanou Nanou

      clairement !!

      Signaler
  3. Christophe Goby Christophe Goby

    Tres bonne analyse.

    Signaler
  4. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Ces élu•e•s et responsables LR qui ont géré Marseille pendant un quart de siècle vont faire ce qu’ils savent faire le mieux : de grands discours pour tenter de faire croire à l’électeur, supposé avoir une mémoire de poisson rouge, qu’ils sont tout neufs et n’ont rien à voir avec le passé récent. C’est beau, c’est émouvant.

    Dommage que, ce faisant, ils montrent que leur seule préoccupation n’est pas de défendre des convictions, mais leur carrière.

    Signaler
    • MarsKaa MarsKaa

      Et en prime, en voulant prendre la place, les chères places, des élus LREM (Vassal ne va quand même pas être suppléante ? Loyer Perreaukt au fin fond d’une liste ?).

      Signaler
    • Richard Mouren Richard Mouren

      MarsKaa, vous avez raison. On va se régaler quand ils vont sortir leurs fusils pour être sur les listes macroniennes. On voit que déjà sur la photo, notre Martine s’est mise en première ligne en tournant le dos aux LREM canal historique (tout en se rapprochant de Falco- vieux transfuge d’Aout 2021)

      Signaler
  5. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    Nora Preciozi fait aussi partie du paquet-cadeau de la Vassalie à Macron ? Quelle recrue de choix. Souhaitons tout le bonheur possible aux nouveaux mariés de la Macronie locale. Mais qu’ils ne s’étonnent pas le lendemain des noces de se découvrir cocus.

    Signaler
  6. Manipulite Manipulite

    Les soldats perdus de la République (LR). Sans honneur, ni parole, ni fidélité. Inquiétant de les voir à la tête de grosses collectivités. Pas sûr qu’ils arrivent à débaucher les électeurs de la droite locale au profit de Macron qui n’a pas d’ancrage territorial.Mais ils voudront participer aux banquets de la victoire.

    Signaler
  7. barbapapa barbapapa

    Si un jour, les russes viennent ici au pouvoir, on sait qui seront les premiers collabos

    Signaler
  8. Brallaisse Brallaisse

    Preciozi qui a un langage limité et qui a déjà quelques difficultés à énoncer les deux lettres LR, va se trouver confrontée à un mur face aux quatre de LREM.Comme quoi faire de la politique ce n’est s’exprimer sur par onomatopées.

    Signaler
    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      l’ascension sociale par le mariage, au moins ce n’est pas une valeur de gôche

      Signaler
  9. kukulkan kukulkan

    beurk cette politique de placement. A gerber, j’espère que Macron se prendra une belle déconfiture à la présendentielle !

    Signaler
  10. julijo julijo

    oui, une déconfiture de macron ! on espère.
    mais, on est certain aussi que cette belle brochette de “transfuges” est complètement incompétente ! pas un ou une pour sauver l’autre….ah il a du flair, macron pour recruter !!!

    Signaler
  11. Patafanari Patafanari

    Jolie photo de groupe. Chacun tire la couverture à soi, la bouche en cul de poule. Mais le renard Macron n’a pas daigné venir goûter cette pitance avariée.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire