Arlette Fructus : « Le logement n’a jamais été une priorité pour l’équipe municipale »

Interview
le 8 Jan 2020
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À quelques semaines de la fin de son mandat, l'élue au logement de Jean-Claude Gaudin depuis 2008 a choisi de rendre sa délégation. Elle met en avant le non-respect de la charte du relogement, dénoncé par les collectifs et associations signataires. Pour Marsactu, elle revient sur son choix et dénonce l'absence de "volonté politique" de l'équipe municipale.

Arlette Fructus en 2018 / Image Nicolas Georges

Arlette Fructus en 2018 / Image Nicolas Georges

Dans un courrier rendu public par La Provence, l’adjointe au logement depuis 2008, Arlette Fructus, annonce au maire qu’elle renonce à exercer cette délégation. L’élue du Mouvement radical justifie cet acte par les difficultés de mise en œuvre de la charte du relogement des personnes délogées dans la vague de péril qui ne cesse depuis le drame de la rue d’Aubagne. « Je n’ai pas et je n’ai jamais eu les pouvoirs nécessaires pour apporter les réponses attendues », écrit-elle.

Cette prise de position fait suite à son intervention lors du dernier conseil municipal où elle dénonçait déjà son statut de « fusible » dans la foulée des effondrements. Dans un entretien à Marsactu, elle va aujourd’hui plus loin et dénonce l’absence de volonté politique du maire et de son équipe sur ces questions à ses yeux « prioritaires ».

Pourquoi avoir décidé de rendre votre délégation au logement maintenant ?

J’ai réfléchi longuement. Il y a le 8 janvier un comité de suivi de la charte du relogement dont j’ai reçu il y a quelques jours l’ordre du jour. Je ne peux pas m’y présenter en n’ayant pas les bonnes réponses aux questions qui me sont posées. Depuis des mois, je fais tampon. Maintenant ça suffit. Je suis seule à ces réunions et je n’ai pas les réponses.

Des personnes de l’administration municipale ne vous y accompagnent pas ?

C’est le cas. J’y suis le plus souvent avec la directrice adjointe de la direction de gestion et de prévention des risques mais c’est une fonctionnaire. Elle peut faire remonter des choses mais ce n’est pas une élue. Depuis six mois, j’assure le suivi de la charte du relogement avec les collectifs, les associations, et l’État, qui est signataire. Or, cela relève d’abord de la question du péril et de la sécurité du bâti qui ne sont pas dans ma délégation. J’ai choisi de faire cela parce qu’il fallait faire face à l’urgence, après le drame de la rue d’Aubagne, et la multiplication des arrêtés qui l’a suivi. Il fallait trouver un cadre commun pour mettre en œuvre l’hébergement et le relogement des personnes évacuées. Il fallait assurer un retour digne à ces personnes une fois les travaux d’urgence réalisés. Cela veut dire sécuriser les lieux, éviter les squats… Avec la charte, nous avons mis en place des process de travail pour faire face à ces priorités. Ils ne sont pas suffisamment mis en œuvre. Je l’ai fait remonter en réunion d’état-major en mairie, mais rien de concret n’a suivi.

N’était-ce pas de la responsabilité de Julien Ruas, l’adjoint à la gestion et prévention des risques de vous accompagner ?

Ce n’est pas une question de personne. J’ai été tout le temps seule. Je l’ai dit deux fois publiquement, y compris en conseil municipal.

Cela n’a eu aucun effet ?

Rien. Non, non et non.

Pourquoi ne pas l’avoir dit avant ?

J’ai fondé beaucoup d’espoir dans ce travail collectif. Notre capacité à construire une confiance minimale entre des acteurs très différents, l’onction d’un vote unanime en conseil municipal, tout cela constituait pour moi un engagement de très haute importance. Au-delà du comité de suivi de la charte, je participais également au suivi du relogement avec la Soliha [ la structure en charge de la maîtrise d’œuvre urbaine et sociale, ndlr], au comité de pilotage avec France horizon [l’association en charge de l’accueil des personnes évacuées, ndlr]. Tout ceci avait du sens. Mais, en face, je me retrouvais en position d’être l’unique réceptacle des récriminations. Tout le temps seule. J’ai dit stop. D’autant plus que les évacuations continuent.

Qu’est-ce que cela dit de la place du logement dans la politique municipale ?

La question du logement n’a jamais été une priorité municipale. Les budgets successifs qui ont été consacrés à ce sujet en attestent. Ils étaient notoirement insuffisants et pourtant je pense que nous avons réussi à faire des miracles avec ce qui nous était alloué. Ce n’est pas uniquement la question du maire mais celle de l’équipe municipale. Quand je lui ai fait part de ma décision, Jean-Claude Gaudin m’a dit qu’il la regrettait, qu’il aurait aimé que je poursuive jusqu’en mars. Mais comment faire cela alors que la situation des personnes évacuées ne s’améliore pas. C’est ce qui m’importe. Pas de savoir s’il faut loger Fructus sur une liste aux municipales.

Rendre votre délégation à quelques mois des municipales ne répond pas d’un choix politique ?

Vous avez été le premier à me demander pourquoi je ne démissionnais pas quelques jours après le drame de la rue d’Aubagne [Lors d’une conférence de presse le 8 novembre 2018, ndlr]. Je vous ai répondu que je ne pouvais me laver les mains d’un sujet majeur auquel j’avais consacré beaucoup d’énergie jusque-là. Il fallait que je m’implique à la hauteur d’un évènement majeur de la ville. Et je crois l’avoir fait. Bien seule.

Vous avez l’impression d’avoir servi de fusible?

Oui. Je l’ai dit lors du dernier conseil municipal. Mais peu importe. Personne n’est irremplaçable.

Vous avez régulièrement été la cible des griefs des collectifs sur la non application de la charte. Cela a-t-il joué dans votre décision ?

Je le regrette. D’autant plus qu’ils ne pouvaient pas méconnaître mon investissement personnel. J’ai surtout cru que l’onction du conseil municipal me donnerait les moyens d’agir. Ce n’était pas le cas. Mais ils savaient pertinemment que je n’avais pas les réponses à tout. Et j’ai donc du mal à entendre qu’à leurs yeux, je serais responsable de tout. Je reçois des lettres de conseils syndicaux de copropriété qui ont fait les travaux après avoir été mis sous arrêté de péril et qui s’inquiètent de savoir comment lever l’arrêté. Mais cela ne relève pas de ma délégation. J’ai bien conscience que la mise en œuvre de la charte demande du temps et de la formation. Mais, au bout de six mois, c’est de volonté politique qu’il est question. Or, la politique c’est des actes. Aujourd’hui on en manque cruellement.

Entendez-vous également démissionner de votre vice-présidence de la métropole où les questions d’habitat indigne ont été confiées à Xavier Méry ?

Ce n’est pas d’actualité. C’est effectivement Xavier Méry qui a cette charge. Je reste la vice-présidente à l’habitat, à la rénovation urbaine et à la politique de la ville. J’ai encore défendu le dossier d’Air-Bel devant l’agence nationale de rénovation urbaine, il y a quelques jours. Mon sujet est celui de la mise en œuvre de la charte du relogement sur laquelle j’ai pris un engagement.

C’est aussi une adresse aux candidats ?

Oui. J’ai posé un acte fort, citoyen. Je voudrais que tout le monde comprenne que la politique du logement doit être au centre de tout. Cela doit être une priorité. C’est aussi une urgence car les évacuations continuent. J’attends des actes forts sur l’hébergement d’urgence, la mise en place d’un parc relais. Aujourd’hui, nous n’avons que 60 places. C’est dérisoire. Il faut donc un plan d’urgence et une action à long terme. Aujourd’hui, je ne le vois pas. Chez personne.

La réponse du maire à son adjointe
Ce mardi, la Ville a rendu publique une longue lettre de réponse à la remise de la délégation au logement, acté lors d’un entretien, lundi. Jean-Claude Gaudin y dit regretter ce choix et salue le travail d’Arlette Fructus. Il répond également aux critiques de l’élue en pointant notamment « le soutien administratif » dont Arlette Fructus a bénéficié dans les négociations autour de la charte comme dans le suivi de son application. Cela ne constitue pas à ses yeux « un motif suffisant ou définitif pour renoncer » à sa délégation. En revanche, il renvoie Arlette Fructus vers ses responsabilités métropolitaines, rappelant au passage que c’est grâce à son soutien qu’elle a été maintenue à ce poste à l’arrivée de Martine Vassal. « Si la véritable raison de votre décision de rendre votre délégation se trouve dans les différends avec la gouvernance de la métropole sur les questions liées au logement (…), je pense que c’est de ce côté que votre renoncement aurait dû s’exercer », écrit-il. Jean-Claude Gaudin entend nommer un nouvel adjoint sur cette compétence lors du dernier conseil municipal et pour les six dernières semaines de son mandat.

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Commentaires

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  1. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    Allons, allons, Arlette-la-pôvrette, bien évidemment que, pour Dingau et son gang, les Prévaricateurs, l’objectif prioritaire est le logement… construit par les Kaufman & Broad, les Bouygues, les Vinci, les Eiffage et consorts pour les « new gentry people »!! Si tu ne vois pas que la moindre petite parcelle constructible ou pas voit s’édifier des immeubles aux noms fleuris, c’est que tu es mal voyante ou de mauvaise foi !!!

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  2. marseillais marseillais

    Il faut lire dans cette démission une honnête femme, comme certains autres avant elle, qui a dû avaler bien des couleuvres avant de démissionner. Honnête car studieuse, présente dans sa délégation, humaine.
    Cet acte justifie les graves insuffisance de Gaudin et son équipe sur le logement.
    N’empêche que Fructus se retrouvera bientôt sur une autre liste que Vassal, probablement Bruno Gilles.
    On vit une époque formidable.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Fructus comme certains autres dans cette majorité ont une pudeur tardive , ce qui ne les a pas empêchés d’encaisser des sommes plus que rondelettes chaque fin de mois, de profiter du système et des avantages qui vont avec.
    Elle crache volontiers dans la soupe , mais Fructus fallait le faire bien avant.
    En revanche , je vous approuve totalement quand vous dites que personne n’est irremplaçable, vous en êtes la preuve vivante

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  4. Richard Mouren Richard Mouren

    Il est remarquable que Madame Fructus se rende compte aujourd’hui, quelques semaines avant les municipales, que « le logement n’a jamais été une préoccupation pour l’équipe municipale » dont elle est adjointe au Logement depuis 2008, soit 12 ans. Quelle a été l’action des services municipaux dirigés par Madame Fructus au cours de toutes ces années? Devons-nous en déduire qu’une délégation municipale n’est qu’une sinécure qui n’engage en rien l’élu/e qui en bénéficie?

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  5. Alain Dex Alain Dex

     » Je vous ai répondu que je pouvais me laver les mains d’un sujet majeur auquel j’avais consacré beaucoup d’énergie jusque-là. »
    Vous êtes sûr de votre transcription ?

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    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      « que je « ne » pouvais pas », en effet, nous corrigeons. Merci !

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  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Ils sont formidables, ces grands élus de la majorité municipale qui découvrent, à quelques mois ou quelques semaines des prochaines élections, le résultat de leur propre politique : Bruno Gilles qui décide, en novembre 2018, de faire de la lutte contre l’habitat indigne le combat de sa vie ; Martine Vassal qui n’est « ni dans la rupture, ni dans la continuité » avec Gaudin (mais pourquoi n’être pas dans la continuité, si le bilan du maire sortant est positif ?) ; Fructus qui découvre que l’objet de sa délégation, qu’elle détient depuis tout de même une bonne décennie, n’était pas une priorité…

    A qui le tour ?

    Tout cela est pitoyable, et ces élus manquent singulièrement de courage : quand on n’est pas d’accord, on démissionne sans attendre la 25ème heure, et on ne fait pas semblant de n’avoir été au courant de rien. Quand on prend les électeurs pour des c.ns, ça finit par se voir.

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  7. Regard Neutre Regard Neutre

    En plein naufrage du JC GAUDIN — bâtiment phare de la compagnie LR— , Mme F…..,( bien d’autres aussi),cherche une place dans un canot de sauvetage. Désespérée, dans le brouillard,elle crie à l’aide seule en pleine nuit. Le VASSAL, qui est pourtant sur place, a déjà envoyé et rempli, par ordre de préférence, tous ses canots, et rejette à la mer tous les autres naufragés qui s’agrippent au bastingage. Le GILLES et le BERLAND, les deux navires de secours, déroutés sur la zone de naufrage, cherchent et sélectionnent aussi les naufragés…La mer est infestée de requins. Avez-vous seulement appris à naviguer ? Sinon : Adieu ! Je m’en vais déposer un cierge consacré aux marins téméraires du Pitalugue , ô bonne mère…

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    • MarsKaa MarsKaa

      Ah ah, Bravo pour cette description si réaliste 🙂

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  8. Pitxitxi Pitxitxi

    Marrant cette prise de conscience soudaine, à 2 mois des élections, et après 12 ans de mandat…

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  9. Piou Piou

    On peut en tout cas souligner qu’elle a été la seule, après le 5 novembre, à aller au front, à participer au débat, à s’exposer publiquement aux critiques. Présente au débat organisé sur le sujet par Marsactu au théâtre de l’Oeuvre (en janvier 2019 je crois?), elle s’en était pris plein la gueule en tant que seule représentante de nos chers élus. C’aurait été probablement plus confortable pour elle de démissionner tout de suite après le 5 novembre et de laisser d’autres tenter de gérer la reconstruction et le dialogue.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Vous allez me faire verser une larme à cette allure là.

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    • MarsKaa MarsKaa

      Demissionner après l effondrement des immeubles, plus confortable, c est pas sûr, plus digne sûrement.
      Quant au reste c est pas faux. Je l ai trouvé courageuse relativement à ses collègues de la nullicipalité.
      Va savoir, si ça se trouve c est ledit debat et la discussion avec les militants associatifs qui,l ont bouleversée ? Elle est peut-être sincère ?

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  10. Brallaisse Brallaisse

    Cher Marskaa, votre bienveillance est touchante, mais visiblement vous vivez bien sur la planète Mars. Ce matin dans la Provence reportez vous à un article révélateur sur la politique ségrégationiste de cette mairie dont Fructus, Vassal et Gilles font partie depuis toujours. Inauguration d’une école maternelle à Endoume et déménagement des chères têtes blondes pour raison de desamiantage pendant les travaux C’est normal le 7e vote bien, donc…..
    Les parents des quartiers nord et plus particulièrement ceux du collège Versailles apprécieront. J’espère que lecture de cet article dans la deuxième revue municipale de la mairie pourra ôter les anchois qu’ont certains marseillais face à ces candidats dont la mentalité est odieuse. Favoriser certains et faire le tri parmi les enfants sur la base de parents qui votent bien. À vomir !

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  11. stopcorruption13 stopcorruption13

    Effectivement la ville est sous le régime de l’apartheid , celui de l’électorat, du clientélisme , de l’argent . Les victimes de cet apartheid n’allant pas ou peu voter, pensant que cela ne sert à rien , ce régime honteux a encore de beaux jours devant lui ,sauf miracle et ce d’autant plus, que, le découpage électoral malhonnête, mis en place permet d’élir des Maires avec peu d’électeurs …

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    • Julien Julien

      C’est malheureusement tellement vrai ! Merci Gaston !

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  12. Brallaisse Brallaisse

    Cher Julien, le Gaston est mort depuis 1983, alors les arguments à la Gaudin faur arrêter. De deux choses l’une.ou bien ce dernier à amélioré ou il a empiré les choses depuis plus de 25 ans.
    Je vous laisse répondre

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